La contraception condamnée par l’Église (3/4) : La pilule qui dilue l’amour

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Abbé Thibault De Maillard – La présentation que le parti socialiste fait de son initiative (Initiative pour une contraception gratuite – Parti Socialiste Genevois) laisse interdit. Argument économique. Argument médical, et argument égalitaire. Le concept d’amour, dans l’acte conjugal, n’est pas même effleuré. C’est malheureusement symptomatique d’une vision de l’acte sexuel comme un acte uniquement charnel, dénué de toute dimension spirituelle. Il ne faudra pas s’étonner qu’une vision tronquée de l’acte conjugal conduise à une erreur d’appréciation lourde de conséquences sur la vie affective et spirituelle des utilisateurs de la contraception.

Le mot amour comme paravent des naïfs
Le mot amour peut désigner des réalités presque opposées. De la jouissance de et par l’autre, jusqu’à la souffrance pour l’autre. Souvent, il ne signifie qu’un attachement. (André Bergevin, Révolution permissive et sexualité, p. 109).
Le problème est que les usagers de l’amour-consommation volent souvent la beauté de l’amour-sacrifice pour cacher la laideur de leur égoïsme. C’est oublier le fait qu’il ne suffit pas qu’il y ait une relation consentie et positive pour qu’il y ait valeur. L’acceptation des deux « partenaires » ne suffit pas pour que leur acte soit un acte d’amour au sens le plus noble. D’où vient la valeur d’un amour ?
Est-ce du plaisir ? Le problème est que chacun sait que tous les plaisirs ne sont pas moralement bons. Certains sont même (encore) condamnés par la loi. L’amour interdit peut s’appeler abus, ou complicité. Le plaisir ne sera donc pas suffisant pour légitimer l’amour.
Il faut une autre dimension : c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous l’enseigne. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime. » (Evangile selon St Jean, 15, 13) L’amour vrai et bon ne consiste donc pas à prendre pour soi mais à donner jusqu’à se renoncer personnellement.
Pour être clair, tout acte sexuel n’est donc pas un acte d’amour. Ce peut être seulement un acte de jouissance, sans vrai don à l’autre. Tout acte sexuel n’est donc pas un acte bon. S’il consiste uniquement à prendre sans rien donner de vrai, c’est une contrefaçon, vide de sens. Par son acte, son auteur exprime un grand amour. En réalité, il n’est peut-être qu’un jouisseur des jours heureux, prêt à délaisser son partenaire à la première épreuve. Cela ne s’appelle pas de l’amour.
La pilule favorise précisément un amour de contrefaçon : celui où l’on prend sans rien donner. Aucun espoir de donner la vie. Aucune marque de confiance en son conjoint pour assumer l’enfant possible. Aucune marque de respect pour le caractère sacré de l’acte qui donne la vie. Aucune marque de respect non plus pour la personne associée, utilisée désormais sans la limite qu’impliquerait la possibilité d’une naissance.
La pilule décourage donc l’amour vrai, parce qu’elle empêche l’enfant : le plus beau donc que Dieu permet de faire, pour deux êtres humains.

Contraception et spiritualité : les ennemis jurés
Les méfaits de la contraception ne s’arrêtent malheureusement pas là. En rendant l’amour vrai beaucoup plus difficile, la contraception empêche aussi ce qui est une condition de cet amour : la spiritualité.
Chacun sait qu’il y a en l’homme ces deux facettes : l’ange et la bête. Pascal a dit : « qui veut faire l’ange, fait la bête. » Celui qui en conclurait qu’il vaut mieux éviter de faire l’ange risquerait bientôt d’être plus bestial que les bêtes. Il faut être les deux : ange et bête. Ou autrement dit : corps et esprit.
La difficulté est que ces deux « animaux » se font durement concurrence. Ou pour être plus juste, la bête, nos instincts débridés, veut toujours prendre plus de place, au détriment de l’ange, qui somnole, lui-même, un peu trop facilement.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, en rentrant dans le monde, n’ignorait évidemment pas cette problématique de notre vie quotidienne. Son enseignement s’est manifesté pour nous aider à dresser la bête, en réveillant l’ange.
Réveiller l’ange : c’était emplir nos âmes des motivations qui font grandir, et leur communiquer la détermination qui leur permette d’accomplir le bien. C’est-à-dire : communiquer une spiritualité.
Parmi d’autres, trois motivations qui touchent de près la contraception.
1. Impossible, dans l’état incliné au mal de notre nature, de bien user de quelque chose sans être capable de s’en priver de temps en temps. Le sacrifice, c’est-à-dire le renoncement volontaire à une chose permise, est la condition pour l’aborder sans les excès qui font en abuser. « On ne possède que ce à quoi on renonce », disait Simone Weil (La pesanteur et la grâce). Ici la contraception élimine toute nécessité de privation, puisque le « risque » d’avoir un enfant est supprimé. Le sacrifice est donc rendu inutile.
2. L’acte conjugal n’est qu’un plaisir solitaire à deux s’il n’est pas accompagné d’une véritable union des esprits. Mais pour qu’il y ait union des esprits, il faut aussi qu’il y ait une promesse, celle de continuer dans le temps ce que l’acte aura signifié dans l’instant. Education, fidélité de l’amour quotidien dans les petites choses. Alors se vérifie cette belle parole de Gustave Thibon : « Je sais maintenant que la chair est aussi esprit et l’instant qui passe, éternité. » On aura compris que la contraception vole la possibilité crédible de toute promesse, car l’enfant, qui en est le cœur, est évacué par la pilule.
3. Reste le concept d’admiration. Le christianisme prêche le respect inconditionnel pour la personne humaine, dans la mesure où elle a été créée à l’image de Dieu. Ce qu’on admire, on le respecte. On n’en fait pas ce qu’on veut. La contraception jette par terre les barrières de l’admiration et du respect, parce qu’elle permet de démultiplier les relations conjugales, sans plus tenir compte d’aucune dimension spirituelle dans les relations : engagement, amour vrai, sacrifice. Avec l’abolition du respect liée à la multiplication indifférenciée des relations charnelles, faut-il s’étonner que les violences conjugales augmentent ?

Conclusion
Amour et spiritualité : la pilule aura volé la beauté de la vie. Au fond de l’assiette, il ne reste que la tristesse, à mâcher jusqu’aux vieux jours. Le discours progressiste ne tient pas ses promesses. Le bonheur volé dure un instant. Le lendemain morose : jusqu’à la mort.
Raison pour laquelle la présentation superficielle du Parti socialiste, en éliminant d’emblée les notions d’amour et de spiritualité, est affligeante. Comment peut-on être aveugle à ce point sur les conséquences humaines profondes de la contraception ? Ici s’applique cette parole de l’Evangile :
«Et lorsque Jésus, s’étant approché, aperçut Jérusalem, Il pleura sur elle, en disant : ‘Si tu connaissais, toi aussi, du moins en ce jour qui t’es donné, ce qui ferait ta paix ! Mais maintenant ces choses sont cachées à tes yeux’. » (Evangile selon St Luc, 19, 41) —