Nicolas Moulin – Le diocèse de Sion a annoncé à la date du 30 mars dernier l’ouverture d’une enquête canonique diocésaine en vue de la canonisation du chanoine Maurice Tornay. Béatifié par le pape Jean-Paul II en 1993, la procédure poursuit son cours et pourrait aboutir à une canonisation si les conditions voulues par l’Église catholique sont réunies. Canoniser une personne revient à la présenter à l’ensemble de la chrétienté comme modèle de foi et de vertus. Pour ce faire, chaque faits et gestes sont analysés et de nombreux témoignages sont réunis pour établir avec certitude que la personne concernée est digne d’être invoqué par l’Église entière. C’est un processus complexe qui peut durer des années. Jetons un œil sur le procédé avant de nous intéresser à qui était Maurice Tornay.
Étapes menant à la canonisation
L’Église définit quatre étapes principales pour aboutir à une canonisation officielle : Serviteur de Dieu, Vénérable, Bienheureux et finalement Saint. Nous suivrons les informations publiées par le diocèse de Sion. Le titre de Serviteur de Dieu est décerné à la suite d’une enquête menée localement par l’évêque du diocèse. Au stade suivant, c’est le Vatican et sa Congrégation pour les causes des saints qui s’empare du dossier. Dans le cas où le candidat a fait preuve de vertus héroïques, alors le pape peut promouvoir le Serviteur de Dieu au titre de Vénérable. Ensuite, un miracle attribué à l’intercession de la personne concernée est nécessaire pour devenir Bienheureux sauf pour les martyrs. Finalement, la canonisation. Généralement, un deuxième miracle est requis et doit être reconnu par le pape. Le temps entre la mort et la canonisation peut varier mais il existe une règle qui fixe un temps minimum de 5 ans entre la mort et le début de l’enquête. Il est important de noter à ce stade que l’ensemble du processus a été fortement simplifié sous le pape Jean-Paul II.
Cela implique qu’une canonisation peut prendre moins de temps qu’auparavant et donc on n’a jamais autant canonisé que de nos jours. Le saint curé d’Ars a été canonisé 66 ans après sa mort alors que les miracles ont abondé aux yeux de tous avant et après son trépas. La petite Thérèse de Lisieux aura moins attendu que son compatriote puisqu’il faudra environ 28 ans avant de voir son nom au calendrier liturgique. Cela avait été considéré comme une canonisation très rapide pour son époque. Mais tous les records tombent lorsque le réformateur des procès de canonisation, Jean-Paul II, est déclaré saint 9 ans après sa mort. Le pape Benoît XVI décide de passer outre la période de 5 ans séparant la mort et le début de l’enquête en raison de sa popularité. « Santo subito » criaient les polonais à ses funérailles demandant ainsi l’ouverture immédiate du procès de canonisation.
Le pasteur : des moutons aux âmes
Mais revenons à nos montagnes valaisannes. Maurice Tornay nait en 1910 dans le hameau de La Rosière au-dessus d’Orsières. La maison familiale peut être visitée et est marquante par sa petitesse étant donné que son toit abritait non moins de 10 âmes. Après ses études, le jeune Maurice entre au noviciat des chanoines du Grand-Saint-Bernard. Les Pères des missions étrangères de Paris rencontraient à cette époque une grande difficulté à s’adapter au rude climat de l’Himalaya. Pie XI chercha donc une congrégation dont les membres étaient mieux préparés physiquement à l’évangélisation de ces contrées et c’est ainsi que les chanoines valaisans furent envoyés au Tibet. Ayant obtenu la permission de se rendre dans les missions, Maurice Tornay s’embarque pour le Vietnam avant son ordination. C’est en Asie que notre chanoine terminera ses études de théologie et recevra les ordres majeurs. Nous sommes en 1938.
Depuis son ordination jusqu’en 1945, il est directeur du petit séminaire de Houa-lo-pa, en Chine. Il décrit sa tache comme très difficile par le fait que les jeunes, habitués au grand air et à l’effort physique, ont un mal terrible à rester assis dans une salle de classe. Il est ensuite nommé curé de Yerkalo, au Tibet, en 1945 car il faut remplacer un confrère mort de la typhoïde. Mis à part les conditions de vie rudimentaires, la relation avec les lamas (moines) bouddhistes, qui n’a jamais été facile, s’impose comme la principale difficulté de son nouvel apostolat. Sitôt arrivé en poste, les lamas ordonnent qu’il s’en aille. Il refuse l’ordre durant de nombreux mois jusqu’à ce que la menace se fasse trop pesante. Il se réfugie donc dans le voisinage et planifie un voyage à Lhassa où séjourne le Dalaï-Lama afin de plaider sa cause. Ayant reçu l’autorisation de ses supérieurs d’entreprendre le voyage, il se met en route pour ne jamais revenir à Yerkalo. Le 11 août 1949 il est assassiné avec son serviteur Doci par des Lamas.
A sa sœur Anna, religieuse en France il écrit : « Plus j’ai vécu, plus je suis persuadé que le sacrifice – lui seul – donne un sens à nos jours ». C’est une phrase importante qu’il devra se répéter souvent puisque » je suis le curé le plus original du monde : ma paroisse est plus grande que la France, mais elle ne comprend que 2 millions de paroissiens ; et parmi ces 2 millions, 200 environ font leurs Pâques ». Les difficultés sont nombreuses et extrêmes mais son état d’esprit est admirable : « Nous avons un Dieu, nous. Vivons dans la joie, pas comme les païens qui s’égorgent ». Mais parfois, la douleur est trop vive alors : « Pleurons, mais offrons nos larmes à Dieu ».
Quelle reconnaissance envers Dieu doit animer la Suisse entière de nous avoir donné un prêtre si illustre. Prions pour que le Bienheureux Maurice Tornay puisse un jour intercéder pour nous depuis les autels.

Nicolas Moulin
Né en 1997, Nicolas Moulin est un jeune valaisan dont le parcours allie ingénierie et spiritualité catholique. Ingénieur aéronautique de formation, il passe son temps dans l'univers binaire des mathématiques pour faire vivre les siens. Entre le Bachelor et le Master, c'est vers le séminaire de la FSSPX que celui-ci se tourne pour former son âme catholique par l'étude et la méditation. Passionné par le Magistère et par une vision chrétienne de la société, il a rejoint l'équipe de Perspective Catholique avec laquelle il espère faire lire l'actualité avec un regard chrétien.


