Eric Bertinat – Alors que les mois passent, la situation de Jacques Baud en Belgique demeure préoccupante. Privé de l’accès normal à ses ressources financières, engagé dans une procédure de recours et confronté à ce que ses soutiens décrivent comme une forme d’enfermement, l’ancien officier du renseignement suisse poursuit néanmoins ses activités intellectuelles. En Suisse romande, ses amis multiplient les initiatives pour lui venir en aide et interpeller les autorités fédérales. Nous avons recueilli les informations auprès de notre ami François Villard, particulièrement engagé dans cette mobilisation.
Perspective catholique : Comment Jacques Baud vit-il aujourd’hui en Belgique ? Quel est son état d’esprit ?
François Villard : Jacques Baud va bien, du moins physiquement. Il continue à travailler, à recevoir des visiteurs, à donner des entretiens par visioconférence et à poursuivre ses recherches. Il trouve même le temps de pratiquer un peu de sport. Son emploi du temps demeure particulièrement chargé, entre ses contacts professionnels, les sollicitations médiatiques et les nombreuses personnes qui cherchent à lui témoigner leur soutien. Mais derrière cette activité soutenue se cache une réalité autrement plus difficile.
Malgré sa volonté et sa force de caractère, Jacques Baud vit dans un état d’incertitude permanent. Il lui est difficile d’envisager l’avenir avec sérénité. Les perspectives de sortie de crise demeurent limitées et les procédures engagées n’ont, pour l’instant, apporté aucun changement décisif.
« Sa prison, c’est la Belgique », résume son proche. Il ne s’agit évidemment pas d’un emprisonnement au sens pénal du terme. Jacques Baud peut se déplacer, sortir de chez lui et poursuivre certaines activités. Mais les restrictions qui pèsent sur sa vie quotidienne et l’incertitude entourant son avenir constituent une forme d’enfermement particulièrement éprouvante. Une situation dont il est difficile, pour ceux qui n’y sont pas confrontés, de mesurer toutes les conséquences humaines. Il faut aussi savoir faire preuve d’empathie envers un homme qui, malgré son courage, ne peut vivre sans inquiétude.
Sa situation financière semble particulièrement difficile. Comment expliquer qu’il ne puisse toujours pas disposer de son argent ?
C’est sans doute l’un des aspects les plus préoccupants de cette affaire. Jacques Baud ne peut toujours pas disposer normalement de l’argent déposé sur son compte bancaire auprès d’ING. Les autorités belges ont pourtant accordé une autorisation d’assistance humanitaire valable jusqu’à la fin de l’année 2026. Cette autorisation devra être renouvelée pour 2027. Mais les lenteurs administratives de la banque empêchent toujours, selon les informations dont nous disposons, le déblocage effectif de ses ressources.
La conséquence est difficilement concevable : un homme disposant de ressources bancaires se trouve dans l’impossibilité de les utiliser pour subvenir à ses besoins les plus élémentaires.
Jacques Baud dépend toujours, pour une partie de son alimentation, de la générosité de voisins et de personnes sensibles à sa situation. Cette réalité soulève une question qui dépasse largement son cas personnel : jusqu’où des mesures restrictives peuvent-elles aller lorsqu’elles affectent les conditions matérielles d’existence d’une personne qui n’a pas fait l’objet d’une condamnation pénale ?
Où en est la procédure judiciaire ? Existe-t-il un espoir de voir les sanctions levées prochainement ?
Sur le plan juridique, Jacques Baud poursuit ses démarches avec l’assistance de deux avocats. Son recours demeure en cours de traitement. Il suit les échanges avec ses conseils et l’administration du tribunal compétent, sans qu’une décision définitive lui ait encore été communiquée. Nous ne nourrissons guère d’illusions quant à une résolution rapide de l’affaire. Nous redoutons que les restrictions se prolongent tout au long de l’année 2027.
Un élément nouveau mérite néanmoins d’être relevé. Le libellé des accusations aurait été légèrement modifié. La référence à la «nuisance» que Jacques Baud aurait causée à l’Ukraine aurait été retirée. Cette modification ne signifie pas, à elle seule, que les griefs retenus contre lui ont disparu. Mais elle pose une question légitime : pourquoi cette formulation a-t-elle été abandonnée, et quelles conséquences juridiques peut-on en tirer ?
Dans une affaire où les sanctions ont des répercussions aussi importantes sur la vie quotidienne d’un homme, la précision des motifs invoqués et la possibilité de les contester efficacement constituent des exigences fondamentales.
Jacques Baud est citoyen suisse. Quelle attitude les autorités fédérales et notre diplomatie ont-elles adoptée à son égard ?
C’est probablement l’un des aspects les plus décevants de cette affaire. Citoyen suisse, ancien officier du renseignement et auteur de nombreux ouvrages consacrés aux questions stratégiques et internationales, Jacques Baud semble bénéficier d’une attention diplomatique particulièrement discrète. Le dernier contact significatif avec l’ambassade suisse remonterait au mois de février. Depuis lors, aucune démarche nouvelle ne nous a été signalée.
Nous regrettons également le peu d’intérêt manifesté par les parlementaires fédéraux lors d’une distribution de tracts organisée sur la place fédérale, à l’occasion de l’ouverture de la session d’automne. Nous tenons toutefois à remercier expressément Jean-Luc Addor, conseiller national valaisan, pour son aide et son engagement. Cette relative absence de réaction politique interroge.
Il ne s’agit pas de demander aux autorités suisses de se prononcer sur toutes les analyses géopolitiques de Jacques Baud, encore moins de les approuver. La question est plus simple : quelles démarches la Confédération entreprend-elle pour s’assurer que les droits d’un de ses ressortissants sont effectivement respectés à l’étranger ?
La protection consulaire ne signifie certes pas qu’un État puisse soustraire ses citoyens aux législations étrangères. Mais elle implique au minimum de s’intéresser à leur situation, particulièrement lorsque leurs moyens d’existence sont directement affectés.
Vous avez organisé une collecte de fonds et recevez des témoignages de soutien du monde entier. Quelle est l’ampleur de cette mobilisation ?
Si les réponses institutionnelles nous paraissent insuffisantes, la mobilisation privée, elle, ne faiblit pas. Jacques Baud recevrait jusqu’à 1’500 courriels par jour. Un volume considérable qui ne lui permet évidemment pas de prendre connaissance de tous les messages, et encore moins d’y répondre personnellement. Cette correspondance témoigne néanmoins de l’intérêt que suscite son affaire bien au-delà des frontières suisses.
Une collecte de fonds a été organisée à travers notre site liberteexpression.ch. Les dons proviennent notamment d’Europe, des États-Unis, d’Australie et d’Asie. L’ouverture d’un compte PayPal a facilité les contributions internationales. Selon nos dernières informations, la somme récoltée devrait prochainement approcher les 20’000 francs suisses. C’est une mobilisation significative, qui montre que cette affaire touche un public bien plus large que celui des lecteurs habituels de Jacques Baud. Nous prenons également le temps de remercier individuellement les donateurs, dont le soutien constitue un encouragement important pour Jacques Baud et son entourage.
Quelles sont les prochaines initiatives prévues en Suisse romande ? Et quel objectif poursuivez-vous au-delà du soutien personnel à Jacques Baud ?
Les prochains mois devraient voir se multiplier les initiatives publiques en Suisse romande. Une première rencontre est annoncée pour le 13 décembre à Chexbres, à l’initiative de Claudine Ahlers et d’Hélène Ciolkovitch, avec la participation de Jean-Marc Bovy et de Boris Chollet. Cette manifestation constituera une première expérience destinée à préparer un cycle de conférences à travers la Suisse romande.
L’objectif est double : informer le public sur la situation de Jacques Baud et sensibiliser davantage les citoyens aux questions de liberté d’expression, de sanctions et de garanties juridiques. D’autres initiatives sont en préparation. Michelle Cailler devrait notamment apporter son témoignage dans une émission diffusée sur YouTube. Une nouvelle rencontre à Genève est également envisagée au cours du mois de décembre.
Nous avons par ailleurs fait imprimer des tee-shirts reprenant une image inspirée de L’Aveu, avec le visage de Jacques Baud, afin de donner une visibilité supplémentaire à notre mobilisation.
Ces activités entraînent naturellement quelques dépenses : entretien du site internet, impression de tracts et organisation des rencontres. Leur financement devra être assuré par les soutiens du mouvement. Mais notre démarche dépasse la seule personne de Jacques Baud. Ses analyses géopolitiques peuvent être discutées, critiquées ou contestées. C’est précisément le propre d’un débat intellectuel libre. La question essentielle est ailleurs : quelles garanties doivent entourer des sanctions qui affectent profondément la vie d’une personne, notamment lorsqu’elles reposent sur des prises de position publiques ou des activités d’information ? Le droit de contester une mesure, l’accès à des ressources permettant de vivre dignement et la possibilité d’obtenir une décision dans un délai raisonnable ne devraient pas dépendre de la popularité des opinions exprimées.
Pour la Suisse, qui fait traditionnellement de l’État de droit, de la liberté d’expression et de la protection de ses ressortissants des principes importants de son action publique, cette affaire mérite une attention particulière. Jacques Baud continue à écrire, à parler et à travailler. Ses amis, eux, continuent à se mobiliser.


