Eric Bertinat – Produite grâce au financement participatif et diffusée via internet et les réseaux sociaux, la série The Chosen (1) illustre l’émergence de nouveaux modes de production et de diffusion des contenus religieux. Créée par Dallas Jenkins, cette série raconte la vie de Jésus de Nazareth et le début de son ministère. Elle compte sept saisons, chacune couvrant une période jusqu’à sa crucifixion et sa résurrection..
Née du financement participatif
Le développement de la série repose sur un modèle de production inhabituel pour une œuvre télévisée de cette ampleur. The Chosen est en effet née d’une campagne de financement participatif qui a réuni plus de treize millions de dollars auprès d’environ 16’000 contributeurs, avec le soutien de Angel Studios qui a lancé, financé et distribué les premières saisons de The Chosen. La première saison est lancée en 2019 et connaît rapidement une diffusion mondiale, touchant des centaines de millions de spectateurs.
La communication du projet s’appuie largement sur internet, les réseaux sociaux et une application dédiée qui permet de regarder gratuitement les épisodes (2). Cette stratégie favorise une relation directe entre l’équipe de production et le public, et contribue à la diffusion internationale de la série grâce à des traductions dans de nombreuses langues. Autour de la série s’est ainsi constituée une communauté active de spectateurs qui participent à sa promotion et à son développement.
Le scénario est fidèle aux grandes étapes du récit évangélique qu’elle met en scène. À l’approche des épisodes consacrés à la Passion et à la Résurrection, différentes initiatives sont proposées au public. L’équipe de The Chosen prépare par exemple des programmes spéciaux pour accompagner les spectateurs durant la période de Pâques et les aider à entrer plus profondément dans les événements racontés par la série, illustrant la dimension communautaire qui caractérise sa diffusion.
Sur le plan personnel, Dallas Jenkins se définit comme évangélique conservateur. Marié à Amanda Jenkins, auteure et enseignante, il est père de quatre enfants ; le couple collabore également sur plusieurs ouvrages inspirés de la série. Dallas Jenkins travaille actuellement au développement des saisons finales, qui doivent aborder les événements de la Passion et de la Résurrection.
Controverses
Entre 2021 et 2024, certaines critiques ont évoqué la participation de collaborateurs appartenant à l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, dont les adeptes sont appelés les mormons. Dans certains milieux évangéliques conservateurs, cette coopération a suscité des interrogations en raison des différences théologiques entre cette Église et le protestantisme traditionnel. Dallas Jenkins a rappelé que le scenario s’appuie principalement sur les quatre Évangiles et qu’il a collaboré avec des personnes de confessions différentes, ce qui est le cas David Guffey, prêtre catholique qui participe comme conseiller théologique et donne son avis sur les scripts. Le fait que certains tournages aient lieu dans des studios situés dans l’Utah et appartenant aux mormons a contribué à rendre cette collaboration plus visible.
Une autre polémique est apparue en 2023 après la diffusion sur internet d’une photographie prise en coulisses montrant un objet comportant un drapeau arc-en-ciel, symbole associé aux communautés LGBTQ+. Certains spectateurs y ont vu un signe d’engagement idéologique de la production. En fait, le drapeau en question figurait accidentellement parmi les accessoires utilisés sur le plateau de tournage. Ce qui a permis à Dallas Jenkins de rappeler que The Chosen ne transmet aucun message politique ou idéologique.
Réception chez les catholiques américains
Aux États-Unis, la série a bien évidemment suscité l’intérêt notable des catholiques. De manière générale, beaucoup de prêtres, de théologiens et de médias catholiques voient dans The Chosen une œuvre capable de rendre les récits évangéliques plus accessibles et plus vivants pour le public contemporain. La représentation des disciples et des rencontres de Jésus contribue, selon eux, à favoriser une redécouverte des Évangiles.
Cet accueil favorable tient aussi à la qualité artistique de la série et à son potentiel pastoral. Des groupes de discussion et des programmes d’accompagnement biblique ont été mis en place pour commenter les épisodes et les relier au texte du Nouveau Testament. La présence de l’acteur Jonathan Roumie, catholique pratiquant qui interprète Jésus à l’écran, a également attiré l’attention de ce public. L’intérêt pour la série a même dépassé le cadre américain : The Chosen a été présentée au Vatican le 23 juin 2025 lors d’un événement officiel. L’épisode projeté (tiré de la saison 6) évoque la Cène, dernier repas du Christ avec ses disciples. Les acteurs présents, tout comme Dallas Jenkins, ont aussi évoqué le tournage consacré à la Passion et à la crucifixion, réalisé à Matera en Italie. Tous décrivent un tournage particulièrement éprouvant, tant physiquement qu’émotionnellement, marqué par une forte implication spirituelle des acteurs qui se sont profondément identifiés à leurs rôles (3).
Deux jours plus tard, Jonathan Roumie était présent avec les membres de sa famille, les acteurs et l’équipe de tournage, pour suivre l’audience générale du Pape Léon XIV place Saint-Pierre. «Jouer un personnage charismatique comme le Christ a contribué à renforcer ma foi. J’ai vécu cette expérience comme un véritable acte de grâce divine à mon égard», a t’il dit, cachant difficilement son émotion derrière ses lunettes de soleil.
Plusieurs théologiens rappellent toutefois que la série demeure une création artistique inspirée des Évangiles et non une reconstitution historique ou doctrinale stricte. Pour enrichir la narration, les scénaristes introduisent des dialogues et des éléments biographiques absents du Nouveau testament, ce qui peut parfois donner l’impression d’une précision historique plus grande qu’elle ne l’est réellement. Certaines scènes ont également suscité des discussions théologiques, notamment celles concernant la remise des «clés du Royaume», traditionnellement interprétée dans le catholicisme comme une mission confiée spécifiquement à saint Pierre et associée symboliquement à la primauté du pape.
The Chosen, comme toute œuvre artistique inspirée de la Bible, ne remplace pas la lecture des saintes Écritures. Elle peut cependant constituer une porte d’entrée, une invitation à approfondir le message évangélique et à relire les textes qui ont marqué l’histoire du christianisme. Il y a d’incroyables messages sur le forum de discussion du site qui démontrent que cette série a touché et ému des centaines de milliers de personnes éloignées de toute religion.
Chacun peut se faire sa propre opinion : le plus simple est encore de regarder la série et de se laisser surprendre par cette série, forte d’une remarquable photographie.
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(1) Le titre The Chosen signifie littéralement «Les Choisis». C’est pour signifier que l’histoire n’est pas seulement celle de Jésus, mais aussi celle des hommes et des femmes qu’il appelle et transforme.
(2) Il vous suffit de télécharger l’application gratuite The Chosen qui permet de regarder la série, en français, en streaming. Téléchargez-la sur l’App Store (iOS), Google Play (Android), Amazon Fire TV, ou regardez directement sur le site officiel.
(3) https://fr.aleteia.org/2025/06/24/the-chosen-le-tournage-tres-eprouvant-de-la-crucifixion/


À la suite de la décision de Mgr Lefebvre de consacrer quatre évêques, Éric Bertinat cofonde, avec ses amis les abbés La Praz et Koller, la revue Controverses (1988-1995). En 2010, il fonde l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne.
Journaliste et collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il y revient en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.


