Thibaut Marqueyrol – L’annonce récente de nouveaux sacres par la Fraternité Saint-Pie X a immédiatement déclenché un torrent de réactions, ou pour être plus exact, de jugements. D’un côté comme de l’autre, les voix s’élèvent : certains pour soutenir sans réserve, d’autres pour condamner sans appel. Dans ce tumulte médiatique et ecclésial, beaucoup s’autorisent un avis tranché, mais bien peu semblent s’interroger sur la portée — et la conséquence — de l’expression d’un tel avis.
En ce qui me concerne, je ne suis pas membre de la FSSPX. Je suis simplement un père de famille catholique qui souhaite le rester, et qui se sent le devoir sacré de faire en sorte que ses enfants le demeurent également.
Quant à savoir qui sera réellement concerné par les mesures que Rome pourrait prendre à la suite de ces sacres, l’avenir nous le dira. Cependant, plusieurs certitudes s’imposent à mon regard de père :
La primauté de Rome
Seule l’autorité romaine peut régler le fond du problème. L’histoire récente — notamment l’épopée des évêques chinois, d’abord considérés comme schismatiques avant d’être finalement reconnus — démontre que les situations canoniques les plus complexes peuvent trouver une issue par la volonté du Saint-Siège.
La réalité du terrain
Même si Rome devait prononcer une condamnation, une question demeure, pragmatique et vitale : où pourrais-je mettre mes enfants à l’école pour leur garantir une éducation cohérente ?
La pérennité de la foi
Quoi qu’il arrive dans les chancelleries, le catéchisme transmis à mes enfants ne bougera pas d’un iota. La doctrine reste le roc sur lequel je bâtis leur éducation.
En définitive, il n’y a que très peu de personnes dont l’avis compte réellement dans cette affaire : le Supérieur de la FSSPX qui a pris sa décision, les futurs évêques qui acceptent cette charge, et Rome. Ma position, humblement, est celle-ci : prions pour que Rome apporte une réponse pour le bien supérieur de l’Église, et attendons dans la paix.
Je ne prétends pas que ma position puisse intéresser qui que ce soit, car c’est celle d’un quidam. Mais elle est peut-être celle de beaucoup qui n’aspirent qu’à la paix extérieure et intérieure.
Pourquoi la paix intérieure ?
Parce que leur conscience ne leur reproche rien dans le choix de suivre la tradition de l’Église de quelque côté de feu Ecclesia Dei que l’on soit. Il est malhonnête de demander aux laïcs des choses impossibles. Les laïcs n’ont pas à être entravés pour avoir le catéchisme et les sacrements dans une forme dont Benoît XVI a acté — si quelqu’un en doutait — qu’ils étaient légitimes et bons tels qu’ils sont.
Au-delà de telle ou telle communauté, c’est ce désir inaliénable et inextinguible du peuple de Dieu qui est le terreau de la Tradition. C’est ce que beaucoup d’évêques, et particulièrement en France, ne comprennent pas : ce ne sont pas les prêtres qui forment la masse de la Tradition, car c’est la masse qui donne des enfants à la Tradition, dont certains de ces enfants seront prêtres par l’aide de la providence dont nos pasteurs sont les instruments.
La paix extérieure ?
J’ai personnellement assez à faire spirituellement en m’occupant de ma carcasse avant d’aller regarder chez les autres. Ne nous sommes-nous pas déjà assez écharpés ? N’y a-t-il donc personne pour militer pour la fin de la torture spirituelle dans l’Église ? J’adresse donc cette suggestion aussi vibrante que triviale aux théologiens de tous bords : arrêtez de nous bourrer la cantine avec les sacres.


