Cendre et renaissance

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Abbé Alain René Arbez – Le mercredi des cendres nous fait entrer chaque année dans le temps du carême, ces quarante jours de préparation pénitentielle à la fête de la Résurrection. Les cendres évoquent spontanément la mort, la tristesse, et pourtant, posées sur le front du baptisé qui s’avance, elles signifient ce jour-là : reconnaissance de nos limites humaines et attente active du salut de Dieu.

«Souviens-toi que tu es poussière et cendres, et que tu retourneras en poussière…» (Genèse 3, 19)

Tandis que l’homme moderne a tendance à s’enfler d’orgueil et à manifester ses délires de toute-puissance, les cendres viennent nous rappeler notre humble condition humaine. Les Grecs de l’antiquité s’imaginaient que l’être humain est une sorte de dieu tombé de l’Olympe, assuré d’une immortalité automatique après la mort. Ils croyaient fermement que, une fois libérée du carcan charnel hostile à sa nature divine initiale, son âme pouvait enfin s’élever au ciel.

C’est d’ailleurs pour résister à cette conception de la vie et de la mort que Jean l’évangéliste annonce que «le Verbe s’est fait chair», véritable scandale pour les esprits platoniciens. Les premiers credo ont voulu souligner que le chrétien croit à la «résurrection de la chair» et pas seulement à une âme immortelle, privée de corps glorieux et transfiguré.

C’est la Tradition biblique qui nous guide sur le chemin de cette foi en la résurrection. Et la célébration des cendres nous offre une méditation sur la condition humaine appelée par Dieu à renaître, grâce au sacrifice rédempteur de son Fils. Si dans la Bible, il est souvent question de cendres, c’est toujours au cœur d’un contexte de malheur et de souffrance. Dans le livre d’Esther, chapitre 4, nous voyons Mardochée utiliser la cendre pour crier son effroi en apprenant qu’Hamann a conçu un plan d’extermination des Juifs du royaume. Quant à Job, chapitre 2.8, il est assis sur la cendre, celle de son drame personnel, d’où il hurle son immense douleur devant Dieu et devant les hommes. Le prophète Jérémie, lui, constate l’envahissement de la cité sainte par le mal. Il interpelle Jérusalem en lui annonçant l’arrivée de malheurs terribles : «fille de mon peuple, roule-toi dans la cendre !» (Jr. 6.26). C’est un appel à prendre des vêtements de deuil et surtout à changer de comportements.

Ces références bibliques illustrent le sens pénitentiel de la cendre, démarche de conversion qui inaugure l’étape du carême, avec pour perspective la résurrection. L’enracinement dans l’histoire sainte des gestes de foi nous aide ainsi à entrer dans une attitude de confiance et d’espérance en un Dieu qui est amour et pardon, grâce offerte en permanence.

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