Eric Bertinat – Une vidéo de Mgr Schneider dénonçant «l’islamisation de l’Europe» devient virale alors que l’Espagne traverse une crise migratoire. L’évêque auxiliaire d’Astana, au Kazakhstan, y livre une critique sévère de la politique migratoire européenne, mais aussi de l’attitude du Saint-Siège, qu’il accuse de contribuer, volontairement ou non, à la déchristianisation du continent.
Dans un entretien accordé à Michael Matt, directeur du journal catholique américain The Remnant, diffusé le 24 octobre 2026 à l’issue du pèlerinage international Summorum Pontificum à Rome, Mgr Athanasius Schneider n’a pas mâché ses mots. Pour le prélat, l’Europe traverse une crise qui dépasse largement la seule question migratoire : son identité chrétienne, sa civilisation et jusqu’à sa capacité à se défendre seraient aujourd’hui menacées.
Évoquant les violences et les troubles qui secouent plusieurs pays européens, notamment la France et l’Italie, Mgr Schneider estime que l’immigration musulmane massive ne saurait être considérée comme un simple mouvement de population. Il y voit une transformation profonde et dangereuse de la société européenne.
L’évêque accuse en outre certains gouvernements de tolérer des violences qui intimident les populations chrétiennes et les dissuadent de défendre leur identité. «Si vous ouvrez la bouche, on brûlera votre maison, on brûlera les églises», déclare-t-il pour illustrer le climat de peur qui s’installe. Selon lui, cette intimidation ne serait pas seulement le fait de groupes violents : elle bénéficierait, au moins indirectement, de la passivité de certains responsables politiques européens. Il évoque une «intimidation massive des catholiques et des chrétiens d’Europe».
Mgr Schneider appelle toutefois à une résistance pacifique, rassemblant catholiques, autres chrétiens et Européens attachés à leur héritage national et culturel. Il demande des législations plus strictes pour protéger les populations et limiter les flux migratoires. «Il faut unir toutes ces forces pour résister pacifiquement à cette intimidation», affirme-t-il, avant de préciser que ce qui est présenté comme de l’immigration constitue, à ses yeux, une véritable «invasion».
Le Vatican accusé d’accompagner la déchristianisation
C’est surtout lorsqu’il aborde le rôle du Vatican que Mgr Schneider se montre le plus sévère. Interrogé sur la possibilité d’un réveil catholique capable de redonner à l’Europe ses racines chrétiennes, il exprime sa profonde inquiétude devant l’attitude des autorités ecclésiastiques. Il soupçonne certains responsables du Saint-Siège de collaborer avec les élites politiques européennes en apportant une légitimation morale et spirituelle à leurs politiques migratoires : «Je soupçonne que, malheureusement, les responsables au Vatican collaborent simplement avec les élites politiques européennes.»
Selon lui, les dirigeants européens ont compris qu’une politique migratoire de grande ampleur serait plus facilement acceptée si elle recevait l’approbation de l’Église. Le Vatican, en tant qu’autorité spirituelle, apporterait ainsi une caution religieuse à des décisions dont les conséquences pourraient être considérables pour l’avenir du christianisme européen. Sa conclusion est sans ambiguïté : «En fin de compte, hélas, le Saint-Siège soutient ce processus, qui portera un préjudice considérable à la présence chrétienne.»
Au cœur de ce désaccord se trouve la manière de comprendre la charité chrétienne. Mgr Schneider dénonce l’utilisation de la charité comme argument politique. Selon lui, certains responsables invoquent l’amour du prochain et l’accueil des pauvres pour justifier des politiques qui mettent en péril l’identité chrétienne des nations. Il compare cette manière d’user des Écritures à la tentation du Christ par le diable, qui citait lui aussi la parole de Dieu. «Malheureusement, nombre de responsables au Vatican se laissent tromper ou cautionnent en partie le processus de déchristianisation de l’Europe», affirme-t-il.
Mgr Schneider n’est pas le premier prélat à mettre en garde contre les conséquences d’une immigration massive sur l’identité des nations européennes. En 2017, lors d’une intervention à l’université Cardinal Stefan Wyszyński, en Pologne, le cardinal Robert Sarah dénonçait déjà les pressions exercées sur les nations pour les contraindre à accepter des politiques migratoires sans considération suffisante pour leur culture et leur cohésion. Il insistait sur la distinction entre les réfugiés politiques ou religieux, contraints de fuir leur pays, et les migrants économiques : «Comment est-il possible de supprimer le droit de la nation de faire la distinction entre un réfugié politique ou religieux […] et le migrant économique ?» Le cardinal guinéen invitait aussi les pays occidentaux à s’attaquer aux causes profondes des migrations plutôt qu’à considérer le déplacement des populations comme une solution : «Nous devons œuvrer ensemble à la reconstruction des nations ravagées par la guerre, la corruption et l’injustice, mais cela ne signifie pas encourager le déracinement des peuples ni la destruction des nations.» Il dénonçait enfin ceux qui «instrumentalisent la Parole de Dieu» pour promouvoir le multiculturalisme au nom de l’hospitalité chrétienne.
La position de Léon XIV
Dans la continuité de son prédécesseur François, le pape insiste sur les devoirs de charité et d’accueil envers les personnes contraintes de quitter leur pays. Lors de son déplacement en Espagne, en juin dernier, il rappelait que l’accueil des migrants ne saurait être relégué au second plan : «L’accueil des migrants ne saurait être relégué au second plan, ni délégué à quelques bénévoles.» Là où Léon XIV met l’accent sur la responsabilité morale des chrétiens envers les migrants, Mgr Schneider insiste sur les conséquences collectives de l’immigration pour les nations européennes et sur la nécessité de préserver leur héritage chrétien.
Ces deux préoccupations ne sont pourtant pas nécessairement incompatibles. La doctrine sociale de l’Église rappelle simultanément la dignité de toute personne humaine, les devoirs de solidarité envers ceux qui fuient la misère ou les persécutions, et le droit des autorités politiques à réglementer l’immigration en fonction du bien commun. Une grande partie du désaccord porte précisément sur l’équilibre entre ces principes : l’accueil des migrants est une exigence morale, mais il ne dispense pas les gouvernements de leur responsabilité envers le bien commun, la sécurité et la cohésion des nations. Inversement, la charité chrétienne ne saurait justifier l’indifférence envers ceux qui fuient les guerres et les persécutions.
Les accusations de Mgr Schneider contre le Vatican sont particulièrement sévères. Elles témoignent néanmoins d’une fracture réelle dans la manière dont les catholiques appréhendent les transformations démographiques, culturelles et religieuses de l’Europe. Derrière la question migratoire se dessine un débat plus profond, qui concerne directement la mission de l’Église : comment exercer la charité sans renoncer à transmettre et à défendre l’héritage chrétien des nations européennes ?


