Lettre ouverte aux députés genevois : Transitions de genre des mineurs : l’erreur politique, tous bords confondus

0
6

Mesdames, Messieurs les chefs de groupe,

En ma qualité de président de l’association Perspective catholique, je me permets de vous adresser le texte ci-dessous et intitulé «Transitions de genre des mineurs : l’erreur politique, tous bords confondus».

Depuis plusieurs années, notre association suit avec attention et constance la question des transitions de genre, en particulier lorsqu’elles concernent des mineurs. À ce titre, Perspective catholique a publié de nombreux articles relayant les alertes de médecins, de chercheurs et de praticiens hospitaliers, tant en Suisse qu’à l’étranger, sur les dérives médicales, scientifiques et éthiques observées dans ce domaine.

Le texte que je vous transmets aujourd’hui s’inscrit dans cette continuité. Il s’appuie sur des faits documentés, des données officielles et des prises de position récentes de sociétés savantes internationales, qui mettent en lumière la fragilité des bases scientifiques entourant les transitions médicales chez les mineurs, ainsi que les risques majeurs liés à des traitements et interventions irréversibles.

La décision prise par le Grand Conseil de Genève en ce début d’année de ne pas encadrer plus strictement ces pratiques engage une responsabilité politique lourde, au regard :

– de l’absence de consensus scientifique solide,
– du caractère irréversible de certaines interventions,
– et de la vulnérabilité particulière des enfants et adolescents concernés.

À l’heure où des institutions médicales de premier plan recommandent explicitement de différer ces interventions jusqu’à la majorité, il apparaît indispensable que les autorités politiques acceptent de rouvrir un débat approfondi, serein et transparent, fondé sur la prudence médicale, la rigueur scientifique et le principe fondamental de protection des mineurs.

Par cette démarche, notre intention n’est ni polémique ni partisane. Elle vise à rappeler que, sur un sujet aussi grave, l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer sur toute considération idéologique.

Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ce texte, je vous prie de bien vouloir le porter à la connaissance des députés de votre groupe, ainsi que l’article mentionné, et je vous prie de croire, Mesdames, Messieurs, à l’expression de ma considération distinguée.

Eric Bertinat, ancien député
Président de Perspective catholique

Transitions de genre des mineurs : l’erreur politique, tous bords confondus

Eric Bertinat – Malgré les alertes répétées de médecins, de chercheurs et désormais de grandes sociétés savantes internationales, les responsables politiques, de gauche comme de droite, persistent à imposer une vision idéologique de la transition de genre chez les mineurs, au mépris de la prudence médicale, de la rigueur scientifique et de la protection des enfants.

Les mises en garde ne viennent plus de cercles périphériques ou de voix isolées. Elles émanent aujourd’hui de praticiens hospitaliers reconnus, de chercheurs, de lanceurs d’alerte et, désormais, d’institutions médicales majeures. Pourtant, dans plusieurs pays européens, et notamment en Suisse, ces alertes continuent d’être ignorées, minimisées ou purement et simplement étouffées par le pouvoir politique.

Suisse : quand les médecins alertent, le débat est verrouillé

L’affaire révélée par la presse suisse et reprise par Perspective catholique en décembre 2023 est à cet égard emblématique. Des médecins de premier plan, parmi lesquels l’endocrinologue pédiatrique Urs Eiholzer, le pédiatre genevois Daniel Halperin et l’ancien président de la FMH Jacques de Haller, ont publiquement dénoncé l’absence de fondements scientifiques solides des protocoles de transition appliqués à des mineurs.

Leur critique porte notamment sur l’«approche affirmative», devenue quasi dogmatique, qui consiste à valider sans réel examen psychologique approfondi le ressenti subjectif d’enfants ou d’adolescents, et à les engager rapidement dans des parcours médicaux lourds : bloqueurs de puberté, hormones croisées, mastectomies, voire chirurgies génitales.

Ces médecins ne contestent ni la souffrance des jeunes concernés ni la nécessité d’un accompagnement sérieux. Ils dénoncent en revanche une confusion grave entre bienveillance et précipitation, entre écoute et abdication du discernement médical. Plus inquiétant encore, leurs tentatives d’ouvrir un débat scientifique ont été bloquées : courriers non publiés, critiques qualifiées d’«insuffisamment scientifiques», silence éditorial prolongé. La science, ici, ne tranche plus : elle est filtrée.

Mineurs, chirurgie et hormones : une fuite en avant inquiétante

Les chiffres officiels confirment pourtant l’ampleur du problème. En Suisse, la demande de mesures de réassignation sexuelle a explosé en quelques années, en particulier chez les adolescentes. Entre 2018 et 2021, des jeunes filles âgées de 10 à 14 ans ont subi des ablations chirurgicales des seins pour dysphorie de genre, sans autre indication médicale reconnue.

Ces décisions sont prises à un âge marqué par la vulnérabilité psychique, la construction identitaire, l’influence du groupe et, souvent, la coexistence de troubles anxieux, dépressifs ou du spectre autistique. Engager des enfants dans des traitements irréversibles dans un tel contexte relève moins de la médecine prudente que d’une expérimentation sociale à grande échelle.

Genève : la politique entérine l’idéologie

C’est dans ce contexte déjà alarmant que le Grand Conseil de Genève, à l’exception de l’UDC, a choisi de refuser toute interdiction ou limitation claire de la transition de genre chez les mineurs. Cette décision constitue une faute politique majeure.

En ignorant les alertes médicales, en refusant d’appliquer le principe de précaution, les députés genevois ont fait un choix idéologique assumé : celui de consacrer une vision militante du genre plutôt que de protéger les enfants. Le plus grave est que cette décision a été prise tous bords confondus, révélant une forme de consensus mou où la peur d’être accusé de discrimination l’emporte sur la responsabilité éthique.

Le rôle du politique n’est pourtant pas de suivre aveuglément des protocoles contestés, ni de transformer des enfants en symboles de combats culturels. Il est de garantir un cadre protecteur lorsque la science est incertaine et les conséquences irréversibles. En l’occurrence, le Grand Conseil a choisi l’aveuglement.

Un tournant international : le vernis scientifique se fissure

Alors que Genève persiste, le débat international, lui, évolue. L’article publié par Le Figaro le 10 février 2026 marque un tournant décisif. Pour la première fois, une grande société savante, l’American Society of Plastic Surgeons, (Société américaine des chirurgiens plasticiens), recommande officiellement de reporter toute chirurgie de changement de sexe après la majorité, fixée à 19 ans.
Cette prise de position intervient dans un contexte explosif : révélations sur les pratiques de la World Professional Association for Transgender Health (WPATH ou Association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres), documents internes montrant des manipulations de processus scientifiques, occultation de données défavorables, pressions pour empêcher la publication de revues systématiques indépendantes.

WPATH : quand l’autorité médicale manipule la science

Présentée depuis des années comme la référence mondiale en matière de «médecine de genre», la WPATH apparaît aujourd’hui sous un jour beaucoup moins rassurant. Les revues indépendantes commandées à des experts de la médecine fondée sur les preuves n’ont pas confirmé les bénéfices attendus des traitements hormonaux et chirurgicaux chez les mineurs. Elles ont donc été, pour l’essentiel, censurées.

Malgré cela, les «normes de soins» ont continué d’être diffusées comme si elles reposaient sur des preuves solides, induisant en erreur autorités sanitaires, assureurs et tribunaux. Cette situation engage la responsabilité morale et juridique de ceux qui ont imposé ces recommandations sans transparence.

Reporter, douter, protéger : le rappel salutaire de la médecine

La position de l’American Society of Plastic Surgeons est limpide : un traitement médical doit améliorer la santé, pas simplement satisfaire une demande. Les chirurgies liées au genre chez les mineurs comportent des risques éthiques, cliniques et juridiques accrus. Les effets sont irréversibles, les bénéfices à long terme non démontrés, et la responsabilité des praticiens pleinement engagée.

Le débat sur la transition de genre chez les mineurs ne peut plus être confisqué par l’idéologie, la peur du débat ou le confort politique. Il engage directement la protection de l’enfance.

En persistant à ignorer les signaux d’alarme, le Grand Conseil de Genève et d’autres responsables européens prennent une responsabilité historique : celle d’avoir préféré un consensus idéologique à la prudence médicale. Protéger les enfants n’est ni un rejet ni une stigmatisation. C’est un devoir fondamental.

À l’heure où le vent tourne à l’international, continuer à s’entêter relève moins du progrès que d’un grave aveuglement.

Article précédentUne stratégie de sécurité suisse élaborée dans l’illusion et l’aveuglement
Article suivantLa Suisse et l’Europe à l’épreuve de la censure
Eric Bertinat
À la suite de la décision de Mgr Lefebvre de consacrer quatre évêques, Éric Bertinat cofonde, avec ses amis les abbés La Praz et Koller, la revue Controverses (1988-1995). En 2010, il fonde l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Journaliste et collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il y revient en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici