David Clerc – Le canton de Fribourg est en deuil depuis ce samedi 10 octobre après que Monsieur Michel Corpataux nous a quittés paisiblement à l’âge de 85 ans. Ce musicien hors pair est né à Riaz en 1941 et y a épousé sa femme, Colette Corpataux, avec qui il a eu 3 enfants. Il a dirigé pendant plusieurs décennies la Chanson du Pays de Gruyère, le chœur mixte La Concorde de Riaz, le chœur mixte de Bulle, Mon Pays de Fribourg, la Chanson de Montreux, la Chanson de Lausanne, sans oublier le Chœur des Armaillis de la Gruyère. Au cours de sa carrière, il a dirigé des centaines de chanteurs et a ainsi transmis sa passion à des générations de choristes amateurs. Il est devenu chef du chœur paroissial d’Echarlens à l’âge de 16 ans. Il s’est imposé comme un véritable gardien des traditions de la musique chorale fribourgeoise et a transmis le goût du chant aux élèves de l’Ecole secondaire de la Gruyère et du Collège du Sud.
Le Chœur des Armaillis de la Gruyère, qu’il a dirigé pendant plus de 40 ans, de 1976 à 2016, a atteint un niveau de renommée internationale. Son chœur, vêtu du traditionnel bredzon, a conquis les scènes bien au-delà de sa Gruyère natale, notamment grâce au célèbre Ranz des Vaches. En effet, les chants gruériens ont résonné dans toute l’Europe et même jusqu’aux Etats-Unis. Dans la lignée de l’abbé Bovet, Monsieur Corpataux a pris soin de mettre en avant les œuvres de ce dernier. Il lui a tenu à cœur aussi de mettre en avant le chant grégorien, ainsi que la musique polyphonique classique et contemporaine.
Il a remporté de nombreux succès au cours de sa carrière, notamment le 1er prix du Concours international Franz Schubert à Vienne en 1996, le 2ème prix de l’International Cornwall Male Voice Festival en Grande-Bretagne en 2005, ainsi que le 1er prix du jury au Montreux Choral Festival en 2015. La commune de Riaz lui a déjà rendu hommage en 2017 en lui accordant le droit de cité d’honneur en donnant son nom à une rue du village. C’est aussi dans son bourg natal qu’il a dirigé son dernier concert, Ultimo, en 2019. Après avoir mis un terme à sa carrière, sa plus grande fierté est restée son rôle de « passeur de traditions ».
Lors d’une interview accordée à la RTS le 12 mai 2016, il s’inquiétait déjà de l’absence de jeunes dans les chorales, qu’il décrivait, avec humour, comme étant de nos jours des « chorales de vieux ». Puisse l’impact immense de ce personnage sur la culture fribourgeoise inspirer les prochaines générations et leur donner ainsi envie de transmettre le flambeau de nos belles traditions.


