Carême : rendre le silence à son regard

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Eric Bertinat – Saint Jean Bosco racontait souvent aux jeunes de l’Oratorio di San Francesco di Sales des rêves à portée spirituelle. L’un d’eux, rapporté autour de 1865, se déroule dans une église remplie de jeunes. Dans ce rêve, très peu s’approchaient de la Sainte Communion. Un homme sombre apparut près de l’autel, portant des cornes et tenant une lanterne allumée. Avec cette lanterne, il montrait à chacun des images différentes: jeux et divertissements, souvenirs, famille et amis, études et devoirs, désirs et scènes pécheresses.

En regardant la lanterne, comme obnubilé, les jeunes détournaient les yeux de l’autel et s’éloignaient de la Communion. Don Bosco en tirait un enseignement clair: le mal cherche d’abord à distraire, à diviser l’attention et à éloigner les âmes des sacrements. Son but n’est pas de divertir, mais d’empêcher de rechercher Jésus-Christ, le Fils bien-aimé de Dieu.

En 1865, il n’existait pas d’écrans, ils n’envahissaient pas notre espace.

Et pourtant, la lanterne du rêve agit d’une manière étonnamment proche de ce que fait aujourd’hui le téléphone portable. Il peut être utile, mais il capte l’attention, réveille la nostalgie, rappelle les obligations, stimule les désirs et détourne peu à peu le regard de l’essentiel. Dans le rêve de notre saint, la lanterne montre à chacun ce qui l’attire le plus. Aujourd’hui, ce mécanisme s’appelle l’algorithme. Ainsi, le téléphone portable devient petit à petit une barrière invisible entre chacun d’entre nous et son prochain (regardez marcher les humains dans nos rues), entre soi et l’Eucharistie, entre le silence intérieur et l’autel.

Il faut alors rendre le silence à son regard : détourner volontairement les yeux de ce qui disperse l’âme, lever les yeux vers la Croix, et revenir au Christ par la prière (le chapelet), la méditation et la Communion. À l’approche du Carême, qui commence dans deux semaines, voilà une résolution simple et concrète: utiliser le moins possible notre téléphone portable.

Moins d’écran, plus d’espace pour Dieu ;
Moins de distractions, plus de silence pour l’âme en compagnie de Dieu ;
Moins de notifications, plus de présence divine.

Le Carême nous invite précisément à cela: retrouver le silence nécessaire pour tendre l’oreille et laisser Dieu parler.

A noter que…
Dans les monastères bénédictins, le billet de Carême est un petit écrit personnel, remis par chaque moine à l’abbé au début du Carême. Il contient généralement une résolution concrète de Carême (jeûne, silence, renoncement, effort particulier), parfois une demande de prière. C’est un acte intérieur, matérialisé par l’encre et le papier, posé devant Dieu, à travers l’autorité spirituelle de l’abbé. Pourquoi ne pas s’en inspirer en adaptant l’esprit : écrire sa résolution de Carême, la déposer dans un petit coin, dans la prière, devant Dieu.

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Eric Bertinat
À la suite de la décision de Mgr Lefebvre de consacrer quatre évêques, Éric Bertinat cofonde, avec ses amis les abbés La Praz et Koller, la revue Controverses (1988-1995). En 2010, il fonde l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Journaliste et collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il y revient en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.

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