Qui dirigera demain l’ONU ? La bataille pour l’avortement et l’idéologie du genre

0
4

Eric Bertinat – La course à la succession d’Antonio Guterres à la tête des Nations unies est entrée dans une phase décisive. Le choix du prochain Secrétaire général n’est pas une simple question de personnes : il déterminera en partie l’orientation politique d’une organisation qui a considérablement étendu son influence dans les domaines sociaux, culturels et idéologiques.

À l’origine, le Secrétaire général devait être l’« administrateur en chef » de l’Organisation. Son rôle s’est progressivement transformé en véritable autorité politique, capable d’orienter l’action du système onusien. La décision se joue surtout au Conseil de sécurité. Le candidat devra obtenir une majorité et ne pas être rejeté par l’un des cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni et France) qui disposent du droit de veto. Au 18 août, sept candidats sont en lice : l’Argentin Rafael Mariano Grossi, la Costaricaine Rebeca Grynspan, la Chilienne Michelle Bachelet, le Sénégalais Macky Sall, l’Équatorienne María Fernanda Espinosa Garcés, la Guyanienne Carolyn Rodrigues Birkett et l’Ougandais Olara Otunnu.

L’enjeu essentiel est cependant ailleurs. Car l’ONU a progressivement fait de l’avortement et des questions de genre des éléments importants de son agenda social. Sous Antonio Guterres, l’Organisation a fortement développé son discours sur les « droits sexuels et reproductifs », l’égalité des sexes et l’intégration du genre dans ses politiques. Son successeur pourra poursuivre cette orientation ou tenter de la corriger.

Plusieurs candidates actuellement en compétition sont particulièrement associées à cette ligne progressiste. Michelle Bachelet, Rebeca Grynspan et María Fernanda Espinosa sont connues pour leurs positions favorables à l’avortement et leur engagement féministe. Leurs candidatures s’inscrivent dans un courant qui entend faire des questions sexuelles et reproductives des priorités de l’action internationale.

L’Europe joue un rôle important dans cette bataille. L’Union européenne défend au sein des institutions internationales une conception très large des «droits sexuels et reproductifs», de l’égalité de genre et de la lutte contre les discriminations. Elle souhaite également voir davantage de femmes accéder aux plus hautes responsabilités internationales. Cette orientation contribue à faire de l’avortement et du «genre» des normes internationales.

L’avortement : une question devenue internationale
Pendant longtemps, l’avortement relevait principalement des législations nationales, chaque État déterminant la protection qu’il accordait à l’enfant à naître. La dynamique internationale a progressivement changé cette situation. À travers le vocabulaire des «droits sexuels et reproductifs», des agences onusiennes et des organisations internationales cherchent à faire de l’accès à l’avortement un élément des droits humains et des politiques publiques. Cette évolution n’est pas neutre. Elle tend à transformer une question profondément controversée — celle de la protection de la vie humaine avant la naissance — en un droit présenté comme allant de soi. Reconnaître l’égale dignité de l’homme et de la femme est une chose. Considérer que l’identité sexuelle peut être détachée de la réalité corporelle et biologique en est une autre. Or le vocabulaire international du « gender mainstreaming » tend à diffuser cette approche dans les politiques publiques. La candidature de María Fernanda Espinosa illustre clairement cette orientation, avec la volonté d’intégrer le genre de manière transversale dans l’action de l’Organisation. Elle est également connue pour ses positions favorables à l’avortement et son engagement féministe.

Il s’agit aussi de savoir quelle conception de l’homme et de la société l’ONU entend promouvoir dans les années à venir.
Après dix années de mandat d’Antonio Guterres, le système onusien s’est profondément engagé dans les combats culturels contemporains : climat, «droits sexuels et reproductifs», égalité de genre et lutte contre les discriminations. Le prochain Secrétaire général pourra poursuivre cette évolution ou chercher à recentrer l’Organisation sur ses fonctions premières : la paix, la sécurité, la coopération entre États et le respect de leur souveraineté.

Derrière les mots apparemment consensuels de «droits», de «progrès», d’«égalité» et de «genre», une question fondamentale se pose : l’ONU doit-elle se contenter de coordonner les États, ou devenir un moteur mondial de transformation des sociétés ?

Article précédentContraception gratuite : Perspective catholique appelle à voter NON
Eric Bertinat
Éric Bertinat a fondé en 2010 l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Il avait auparavant animé la revue Controverses (1988-1995). Collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il revient à la politique en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.