Réassignation sexuelle des mineurs : la théorie du genre s’impose à Genève

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Eric Bertinat – Jeudi 22 puis vendredi 23 mars, le Grand Conseil genevois a été le théâtre d’un débat de société long et complexe autour des interventions médicales liées à la réassignation sexuelle. Derrière cette expression, utilisée dans plusieurs textes déposés par la droite, la gauche préfère parler de « soins d’affirmation de genre », estimant que les mots choisis traduisent déjà une vision idéologique du sujet. Ce qui n’est évidemment pas le cas, la gauche et ses satellites n’ayant, sur cette question, aucune idéologie à faire valoir, aucune critique politique ou anthropologique à formuler, y compris lorsque ces pratiques concernent des mineurs.

Ces discussions concluent près de deux ans et demi de travaux menés notamment au sein des commissions des droits de l’homme et de la santé. Au total, quatre objets parlementaires étaient sur la table, reflétant des approches très contrastées quant à la manière dont l’État devrait intervenir face à ces traitements, en particulier lorsqu’ils concernent des personnes mineures.

Trois de ces textes portaient directement sur l’encadrement, la suspension ou l’interdiction des interventions de réassignation sexuelle. Le premier, une motion du PLR, proposait de renforcer le cadre médical sans interdire ces pratiques. Ses auteurs plaidaient pour davantage de prudence : un délai minimal de dix-huit mois entre la demande médicale formelle et le début d’un traitement, un suivi pluridisciplinaire impliquant notamment un psychiatre et un endocrinologue, ainsi qu’une implication obligatoire des parents pour les mineurs. L’objectif affiché était de garantir un consentement réellement éclairé, dans un contexte où les effets à long terme des traitements hormonaux restent débattus. On reconnaît sans peine ici une approche libérale, qui tend à confondre la liberté avec le choix, en oubliant que choisir n’est possible que si l’on dispose réellement des moyens de le faire.
Les deux autres textes, émanant de l’UDC, adoptaient une ligne beaucoup plus restrictive. L’un demandait un moratoire immédiat sur toutes les interventions de réassignation sexuelle destinées aux mineurs, au nom du principe de précaution. L’autre allait encore plus loin, en proposant d’inscrire dans la loi une interdiction pure et simple de ces interventions avant la majorité, assortie de sanctions pour les professionnels de la santé concernés.

C’est ce projet de loi qui a cristallisé les positions les plus tranchées. Pour le député UDC Yves Nidegger, la dysphorie de genre ne justifie pas des interventions médicales irréversibles chez des mineurs. Il juge absurde l’idée que la nature se tromperait en « enfermant une âme féminine dans un corps masculin », ou inversement, et dénonce une contradiction : « Ce n’est pas une maladie, nous dit-on, mais c’est remboursé par la LAMal » (1). Selon lui, il faudrait avant tout aider les jeunes à s’accepter, plutôt que de les engager dans des parcours médicaux lourds. Il dit relayer le témoignage d’adultes regrettant leur transition et nourrissant une rancœur à l’égard de professionnels qui auraient, selon lui, agi sans réel consentement éclairé.

À gauche, le projet de loi de l’UDC est fermement rejeté. Les partis concernés reconnaissent que les soins liés à la transition de genre peuvent comporter des risques, mais soulignent que cette réalité concerne de nombreux actes médicaux et ne justifie pas, selon eux, une interdiction générale. Ils estiment par ailleurs que les situations de regret sont souvent liées au regard social et aux discriminations plutôt qu’aux soins eux-mêmes. La gauche s’oppose également à la motion du PLR visant à instaurer un cadre plus strict, considérant qu’elle maintient des éléments problématiques sur le plan juridique et qu’elle repose sur des craintes jugées excessives ou infondées. De leur côté, les auteurs de cette motion défendent une position intermédiaire, cherchant un équilibre entre la liberté individuelle et la responsabilité de l’État, sans aller jusqu’à une interdiction totale ni à une absence de cadre.

Les socialistes et les Verts critiquent en particulier l’instauration d’un délai obligatoire de dix-huit mois, estimant qu’il pourrait prolonger inutilement la souffrance de certaines personnes et compliquer la prise en charge médicale, notamment à l’approche de la puberté

Au final, les textes visant à interdire ou à suspendre les interventions de réassignation sexuelle pour les mineurs, tout comme la motion du PLR sur le délai de dix-huit mois, n’ont pas franchi la rampe. Alors que l’UDC appelait à ralentir, questionner et encadrer strictement ces pratiques plutôt qu’à les banaliser ou à les accélérer, une majorité du Grand Conseil n’a donc pas jugé nécessaire d’y donner suite, y compris au regard de questions majeures de prudence médicale, de consentement, cédant à la pression des milieux militants, médiatiques et universitaires.

Pour faire bonne mesure, rappelons encore que le Département genevois de la santé propose de punir d’une amende pouvant aller jusqu’à 100’000 francs tout professionnel, notamment de la santé, qui tenterait de dissuader un patient de subir une intervention de réassignation ou de conversion sexuelle (PL 13327 LIMOIG). Une sanction qui serait également applicable aux parents qui chercheraient à dissuader leur enfant mineur d’y recourir.

(1) La Tribune de Genève, 23 février 2026

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Eric Bertinat
À la suite de la décision de Mgr Lefebvre de consacrer quatre évêques, Éric Bertinat cofonde, avec ses amis les abbés La Praz et Koller, la revue Controverses (1988-1995). En 2010, il fonde l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Journaliste et collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il y revient en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.

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