Davos, symbole d’un monde contesté

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Eric Bertinat – Une grande partie des élites occidentales (et tout particulièrement européennes) commet une erreur d’analyse majeure en réduisant Donald Trump à sa personnalité extravertie, à son style provocateur ou à ses outrances verbales. Cette focalisation quasi obsessionnelle sur la forme empêche de voir l’essentiel : Trump représente une doctrine politique cohérente, profondément souverainiste, qui rompt avec des décennies de mondialisme économique et de libéralisme sociétal.

Là où l’Europe a fait le choix d’un libéralisme à la fois économique, culturel et normatif effaçant progressivement les frontières, diluant les souverainetés et substituant la morale technocratique au politique, l’administration Trump assume une logique inverse. Elle réaffirme la primauté de la nation, du peuple et de l’intérêt national, quitte à entrer en conflit ouvert avec les institutions internationales, les dogmes climatiques, les accords commerciaux déséquilibrés et l’idéologie globaliste dominante.

Le choc observé à Davos n’est donc pas un simple incident de style ou de protocole. Il est le symptôme d’une opposition frontale entre deux visions du monde : d’un côté, un projet européen fondé sur le libéralisme sociétal et la gouvernance supranationale ; de l’autre, une stratégie américaine assumée de reconquête politique, économique et industrielle. C’est cette fracture, bien plus que la personnalité de Trump, qu’il faut désormais regarder en face.

Au-delà du personnage Trump, une rupture politique mal comprise en Europe
La présence de Howard Lutnick, secrétaire américain au Commerce, au Forum économique mondial n’avait rien d’anecdotique ni de diplomatique. Elle relevait d’une stratégie délibérée de rupture. Comme il l’expose sans détour dans sa tribune publiée par le Financial Times, l’administration Trump ne se rend pas à Davos pour accompagner ou aménager l’ordre établi, mais pour le contester frontalement. Le statu quo visé est celui d’un mondialisme économique devenu, aux yeux de cette administration, un dogme rigide et destructeur : affaiblissement des États-nations, désindustrialisation massive, dépendance stratégique et sacrifice des classes populaires au profit d’intérêts transnationaux déconnectés des réalités sociales.

Ce discours de rupture s’est incarné lors d’un dîner officiel par une prise de parole volontairement provocatrice et sans concession. Howard Lutnick y a dénoncé le pouvoir d’une élite mondialisée qui impose ses normes énergétiques, climatiques et économiques sans mandat démocratique, remis en cause le caractère idéologique des politiques «vertes», et défendu une souveraineté économique assumée. Son message était clair : l’époque où les États-Unis se pliaient docilement aux injonctions d’institutions supranationales est révolue. Le cap «America First» n’est plus un slogan, mais une ligne politique cohérente, déjà traduite en résultats concrets.

Un tumulte révélateur de l’arrogance mondialiste
La réaction des milieux mondialistes ne s’est pas fait attendre. Le discours a été perturbé par des huées et des protestations, jusqu’au départ de Christine Lagarde, Présidente de la Banque centrale européenne, geste hautement symbolique du refus de toute remise en question de l’ordre globalisé existant. Larry Fink, hôte de la soirée et dirigeant de la société multinationale américaine spécialisée dans la gestion d’actifs BlackRock, a tenté de restaurer un calme de façade, illustrant l’embarras d’un système peu habitué à être contesté en son propre sanctuaire.

Parmi les perturbateurs figurait notamment l’ancien vice-président des USA, Al Gore, incarnation d’un courant idéologique mêlant mondialisme, écologie punitive et promotion d’une immigration sans limites. Les opposants au discours du secrétaire américain au Commerce appartiennent tous à cette même galaxie : responsables politiques et anciens dirigeants persuadés que la gouvernance mondiale, la transition énergétique imposée et l’effacement des souverainetés nationales constituent des dogmes intangibles, même lorsqu’ils se heurtent frontalement aux intérêts des peuples.

Une équipe Trump soudée face à l’orthodoxie globaliste
Loin d’être une initiative isolée, l’intervention d’Howard Lutnick s’inscrit dans une ligne politique partagée par une équipe Trump remarquablement cohérente. Autour de Donald Trump, plusieurs figures majeures tiennent un discours comparable : l’économiste Peter Navarro, bien connu pour ses positions protectionnistes et anti-chinoises, il a joué un rôle clé dans l’élaboration de la politique commerciale sous les deux administrations de Donald Trump, ne ménage pas ses critiques contre les accords commerciaux déséquilibrés ; le Républicain Robert Lighthizer, défenseur acharné de la réciprocité commerciale a été représentant au Commerce des États-Unis de 2017 à 2021 dans l’administration du président Donald Trump. L’avocat, homme d’affaires et politicien américain, ancien secrétaire d’État de 2018 à 2021, Mike Pompeo, est le promoteur d’une diplomatie fondée sur les intérêts nationaux ; ou encore l’influent Stephen Miller, actuel conseiller politique à la Maison-Blanche, est un partisan d’un contrôle strict des frontières et d’une souveraineté assumée.

Tous partagent la même conviction : la prospérité durable ne naît pas de la dilution des nations dans un système mondialisé uniforme, mais de la solidité des États, de leurs industries et de leur cohésion sociale.

L’épisode de Davos illustre ainsi un basculement profond. Ce forum, longtemps réservé à un dialogue feutré entre élites acquises aux mêmes certitudes, devient le théâtre d’une contestation ouverte du mondialisme. En assumant l’affrontement avec les tenants de la globalisation intégrale, de l’écologie idéologique et de l’immigration massive, l’administration Trump affirme qu’une autre voie est non seulement possible, mais déjà en marche : celle de la souveraineté, de la production nationale et de la primauté du politique sur les technocraties internationales.

Le tumulte provoqué par le discours d’Howard Lutnick n’est donc pas un incident marginal. Il constitue la démonstration éclatante du choc entre deux visions irréconciliables : d’un côté, une élite mondiale arc-boutée sur un modèle globalisé à bout de souffle ; de l’autre, une stratégie assumée de réaffirmation nationale, déterminée à rompre avec les dogmes et les certitudes de Davos.

L’Union européenne face à ses propres impasses
À l’inverse de cette dynamique de réaffirmation nationale, l’Union européenne apparaît plus que jamais prisonnière de ses propres choix politiques. Son logiciel mondialiste mêlant libre-échange déséquilibré, écologie normative et abandon progressif des souverainetés économiques, l’enferme dans une trajectoire qui affaiblit durablement ses États membres. Incapable de protéger ses industries, dépendante de chaînes d’approvisionnement extérieures et soumise à des dogmes technocratiques qu’elle s’impose à elle-même, l’UE regarde désormais les États-Unis reprendre l’initiative stratégique sans disposer des outils politiques pour en faire autant.

Le contraste est saisissant : là où l’administration Trump assume le conflit idéologique et redonne la priorité au politique, l’Union européenne persiste dans une fuite en avant réglementaire et morale, coupée des réalités économiques et sociales. Tant qu’elle refusera de remettre en cause les fondements de son mondialisme, elle restera spectatrice d’un monde qui se réorganise sans elle… et souvent à son détriment.

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Eric Bertinat
À la suite de la décision de Mgr Lefebvre de consacrer quatre évêques, Éric Bertinat cofonde, avec ses amis les abbés La Praz et Koller, la revue Controverses (1988-1995). En 2010, il fonde l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Journaliste et collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il y revient en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.

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