Le festival queer «Everybody’s Perfect» et les projections du documentaire Hunky Jesus, annoncées les 10, 14 et 17 octobre, ont suscité colère et incompréhension parmi les catholiques genevois de différentes sensibilités. Le film met en scène un concours autour d’un Jésus sexualisé et annonce explicitement des «numéros de cabaret blasphématoires». Pour les fidèles, voir ainsi tourner en dérision Celui qu’ils reconnaissent comme leur Sauveur constitue une profonde offense.
À cette colère s’ajoute la frustration de n’avoir guère été entendus. Les protestations adressées aux organisateurs comme aux autorités n’ont pas permis d’obtenir le retrait des projections. Alain Späth, responsable de la section suisse de Civitas, a notamment interpellé Karine Bénard, responsable éditoriale et programmatrice du festival, pour lui demander comment elle justifiait ce choix et quelles suites elle entendait donner aux objections des catholiques. Retenons cette réponse : «Ce film raconte une histoire essentielle pour les personnes LGBTIQ+, l’engagement de personnes dans la lutte contre le VIH/Sida, des gens profondément attachés à leur foi et au message chrétien.»
Mais en quoi cet engagement justifie-t-il de présenter Jésus-Christ sous les traits d’une caricature sexualisée ? L’intention revendiquée par les organisateurs ne répond pas à l’objection des croyants : ce qu’ils tiennent pour sacré devient la matière d’un spectacle qui assume lui-même son caractère blasphématoire.
Civitas a ensuite demandé l’autorisation d’organiser un chapelet public, samedi 17 octobre, devant le cinéma du Grütli, en signe de protestation. Le département a déclaré cette demande irrecevable. Son motif principal : Civitas Suisse ne figure pas parmi les organisations religieuses admises à entretenir des relations avec l’État de Genève et ne remplit donc pas la condition préalable exigée pour solliciter une manifestation cultuelle sur le domaine public.
Selon le raisonnement de l’autorité, la récitation du chapelet constitue un acte cultuel, même lorsqu’elle accompagne une protestation présentée comme politique. Elle relève ainsi de la loi sur la laïcité et de son règlement. La demande a donc été écartée sur cette base, sans examen concret des risques pour l’ordre public. Ce refus administratif laisse entière la question de la place accordée à l’expression publique des convictions religieuses.
De cette semaine agitée restent une pétition du Collectif citoyen contre les discriminations anti-chrétiennes à Genève (cliquez ici), ainsi que plusieurs démarches auprès de Mgr Morerod, dont celle de Perspective Catholique. Malgré leurs différences et des initiatives parfois précipitées, des catholiques ont manifesté leur refus de voir leur foi ainsi tournée en dérision.
Leurs protestations ont cependant rencontré peu d’écho dans la classe politique. L’absence de prise de parole publique des responsables du diocèse est plus douloureuse encore pour les fidèles qui attendaient d’eux un soutien et une parole claire.
Cette mobilisation ne doit pas rester sans lendemain
Elle révèle un besoin de coordination, de préparation et de relais pour que la voix des catholiques porte davantage dans la vie genevoise. Notre indignation doit désormais se traduire par une action suivie : interpeller les autorités sur l’accueil de tels spectacles dans un lieu culturel municipal, demander des réponses précises et rappeler publiquement ce qui a été offensé.
Les catholiques sont des citoyens à part entière. Ils ont le droit de faire entendre leurs convictions, de défendre ce qu’ils tiennent pour sacré et d’attendre des institutions une considération égale à celle accordée aux autres composantes de la société. À nous de porter cette exigence avec fermeté, constance et dignité.


