Eric Bertinat – La nouvelle campagne de financement participatif lancée par Santé Sexuelle Suisse (SSCH) pour créer une plateforme digitale trilingue destinée aux parents est présentée comme une réponse urgente à un prétendu “vide” informationnel. Après la fermeture du site éducation-sexuelle-parents.ch pour raisons financières, l’organisation affirme qu’il n’existerait plus d’espace national fiable pour accompagner les familles dans l’éducation sexuelle. Pourtant, derrière cette rhétorique d’urgence et de protection, nous voyons surtout la volonté de consolider une vision politique de l’éducation sexuelle, qui, relevons-le ne fait pas l’unanimité.
L’expression même d’éducation sexuelle holistique, au cœur du projet, suscite la plus grande méfiance. Ce terme renvoie à une approche globale intégrant les questions d’identité, de genre, de déconstruction des stéréotypes et de normes relationnelles. Il ne s’agit pas d’un cadre neutre mais d’une orientation culturelle et idéologique qui transforme l’éducation sexuelle pour défendre et promouvoir des valeurs sociétales bien précises. La référence constante aux droits humains est perçue comme une manière d’ériger ces choix en normes incontestables, reléguant toute divergence au rang d’archaïsme, de désinformation ou, plus moderne, de complotisme. Le discours accompagnant cette campagne ne s’en distingue pas. Les discours négatifs, les messages alarmistes et les fausses informations seraient en progression, mettant en péril les objectifs centraux de l’éducation sexuelle. Une telle formulation tend à disqualifier toute opposition en la réduisant à la peur ou à l’ignorance.
Pourtant, de nombreux parents redoutent notamment que la plateforme, sous couvert d’accompagnement, n’installe une norme éducative implicite. En proposant des réponses “adaptées à l’âge” sur des sujets tels que la pornographie, les premières expériences amoureuses ou la déconstruction des stéréotypes, l’organisation s’arroge le droit de décider ce qui serait la manière adéquate d’en parler. Les parents sont purement et simplement marginalisés au profit d’un modèle unique présenté comme scientifiquement fondé.
Le recours au crowdfunding (ou financement participatif), enfin, interroge. Si les soutiens publics diminuent, est-ce uniquement le résultat de contraintes budgétaires, ou le signe d’un malaise plus large quant à l’orientation prise ? La mobilisation de dons privés peut apparaître comme une manière de contourner des arbitrages politiques et de consolider un projet qui divise. En invoquant l’urgence et la nécessité de “persévérer face aux pressions”, l’organisation adopte un ton quasi militant qui renforce la polarisation du débat.
Au-delà de la question technique d’un site internet, c’est donc la conception même de l’éducation sexuelle qui est en jeu. Faut-il confier à une organisation nationale, qui n’est elle-même que la courroie de l’OMS, la définition d’un cadre global fondé sur une formation exclusive et totalement pernicieuse des droits sexuels, ou préserver une plus grande latitude aux familles ? La campagne actuelle ne se contente pas de proposer un outil ; elle cristallise une confrontation plus profonde sur la place des valeurs, de l’État et des parents dans l’accompagnement des enfants face aux questions intimes et complexes de la sexualité. Il faut continuer à faire pression sur les partis politiques, ne pas laisser faire, ne pas voter pour ceux qui soutiennent cette vision déchristianisée de la société, à commencer par leur enfants.


