Compostelle

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Jean-Baptiste Bless – Le pèlerin aguerri, comme le lecteur en quête d’évasion, ne peut s’empêcher de réagir à ce titre. Compostelle, c’est une double promesse. Celle d’une destination, d’abord : littéralement le «champ des étoiles», où repose le tombeau de l’apôtre Jacques ; mais aussi celle d’un chemin qui sillonne l’Europe, entre fleuves et estives, avant de se muer en voyage intérieur.
Le film «Compostelle», sorti dans les salles en avril, ne trahit pas cette promesse. Il surprend par son angle original : la rencontre d’une assistante sociale en rupture avec un jeune délinquant en quête de rémission. Pour le compte d’une association, elle doit l’accompagner en remplacement d’une peine de prison. Cette improbable croisée de routes illustre bien la sociologie pleine de surprises du «Camino».
Si la violence des crises entre Fred – interprétée par Alexandra Lamy – et Adam peut paraître forcée dans les premières scènes, elle plonge rapidement le spectateur dans le drame humain de ces deux vies suspendues. La quarantenaire en transition douloureuse saura-t-elle maîtriser celui qui l’émeut par une candeur que masquent mal ses accès de rage ? Dans ce compagnonnage des souffrances, lequel aidera l’autre ?
Surprise bienvenue, le cinéaste n’hésite pas à prendre de la hauteur, non seulement grâce à ses vues spectaculaires par drone, mais surtout par son message de foi. Une nuit au monastère fait basculer la relation tendue entre les deux protagonistes. Le saisissement des chants grégoriens et la compagnie des moines amènent une dimension spirituelle qui habite la fin du périple.
Certains esprits chagrins ne manqueront pas de relever le mélange osé de racaille et de religieux, qui rappelle l’œuvre de Cheyenne-Marie Carron. Ceux qui soignent et ceux qui sauvent verront dans ce périple mouvementé une quête mystique pour se relever de la déchéance. Une statue de la Vierge y joue son rôle, même brisée et à terre…
Seul regret : celui de ne pas avoir revécu plus intensément les contrastes de verdure et de pierres séculaires. Il manque aussi les moments de silence et cette lenteur du pas qui mène à la méditation. Pour cela, il faut prendre la route, et le film y invite.