Lettre ouverte à Mgr Charles Morerod : Contraception, protection de la vie et respect de la foi : nous attendons votre parole

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Monseigneur,

Plusieurs événements récents conduisent Perspective Catholique à vous interpeller publiquement. Ils concernent directement l’enseignement de l’Église sur la transmission de la vie, la dignité humaine et le respect dû à Jésus-Christ. Pourtant, à notre connaissance, aucune prise de position publique de votre part n’est venue éclairer les fidèles sur ces sujets.

Le 27 septembre dernier, les Genevois ont accepté l’initiative «Pour une contraception gratuite». Durant la campagne, notre association a défendu publiquement la position catholique sur la fécondité et la responsabilité des époux. Nous regrettons de ne pas avoir entendu votre voix rappeler cet enseignement et expliquer les objections morales que soulève la prise en charge généralisée de la contraception par la collectivité.

Ce débat dépasse désormais Genève. Le 29 septembre, une motion demandant une prise en charge universelle des moyens contraceptifs a été déposée au Grand Conseil vaudois. Elle se réclame expressément du précédent genevois. La question concerne donc maintenant deux cantons de votre diocèse et appelle une parole pastorale claire.

Le même jour, le Conseil national a refusé de donner suite à l’initiative parlementaire de Tamara Funiciello intitulée «Révision féministe de la Constitution. Droit à l’autodétermination corporelle et sexuelle». Ce projet soulevait notamment la question de la place accordée à l’avortement dans les droits constitutionnels. Là encore, nous n’avons pas connaissance d’une intervention publique de votre part rappelant la protection due à la vie humaine dès la conception.

À ces débats s’ajoute la programmation, à Genève, du film Hunky Jesus, dans le cadre du festival Everybody’s Perfect. Les projections sont annoncées les 10, 14 et 17 octobre. Le programme officiel présente un concours autour d’un Jésus sexualisé et évoque explicitement des «numéros de cabaret blasphématoires». Notre protestation repose donc sur la présentation des organisateurs eux-mêmes.

Pour les catholiques, et plus largement pour tous les chrétiens, Jésus-Christ est le Fils de Dieu fait homme, leur Seigneur et leur Rédempteur bien aimé. Sa transformation en objet de dérision et de mise en scène sexuelle constitue une offense à ce qu’ils tiennent pour le plus sacré. Nous attendons de notre évêque qu’il exprime publiquement cette objection et demande aux responsables culturels et aux autorités concernées de prendre au sérieux le respect de la foi chrétienne.

Ces événements sont distincts. Ils ont cependant un point commun : ils placent les fidèles devant des choix ou des représentations qui touchent directement leur foi, sans qu’ils puissent s’appuyer sur une parole publique identifiable de leur pasteur.

Nous vous reprochons ce silence, Monseigneur. Nous ne prétendons pas connaître toutes vos démarches ni vos échanges privés. Mais ceux-ci ne peuvent remplacer une parole publique lorsque le débat, lui, se déroule devant tous. L’absence d’intervention laisse les catholiques engagés dans ces discussions sans le soutien doctrinal et pastoral qu’ils sont en droit d’attendre.

La mission d’un évêque comprend l’enseignement de la foi et de la morale, y compris lorsque cet enseignement rencontre l’opposition de l’opinion dominante. Une parole respectueuse peut être ferme. Elle peut rappeler les exigences de l’Église sans condamner les personnes, défendre la vie sans méconnaître les difficultés humaines et dénoncer le blasphème sans appeler à l’hostilité.

Nous vous demandons donc de prendre publiquement position sur ces trois sujets : rappeler l’enseignement catholique sur la contraception avant la poursuite du débat vaudois ; réaffirmer la protection due à l’enfant à naître ; et dénoncer la dérision de Jésus-Christ mise en scène dans Hunky Jesus.

Notre démarche exprime une attente précise : que la voix de l’Église soit audible là où sa doctrine est directement en cause. Sur ces questions, votre silence public demeure pour nous incompréhensible.

Veuillez recevoir, Monseigneur, l’expression de notre respect et de notre ferme attente d’une réponse publique.

Pour Perspective Catholique
Éric Bertinat, président

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Eric Bertinat
Éric Bertinat, né à Genève en 1956, est horloger diplômé et technicien en microtechnique. Il s’engage en politique dès les années 1980 et est élu au Grand Conseil genevois en 1985. Après une interruption, il retrouve le législatif genevois en 2005, jusqu’en 2013, sous les couleurs de l’UDC, dont il sera notamment secrétaire général à Genève. Élu au Conseil municipal de la Ville de Genève en 2011, il en devient président pour la période 2018-2019. Il quitte le Conseil municipal en 2023 après douze années de mandat. Engagé depuis longtemps dans la défense de la souveraineté et de la neutralité suisses, il a également milité au sein de l’ASIN. En 2010, il fonde Perspective catholique, association consacrée à l’analyse de l’actualité politique et sociale à la lumière de la doctrine sociale de l’Église. Il a également animé la revue Controverses et collabore à diverses publications.