À Rome, les catholiques de Tradition trouvent porte close

0
1

Eric Bertinat – Venus prier sur la tombe de saint Pierre, des pèlerins se sont vu refuser l’entrée en procession dans la basilique vaticane. Leur crime : aimer la liturgie que l’Église a célébrée pendant des siècles.

Le 24 octobre, les participants au 15e pèlerinage international Summorum Pontificum ont été arrêtés aux portes de Saint-Pierre. Les images qui circulent sur les réseaux sociaux montrent des fidèles stoppés net, au seuil de la maison du Père commun.

Nul malentendu de dernière minute. Dès le 30 septembre 2026, une lettre de Mgr Paolo Rudelli, substitut de la Secrétairerie d’État, avait écarté la demande de l’abbé Claude Barthe (1), aumônier du pèlerinage. Que demandait donc l’abbé octogénaire ? Entrer en procession, prier pour le pape, adorer le Saint-Sacrement à l’autel de la Chaire. La réponse tient en une ligne : «Il n’est pas possible de répondre favorablement à votre demande.» Pas un motif, pas une explication, pas même l’élégance d’un prétexte. À Rome, on n’argumente plus : on ferme.

Ce refus venait s’ajouter à une première décision des autorités vaticanes, qui avaient déjà interdit la célébration de la messe pontificale dans la basilique Saint-Pierre, à l’occasion de ce même pèlerinage. Mgr Athanasius Schneider, invité à présider les principales cérémonies du pèlerinage 2026, s’est vu proposer la basilique Sainte-Marie-Majeure et la célébration prévue a dû, elle aussi, être adaptée. Ainsi, les obstacles se sont multipliés pour ces pèlerins attachés à la liturgie traditionnelle. Une accumulation de restrictions qui laisse songeur sur la place que Rome entend encore leur réserver.

Le contraste avec l’an dernier fait mal. En 2025, le cardinal Raymond Burke célébrait la messe traditionnelle à l’autel de la chaire de saint Pierre. En 2026, les mêmes fidèles n’ont même plus le droit de franchir la porte ensemble pour prier.

Mgr Schneider rappelle ce que Rome voudrait tellement oublier
Le 24 octobre, à Sainte-Marie-Majeure, Mgr Schneider a charitablement appelé à mettre fin à la marginalisation des catholiques attachés au rite romain traditionnel. Il plaide pour une paix liturgique durable, afin que ces fidèles puissent de nouveau vivre l’Église de Rome comme leur Mère. Le lieu n’était pas anodin : la basilique abrite la sépulture de saint Pie V, qui avait solennellement garanti l’usage libre et perpétuel de ce rite.

Dans son homélie, l’évêque a rappelé que la liturgie traditionnelle n’est ni un goût esthétique ni une lubie de nostalgiques, mais l’héritage séculaire de l’Église latine. Il s’est appuyé sur la constitution apostolique Quo Primum (1570), par laquelle saint Pie V garantissait aux prêtres du rite romain la possibilité de célébrer selon le missel qu’il promulguait, sans que nul puisse être contraint de célébrer autrement. Le saint pape aurait ainsi, selon Mgr Schneider, «en un sens, canonisé le rite traditionnel de la messe». Benoît XVI, lui, avait reconnu dans Summorum Pontificum (2007) que l’ancien missel n’avait jamais été juridiquement abrogé.

On objectera que la portée actuelle de Quo Primum est débattue, notamment quant au pouvoir des papes successifs de réglementer la liturgie. Soit. Mais l’argument de Mgr Schneider ne se joue pas seulement sur le terrain du droit canonique. Un rite enraciné dans la Tradition n’est pas une anomalie dont on pourrait organiser patiemment l’effacement. —

———————————-
(1) L’abbé Barthe, né le 24 août 1947, a été ordonné prêtre par Mgr Marcel Lefebvre, à Écône, au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX). Il est connu pour son attachement à la liturgie traditionnelle, ses travaux sur la crise de l’Église et ses analyses du concile Vatican II sont brillants. Par la suite : il prend ses distances avec la FSSPX et poursuit un ministère indépendant. En 2005, sa situation canonique est régularisée et il est incardiné dans le diocèse de Fréjus-Toulon, dans le sud de la France.

Sources utilisées :
Le blog de Diane Montagna (26 octobre 2026)
Lifesitenews (26 octobre 2026)

Article précédentDe Maria numquam satis : l’écho global d’un colloque romain sur le dogme et le culte marial
Eric Bertinat
Éric Bertinat, né à Genève en 1956, est horloger diplômé et technicien en microtechnique. Il s’engage en politique dès les années 1980 et est élu au Grand Conseil genevois en 1985. Après une interruption, il retrouve le législatif genevois en 2005, jusqu’en 2013, sous les couleurs de l’UDC, dont il sera notamment secrétaire général à Genève. Élu au Conseil municipal de la Ville de Genève en 2011, il en devient président pour la période 2018-2019. Il quitte le Conseil municipal en 2023 après douze années de mandat. Engagé depuis longtemps dans la défense de la souveraineté et de la neutralité suisses, il a également milité au sein de l’ASIN. En 2010, il fonde Perspective catholique, association consacrée à l’analyse de l’actualité politique et sociale à la lumière de la doctrine sociale de l’Église. Il a également animé la revue Controverses et collabore à diverses publications.