Abbé Jean de Loÿe – Dans son livre La loi naturelle et les droits de l’homme, Pierre Manent décrit comment la loi naturelle s’est désagrégée sous les coups de boutoirs de la philosophie politique moderne pour laisser place à une égalité des droits sans référence à aucun critère naturel. Autrement dit, une loi non plus pour des hommes, mais pour des « individu-vivants séparés » sans tendance, ni différence, dénaturalisés de tous les caractères distinctif de l’être humain.

Dans son chapitre 1 l’enjeu de la loi naturelle, le philosophe évoque la question du mariage homosexuel. Il discerne dans cette revendication une portée métaphysique visant à nier l’existence même d’une loi naturelle. Il écrit : « lorsque le mariage était réservé aux couples hétérosexuels, la loi positive prenait appui sur la différence naturelle entre l’homme et la femme en même temps qu’elle la confirmait et la consacrait. Le sens commun de l’espèce se passait fort bien de l’élaboration doctrinale, mais l’institution du mariage, étant réservé aux couples hétérosexuels, soutenait implicitement et manifestait solennellement que la vie humaine est ordonnée selon une loi naturelle. La loi ouvrant le mariage aux couples de personnes du même sexe est une loi positive dont l’intention vise le sens même de l’ordre humain : il s’agit d’obliger les sociétaires à reconnaître par leurs paroles et leurs actions qu’il n’y a pas de loi naturelle, ou que le monde humain peut et doit être organisé sans référence à une loi naturelle. Si le mariage était l’institution cruciale du monde humain organisé selon la loi naturelle, alors la loi dont nous parlons vise à renverser ou abolir cet ordre lui-même. Les sociétés vivant désormais sous cette loi sont engagées dans une expérience également cruciale dont les conséquences encore à venir, publiques comme privées, seront sans doute à la mesure de l’audace ou de l’imprudence du geste accompli.

Si une législation qui ne concerne directement qu’un très petit nombre de sociétaires a pu s’imposer en nos pays de manière si rapide et comme irrésistible, elle doit cet ascendant à l’ambition que j’ai dit métaphysique d’inscrire dans la loi positive la thèse selon laquelle à l’ordre humain juste ou légitime exclut toute référence à une norme ou finalité naturelle. »[1]

A juste titre le philosophe remarque : «  Que l’on définisse l’homme comme « l’être qui a des droits », ou comme « ayant toujours et partout le droit de réclamer les droits de l’homme », on ne dit rien sur ce qui constitue et donne sa forme à la vie humaine »[2]. Et de conclure «  à travers le droit, l’humain est librement recomposé. »

Puisse ces considérations de Pierre Manent nous aider à saisir le grave enjeu du mariage homosexuel.    

[1] Manent, Pierre La loi naturelle et les droits de l’homme p18 puf
[2] Idem p59


Lettre d’information N° 19 – 28 juillet 2020 | Source : Perspective catholique