Eric Bertinat – Karin Keller-Sutter, KKS pour ses proches, est une femme élégante et sérieuse, parfois perçue comme un peu sévère. Elle incarne à la perfection la politicienne libérale. Catholique mais libérale, elle a défendu le mariage pour tous et se montre favorable à l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes. Toutefois, elle s’oppose à la gestation pour autrui (GPA) ainsi qu’au don de sperme anonyme. En 2023, la Saint-Galloise de 62 ans figurait parmi les 25 femmes les plus influentes du monde selon le Financial Times.
Sa réaction enthousiaste au discours du vice-président des États-Unis, JD Vance, a déplu à la majorité des parlementaires. Pourtant, il n’est pas étonnant qu’elle en apprécie certains passages ainsi que l’a précisé la «dame de fer» et cheffe du département des Finances. En 2024, Karin Keller-Sutter a présenté un programme d’austérité visant à réduire les dépenses publiques de cinq milliards de francs. Ses opposants lui reprochent ainsi de poursuivre un agenda conservateur caché (1).

La Suisse sous KKS : diplomatie mesurée et fermeté économique
Le 10 mars, c’est donc à elle qu’est revenue la tâche de répondre à la question du conseiller national Vert Nicolas Walder (GE), qui s’indignait à la tribune du Parlement : Le Conseil fédéral considère-t-il que l’orientation idéologique fascisante d’extrême droite portée par l’administration Trump représente un risque majeur pour notre démocratie et nos libertés ? Karin Keller-Sutter a rappelé ce qu’elle considère comme les valeurs fondamentales de la Suisse en matière de politique extérieure : le respect du droit international, la défense des droits de l’homme, la démocratie et le libre-échange. Et de souligner que le Conseil fédéral s’engage pour une paix juste et durable en Ukraine, à savoir une paix qui respecte le droit international et qui ne se fait pas au détriment unilatéral de l’Ukraine. Concernant les bons offices, elle a précisé que la Suisse restait disponible, bien qu’aucune demande ne lui soit parvenue pour l’instant (2).
Quelques jours plus tôt, le vendredi 7 mars, elle répondait aux critiques accusant le Conseil fédéral de garder le silence face à la situation internationale : La présidente a admis que notre pays pouvait être impacté par les décisions abruptes et imprévisibles du président américain. Mais en Suisse, les institutions fonctionnent et remplissent leurs missions normalement. Le Conseil fédéral affronte les problèmes (3).

Une présidence sous le signe de la prudence et du pragmatisme
Ses déclarations s’inscrivent dans le cadre de la Stratégie de politique extérieure 2024-2027, qui définit la manière dont la Suisse entend préserver sa sécurité, sa prospérité et son indépendance dans un contexte international exigeant : La paix et la sécurité restent une priorité. Il s’agit de renforcer la coopération en matière de sécurité avec l’UE et l’OTAN, mais aussi d’adapter les bons offices et la promotion de la paix aux nouvelles conditions internationales, en utilisant de nouveaux instruments comme la diplomatie scientifique.
On peut apprécier ses réponses, typiquement suisses, empreintes de sagesse et de prudence, contrastant avec les réactions souvent excessives et précipitées des capitales européennes. Fin février, Américains et Russes se sont rencontrés en Suisse pour des discussions non officielles sur la guerre en Ukraine. Les interventions mesurées de KKS apportent une certaine stabilité et sont bienvenues pour rassurer la population qui est inquiète à la fois par la politique étrangère mais aussi par la démission de Viola Amherd sur fond de scandales multiples au sein du département de la défense. Il est à noter que c’est la présidente de la Confédération qui s’est exprimée et non le chef des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, critiqué pour l’enlisement des efforts diplomatiques suisses depuis le sommet de Bürgentsock l’été dernier. —


(1) Swiss Info – 1er janvier 2025
(2) Le Matin – 10 mars 2025
(3) Le Temps – 7 mars 2025

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Newsletter N° 254 – 2 avril 2025 | Source : Perspective catholique