Abbé Thibault De Maillard – En effaçant le bébé au profit du plaisir libre, la contraception a aussi effacé le père et la mère. – On n’en finit pas de relever les cadavres de cette pilule digne des pires guerres chimiques. Cet effacement est pourtant logique : en promouvant l’«amour» multilatéral, on a fait voler en éclat la société de base de la vie politique : la famille. Rien d’étonnant que ses principaux responsables, le père, et la mère, aient fait partie du wagon des déportés.
La maternité malheureuse
Maternité à la carte. A première vue, cela semblait un progrès vraiment enthousiasmant. D’ailleurs, la petite rhétorique qui menait à ce progrès avait tout pour convaincre : le triptyque décrit par Patrick Buisson (Décadanse, Albin Michel, 2023, p. 101) était fait pour tromper les plus pieux : «Instrumentalisation, généralisation, culpabilisation.»
Le cas extrême, l’amalgame, le procès du patriarcat
L’illusion serait de courte durée. La contraception allait transformer l’œuvre la plus belle et la plus digne de la Création, l’enfant, en un matériau susceptible d’être géré, manipulé et éliminé sans état d’âme. Première insulte aux mères. Leur enfant n’était plus que leur enfant. Ce n’était plus l’enfant de Dieu, pro-créé selon ses lois à Lui. Toute dimension sacrée était rayée du code civil. Dès lors, les mères n’auraient plus le droit de s’attrister d’un avortement, ou des conséquences désastreuses de l’appropriation de l’enfant par le corps médical et juridique. Les traumatismes maternels lié à la négation de la dignité de l’enfant ? Interdit d’en parler.
Mais la pilule ne serait pas si facile à avaler. Il faudrait compter aussi les conséquences de la mentalité contraceptive : celle de la consommation charnelle désinhibée et à outrance. Une société transformée en grand supermarché du plaisir sensuel, dans laquelle chaque femme serait un produit consommable. D’où une injonction, dans un carcan social aujourd’hui bien en place, de jouir pour être considérée comme une personne-produit normale. Et la difficulté pour celles qui refusent de jouer ce jeu de conserver le respect et la considération sociale en se respectant davantage qu’un étalage de viande disponible.
En matière de promotion de la femme, on aura fait mieux. Parler de maternité heureuse était-il juste ? Dénigrer l’enfant. Ravaler la femme au rang d’objet de plaisir. Tout cela parce qu’on considère le fait d’être mère comme une servitude. «Un enfant ou deux à la limite». La contraception aura en fait rendu la maternité malheureuse. Elle aura aussi arraché aux femmes ce qui les distinguent le plus des hommes : la capacité d’accompagner et de protéger la vie. Mais il y a d’autres victimes.
Le père : condamné de la modernité
C’est connu : le père est l’éternel coupable. Machiste et viriliste, il est presque nazi par nature. En particulier, c’est à cause de lui qu’on a inventé la pilule : incapable de se maîtriser, il a fallu éviter aux femmes le désagrément d’enfants trop nombreux. D’où la pilule. Admirez la logique.
C’est bien la logique d’un monde matérialiste : à tout problème humain, une solution… technique. Jamais de solution vraiment humaine. Solution médicale. Solution juridique. L’enfermement matérialiste dans toute son horreur.
Il faut d’abord relever que la société contraceptive a supprimé au père la majorité de ses pouvoirs : il n’est plus vraiment décideur dans le choix d’avoir un enfant. La mère décide seule. C’est elle qui détient le bouclier fatal, avec ses conseillères bienveillantes mais univoques du Planning familial. Il s’agit d’une véritable ingérence de cette dernière structure dans l’intimité familiale, officialisée et érigée en norme. Pas seulement pour quelques hommes un peu exubérants, mais pour tous.
Cette ingérence qui ridiculise le père ne s’arrête pas là. Alors que la mère doit pouvoir disposer de son corps à son gré, toute action du père peut facilement déraper en manifestation de machisme systémique et caractérisé. Dès lors, les services sociaux, juridiques et médicaux vont s’inviter au foyer familial. Et si c’est «nécessaire», l’Etat prendra le relais du Père en exerçant l’autorité de tutelle qui remplacera celui qui n’a plus le droit d’exercer (presque) aucune autorité. C’est toucher du doigt la fragilité de celui qui a basculé dans la position du dominé. Domination qui ne se réalise plus par une personne connue et peut-être aimée, mais bien par une structure administrative aveugle et déshumanisée. On calculera la perte humaine réalisée au change en comparaison de la vision promue par l’Église catholique.
Conclusion
La pilule paraîtra aux âmes faciles un problème de trois grammes. En réalité, ce sont trois grammes qui dissolvent ni plus ni moins que l’accession à la vie. Si l’on considère que le don de la vie est le plus grand des pouvoirs de l’être humain, il faut conclure que l’Etat a spolié ce pouvoir aux parents pour le remettre dans les mains de techniciens très éloignés de toute relation d’amour avec l’enfant à naître.
C’était pourtant Dieu qui avait fait confiance aux parents, en leur remettant ce pouvoir. Le cœur divin était de toute évidence plus large que celui des techniciens de la société qui prétendent la réformer aujourd’hui. La pilule aura transformé le don de la vie en une usine en inox et tôle ondulée. Alors qu’il se réalisait naguère dans un foyer toujours imparfait, mais chaleureux et aimant. Contraception ? Non merci ! —


