Eric Bertinat – Face au drame de Crans-Montana, beaucoup de paroles ont déjà été prononcées. Les médias s’en sont emparés avec empressement, notamment en France, comblant ainsi le silence de l’actualité du temps du Nouvel An. Mais au-delà des commentaires et des analyses, demeure une réalité tragique, qui appelle d’abord le recueillement.
Les causes de l’incendie commencent à être connues, et les responsabilités apparaissent multiples : celles du propriétaire et des artisans, qui ont mis en place un plafond ne répondant pas aux normes élémentaires de sécurité incendie, mais aussi celles des autorités communales et cantonales. En Valais, il faudra du temps pour que la vérité se déploie pleinement et que les responsabilités exactes soient établies. Dans cette épreuve, saluons néanmoins la parole juste et digne du président de la Confédération, Guy Parmelin, à la hauteur de la gravité de la situation.
À des centaines de kilomètres de Crans-Montana
En ce début d’année, j’ai échangé avec notre ami bénédictin, frère Étienne, qui me demandait des nouvelles de cet incendie meurtrier. Peu après ma réponse, il m’écrivait en retour : «La nuit du premier janvier, nous étions tous les moines devant le Saint-Sacrement à l’heure même de l’incendie, pour la consécration de la nouvelle année. Mystérieusement, notre prière se tenait déjà devant Dieu pour les victimes de ce désastre, du moins comme un appel à la Divine Miséricorde.»
Ces mots ouvrent à un mystère profondément chrétien : celui de la suppléance. Mystère par lequel la prière du chrétien fervent vient soutenir celui qui, accablé, ne sait plus prier, ou ne prie que faiblement. Comme l’écrit le Père Jérôme : «Quel est, en effet, le chrétien qui, en un jour d’angoisse, ne s’est souvenu qu’il devait exister, quelque part, une prière permanente, laquelle, comme un vaste filet, a pour fonction d’accueillir toutes les détresses, et l’accueillerait lui-même ? (…) Et ce chrétien, triste ou souffrant, menacé ou découragé, a, dans le secret de son cœur, remis son sort entre les mains de ce suppléant inconnu, persuadé que son recours inexprimé aurait pourtant son effet. »
(Tisons, p. 52, édition Ad Solem)
Ainsi, au cœur même de la nuit, lorsque les flammes dévoraient un lieu de vie, une prière silencieuse s’élevait ailleurs, mystérieusement solidaire, déjà offerte pour les victimes. C’est là une espérance discrète mais réelle, que la foi ose confesser.
À toutes les victimes de ce drame, à leurs proches, et à ceux qui ont été profondément éprouvés, nous confions nos prières et notre compassion, dans l’attente confiante de la Miséricorde de Dieu. —


