Nicolas Moulin – «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis» (Jn 15,13) nous disait Notre-Seigneur avant de donner sa vie pour racheter l’Humanité. «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour Dieu» aurait pu être une citation du jeune Marc Julen. Ce Zermattois né en 1999 et décédé en 2022 est un exemple saisissant du don de soi pousser à l’extrême, comme le Christ l’a fait sur la croix. En ces temps de remous et de profonde crise de la foi, plongeons-nous dans sa courte mais riche biographie qui nous rappellera ce que signifie : vivre de sa foi.
Benjamin d’une fratrie de trois, son enfance n’a rien d’extraordinaire dans le sens premier du terme. Après l’école, il passe son temps sur les patinoires de Zermatt, une canne à la main ou alors sur les belles étendues vertes d’un parcours de golf. Fils d’un médaillé d’or des JO de Sarajevo, le sport rythme la vie de famille. On y exerce la persévérance, la discipline et l’oubli de soi au profit de son équipe. Que de vertus qui s’avéreront cruciales pour son combat futur.
Puis vint l’année où tout allait changer. Nous sommes en 2013 lorsque le jeune Marc découvre ce qu’il appelle « un trésor infiniment précieux » ainsi que le mal qui allait écourter sa vie. Le trésor qu’il découvrit fut la messe tridentine, la messe de toujours, codifiée par Saint Pie V. Il fut frappé par le sacré, les chants en latin, les habits liturgiques au point où il dira que le bon Dieu et sa sainte Mère l’avait comblé d’une grâce spéciale ce jour-là. Dieu préparait sa belle âme à la suite. En effet, peu de temps après, lors d’une sortie course à pied avec son parrain, il remarqua une soudaine insuffisance respiratoire et des battements cardiaques qui de 120 par minutes passèrent à 50 sans crier garde. Des examens furent organisés à l’hôpital de Bern et la sentence tomba : Marc souffre d’une cardiomyopathie arythmogène du ventricule droit. C’est grave et incurable.
Dès lors, le jeune homme s’avança sur deux chemins, distincts qu’en apparence car ils s’avéreront mener à la même patrie céleste. Il y eut le marathon des contrôles médicaux, des malaises, des séjours à l’hôpital etc. Et en parallèle, il y avait les voies du Seigneur. Marc approfondissait ses connaissances de la foi catholique par la prière fréquente, ses lectures et surtout par une retraite de saint Ignace. Dieu semblait frappé bien fort ce pauvre jeune homme mais dans le silence du recueillement fidèle, Il donnait à son serviteur le baume sanctificateur et la force surnaturelle de porter sa croix. Dieu fait bien pousser les roses au milieu des épines, ainsi Marc irradiait son entourage à la façon de ceux qui connaissent le Créateur.
La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X devait jouer un grand rôle dans la vie du jeune malade. Outre le soutien spirituel et sacramentel reçu par ses prêtres, Marc peut sans cesse obtenir de ces derniers les conseils dont il a besoin. La Messe et la Vérité, voilà ce qu’il trouve dans les chapelles de la FSSPX, pas de compromis, pas d’ouverture mensongère au monde. C’est l’exemple et la droiture de ces lévites qui lui donne la force de poursuivre le combat.
Les années passent et les épreuves s’accumulent pour lui et sa famille. Les médecins, arrivants au bout de leurs remèdes, évoquent de plus en plus fréquemment la transplantation cardiaque. Notre Seigneur nous dit : « Celui qui est fidèle dans les petites choses, est fidèle aussi dans les grandes » (Lc 16, 10). Nous sommes en 2021 et l’heure de la grande épreuve avait sonné. En effet, le magistère de l’Eglise a toujours condamné les transplantations cardiaques car un humain doit mourir pour en faire vivre un autre. Cette condamnation est basée sur le 5ème commandement ainsi que sur le principe thomiste suivant : « il ne faut jamais faire le mal afin qu’il en résulte un bien. » De plus, Marc possède une profonde conviction que Dieu sait ce qu’il fait : peut-être qu’en vivant plus longtemps, je me damnerai et alors j’aurai tout perdu, se disait-il.
Mais le professeur en cardiologie ne lâcha pas l’affaire et fit appel au Vatican par le biais de l’évêque de Coire, Mgr Bonnemain. Une réponse de Rome parvint rapidement, faisant référence aux mises à jour du magistère dans la « Nuova Carta degli Operatori Sanitari » datée de 2017. Il est dit « Le don et la greffe d’organes sont des manifestations significatives du service rendu à la vie et de la solidarité qui unit les êtres humains entre eux ; ils constituent une forme particulière de témoignage de la charité. » Une bataille se livre alors entre le professeur en cardiologie et Mgr Bonnemain d’un côté et Marc de l’autre, soutenu par les siens, Mgr Schneider, Mgr Huonder et les prêtres de la Fraternité Saint Pie X. Poussé à bout par le jeune homme qui tenait tête, l’évêque de Coire lui dit : « si tu refuses, tu mets Dieu à l’épreuve ! » – « Mais le cœur d’une personne en état de mort cérébral bat encore, l’âme est donc encore dans le corps », répond Marc – « Nous considères-tu comme des meurtriers ? » s’indigne le professeur – « stricto sensu : oui » fut la réponse du jeune homme. Il rendit son propre cœur à Dieu l’année suivante chez lui, entouré par ceux qui l’avaient soutenu et aimé.
Au moment où l’Eglise livrent la guerre aux catholiques, brandissant des menaces et des excommunications, sachons rester calmes et fidèles à ce qui compte vraiment. Le dépôt de la foi s’est achevé à la mort du dernier apôtre. Ainsi, la mission de l’Eglise est de transmettre ce qu’elle a reçu, craignant Dieu plutôt que les hommes. Marc serait peut-être encore parmi nous s’il avait cédé aux aberrations du nouveau magistère. Mais aurait-il atteint le but qui compte vraiment et qu’il convoitait tant : le ciel ? Une biographie à lire à tout prix ! –


