Mirco Canoci – Le jeudi 30 janvier 2025, le GHI titrait en une : «Absentéisme, épidémie à l’État». Cet article abordait le fort taux d’absentéisme des collaborateurs de l’État de Genève. On y apprenait que le Département de l’économie et de l’emploi enregistrait un taux d’absence de 7,4 % pour cause de maladie, auquel s’ajoutaient 0,8 % pour des accidents, portant le total à 8,2 %. Ces chiffres sont considérablement plus élevés que ceux d’autres cantons suisses et bien supérieurs à ceux du secteur privé, où le taux d’absentéisme varie entre 2,6 % et 5,1 %.

Pourquoi un taux d’absentéisme aussi élevé ?
L’article mentionne notamment le statut de fonctionnaire, qui semble favoriser certains abus. L’impossibilité ou la grande difficulté à licencier un employé pousse parfois à des déplacements internes, déplaçant ainsi le problème plutôt que de le régler.
Ayant travaillé au sein de l’État de Genève, de la Ville de Genève, de la commune de Meyrin et de la Ville de Nyon, tout en ayant une expérience significative dans le secteur privé, j’ai pu observer des différences majeures entre ces environnements de travail.

Situations vécues
La principale différence réside dans le laxisme perceptible au sein de l’administration publique, illustré par le slogan tacite : « Ne pas faire de vagues ». L’image publique prévaut, et les dysfonctionnements sont souvent passés sous silence pour éviter toute controverse.
Parmi les problématiques que j’ai observées figurent le copinage, l’engagement massif de frontaliers, la présence de personnes dysfonctionnelles, le harcèlement moral, des commentaires et gestes déplacés, l’emploi de personnes non qualifiées pour des postes exigeants (parfois grâce à des relations personnelles), ainsi que des vols et un usage abusif des arrêts maladie.
Certaines situations, bien que caricaturales, sont révélatrices de ces dysfonctionnements : un collègue arrivant deux heures en retard et regardant une série sur son ordinateur professionnel en prenant son petit-déjeuner, des responsables quittant leur poste sans raison en plein après-midi, ou encore des pauses prolongées de 45 minutes matin et après-midi. Les services des ressources humaines, injoignables et déconnectés de la réalité du terrain, ne facilitent pas la résolution de ces problèmes.
Un exemple marquant fut celui d’un collègue qui passait ses journées sur YouTube et à suivre des formations en ligne de trading. Lorsque je lui ai fait une remarque sur son comportement, il m’a répondu sans gêne : « De toute façon, je n’en ai rien à f*, je suis fonctionnaire et on ne peut pas me virer. » Ce genre d’attitude illustre le sentiment d’impunité qui peut régner dans certains services.

Solutions et réflexion personnelle
Ces exemples méritent une réflexion approfondie. Outre les absences pour cause de maladie, on observe également des « absences physiques » : des collaborateurs présents mais peu ou pas productifs.
Les arrêts maladies massifs ne sont que la partie émergée de l’iceberg et résultent souvent de problématiques internes profondes. Que faire lorsqu’un collègue ou un responsable nuisible reste en place depuis des années sans qu’aucune mesure ne soit prise ? Que faire lorsque les RH adoptent elles-mêmes une attitude laxiste, voire protègent certains employés ? Pour beaucoup, la seule solution réaliste reste la démission ou un arrêt maladie.
Un effet pervers de cette situation est la multiplication des contrats à durée déterminée (CDD). Face aux abus constatés et à l’impossibilité actuelle d’abolir le statut de fonctionnaire, un nombre croissant de postes à l’État et à la Ville de Genève sont proposés sous forme de CDD de maximum deux ans, au mieux renouvelables. Cette stratégie vise à éviter la nomination statutaire après deux ans de service et à prévenir certains abus.
Je suis convaincu que sans une réforme en profondeur du statut de fonctionnaire, ces dysfonctionnements continueront à affaiblir l’efficacité de l’administration et à éroder la confiance des citoyens. Les mesures actuelles sont insuffisantes pour régler les causes profondes du problème. Il est essentiel de repenser la gestion des ressources humaines dans le secteur public afin d’empêcher qu’une minorité d’employés profite du système au détriment du service rendu à la population. —

___________________________________________________________________________________
Newsletter N° 251 – 19 février 2025 | Source : Perspective catholique