La Suisse et l’OTAN à la croisée des chemins: Entretien avec le colonel EMG Boris Chollet

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Alexandra Klucznik-Schaller D’aucuns croient que l’érosion de la neutralité n’est due qu’aux pressions qu’exerce l’Union Européenne. Or, il faut également s’intéresser à l’OTAN, car ces deux institutions entretiennent des liens étroits, ont des membres communs, des racines similaires, et proclament des desseins de plus en plus alignés.
Ainsi, à la mi-décembre, le Conseil fédéral a invité le pays à se doter d’une nouvelle stratégie de politique de sécurité, et le conseiller Martin Pfister a précisé ne pas exclure « une attaque directe de la Russie contre la Suisse» 1, comme l’a noté la RTS, « les services de renseignement européens anticipent une menace russe à l’horizon 2028 » 2.
Dans ce contexte, il nous semble idoine de proposer un entretien avec Boris Chollet, colonel d’état-major général, ancien chef de l’instruction du Service de Renseignement Militaire.
Le colonel Chollet – qui a fréquenté l’école de l’OTAN d’Oberammergau et a participé à toute une série de conférences et d’exercices organisés par l’Alliance – fait aujourd’hui partie de ces officiers qui déplorent le tropisme atlantiste de certains politiciens et militaires. Pourquoi ? Parce que, selon le colonel, la neutralité de la Suisse est sa meilleure protection, et ce sans qu’il y ait besoin de tergiverser sur des définitions progressistes de la neutralité ; le principe de la bonne foi suffit.
Dans l’entretien qui suit, le colonel Chollet revient sur la genèse de l’Alliance et pointe les étapes importantes pour la Suisse : du Partenariat pour la Paix (PpP) auquel le pays a adhéré en 1996, au manifeste Neutralité 21, en passant par la réforme Armée XXI avec laquelle « on s’est fondu subrepticement dans l’OTAN ».

Alexandra Klucznik-Schaller : L’OTAN a été fondée en 1949, en qualité d’alliance de défense contre le communisme. Avec la fin du bloc de l’Est, une nouvelle doctrine semble avoir émergé, doctrine qui a justifié les bombardements de la Serbie en 1999 et de la Lybie en 2011.

La Suisse est liée à l’OTAN par un PpP, qu’est-ce que ce partenariat implique ?

Col. Boris Chollet : Avec le Partenariat pour la Paix on vise, en principe, une harmonisation de la doctrine militaire et des entrainements communs, mais dans les faits c’est plus que ça ; vous pouvez trouver sur internet un article intéressant d’Arnaud Dotézac : « Aller simple pour l’OTAN »3, l’auteur y explique que la Suisse a vendu tous ses secrets en signant le PpP en 1996.

Vous me dites que l’OTAN est une organisation défensive, mais elle a été créée en 1949 et le Pacte de Varsovie en 1955. Historiquement donc, s’il y a une organisation qui est défensive, c’est le Pacte de Varsovie. Et la suite des évènements a bien montré que l’Alliance n’était pas une organisation défensive.

Après la fin de l’URSS, en 1994, la Russie avait adhéré au partenariat euro-atlantique, tout comme l’Ukraine d’ailleurs. On se rappellera que le 4 octobre 1993, le président Eltsine avait fait tirer sur la Douma et que Clinton avait promis 1,5 milliards de dollars pour des réformes. C’était, à mon avis, le premier test américain pour savoir si on pouvait aller facilement vers l’Est et ça a réellement bien fonctionné. Dès 1994, Clinton disait que l’on pouvait s’étendre à l’Est, et ce alors que – selon le chancelier Schroeder et Roland Dumas – il existait une promesse orale de non extension. En 1999, il y avait une première vague d’élargissement aux pays de l’ex-bloc soviétique. En 2000, Poutine avait demandé à Clinton d’intégrer l’OTAN et l’OTAN a refusé, ce refus a démontré contre qui était déjà dirigée cette organisation.

AKS : Les travaux de deux Suisses ont fait le tour du monde ; Daniele Ganser et Dick Marty, ont démontré que l’OTAN avait une face très sombre.

Daniele Ganser a étudié les réseaux Stay Behind, cellules créées après la guerre par la CIA et le MI6, et coordonnées par l’OTAN, pour mener des actions opérationnelles anticommunistes. En Suisse, la P26 en aurait fait partie ?


Col. Boris Chollet : Pour ce qui est des armées secrètes de l’OTAN étudiées par Daniele Ganser, je pense que c’est indiscutable, mais c’est à replacer derrière le concept. Le but du concept Stay Behind était de mener des actions hostiles au Pacte de Varsovie, mais derrière les lignes offensives du Pacte de Varsovie.

La P26, c’était autre chose, le but de la P26 c’était d’éviter de connaître le même problème que la France ; en France, lorsque Jean Moulin a pris la direction de la Résistance, il a dû fédérer les différents mouvements de résistance, mais en pleine occupation, en Suisse on a voulu éviter cette phase. Ce que l’on voulait, c’était de préparer un noyau de résistance avant toute occupation. La P26 n’a jamais eu comme intention d’aller à l’arrière des lignes. Je reste convaincu que la P26 n’était pas une organisation de type Gladio, à ce sujet on lira avec profit « Le faux scandale de la P26 » 4 de Martin Matter. Il reste néanmoins une zone d’ombre, car il y a eu un mort, sans oublier que quatre classeurs et une vingtaine de dossiers ont disparu. Mais la documentation qui est restée au sein de la Confédération reste classifiée jusqu’en 2041, et c’est cette part d’ombre qui permet d’imaginer ce que l’on veut.

AKS : Et le procureur Dick Marty, rapporteur de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, a émis un rapport dans lequel il signifiait que l’OTAN avait concouru à la mise en place de prisons secrètes de la CIA en Europe de l’Est au début des années 2000. Alors avec qui on signe quand on signe un Partenariat pour la Paix ?

Col. Boris Chollet Je pense qu’il y a à l’intérieur de l’OTAN des gens qui sont foncièrement pro-américains, pro-atlantistes. Et il faut distinguer les milieux militaires des milieux politiques, le politique n’est pas mon domaine et je vous laisse imaginer ce que vous voulez, mais les militaires, ce sont des gens qui sont obéissants, qui sont loyaux par définition. Le problème des prisons secrètes, c’est que ces prisonniers faits par les Américains n’avaient pas de statut juridique. Si on avait dû les mettre aux États Unis, on aurait dû leur donner un statut juridique et c’était impossible. N’oublions pas que les droits procéduraux en matière pénale aux USA ne sont assurés que pour les Américains ! Et si vous êtes pro-américain, vous ne pouvez pas dire que la CIA a fait ceci ou cela ; si vous êtes pro-américain, vous défendez les États-Unis jusqu’au bout. Voilà, je sais que c’est choquant et c’est pour cela que je tiens à la souveraineté de la Suisse. Le grand malheur de Dick Marty, c’est d’avoir révélé au public des choses qui auraient dû rester secrètes. Et on s’en est pris à lui. C’était un homme courageux, heureusement qu’il y a encore des gens courageux, à ce propos j’invite tout le monde à relire Etienne de la Boétie, écrivain du XVIème siècle, et son « Discours de la servitude volontaire » 5.

AKS : Récemment on a entendu l’amiral Giuseppe Calvo Dragone, président du comité militaire de l’OTAN, parler de frappes préventives contre la Russie. La solution à la guerre en Ukraine passe par l’usage de la force ?

Col. Boris Chollet : Il faudrait être fou pour penser qu’une guerre avec la Russie serait possible. Le président du comité militaire de l’OTAN, le général Dragone, a dit qu’une frappe préventive de l’OTAN pourrait être qualifiée d’opération défensive. Vous avez vu le nombre de missiles de la France ? Et vous avez vu le nombre de missiles de la Russie ? Qui voudrait s’attaquer à la Russie, à part un fou ? Et si c’est la Russie qui voudrait attaquer l’OTAN, pourquoi n’a-t-elle pas encore lancé de missile contre l’OTAN ? Les principaux dirigeants de la « Coalition des volontaires » n’ont pas fait un seul jour de service militaire. Quant aux troupes européennes, hormis les forces d’actions spéciales, elles n’ont fait que de la contre-insurrection. Il faut comprendre que la guerre de haute intensité en Ukraine ressemble plus à la sinistre Première Guerre mondiale qu’aux exercices des Groupements Tactiques Interarmes organisés dans les pays Baltes.

Je vais vous dire la vérité : la guerre fait les voleurs et la paix les fait pendre. La guerre fait les voleurs : voyez les cas de corruption en Ukraine. Mais tant qu’on aura la crainte de l’élargissement de la guerre, on ne discutera pas des tenants et des aboutissants de cette guerre. On ne cherchera pas qui a mis de l’argent dans sa poche. On ne saura pas ce que l’on a fait avec l’argent qui aurait dû partir en Ukraine. On n’en discutera pas et on ne pendra pas les voleurs. Voilà, c’est la seule raison. Voilà pourquoi on maintient toujours cette peur de la guerre. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse auraient des soucis à se faire en cas de paix.

AKS : L’agenda de l’OTAN 20306, présentait la Chine et la Russie comme les principaux ennemis. Que faut-il en penser et quelle pourrait être la charge de la Suisse ?

Col. Boris Chollet : Votre remarque liminaire fait référence aux théories de John MacKinder et de Nicholas Spykman. La Chine est en voie de devenir le pays dominant dans le monde. C’est vrai donc que l’objectif c’est la Russie, puis la Chine, et peut-être la Corée du Nord à cause du nucléaire.

Mais vous savez, il y a toujours un agenda officiel à l’OTAN, et il y a un agenda officieux. Il faut toujours suivre ce qui se dit, c’est ce qu’on appelle en langage du renseignement des signaux faibles. Or, ces jours, l’actuel secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a dit que son objectif, était de permettre un déplacement de la force de l’OTAN de l’Ouest à l’Est en 3 jours. Aujourd’hui, faire ce déplacement, nécessite 43, alors comment les descendre à 3 jours ? La Suisse a adhéré à deux projets de la CSP (Communauté Structurée Permanente)7 : projet Cyber Rangers et Military Mobility. On peut comprendre que la Suisse veuille renforcer sa cyber sécurité et lutter contre les attaques informatiques, mais la Military Mobility doit faciliter le transit de troupes européennes par voie terrestre, ferroviaire, maritime et aérienne. Donc la Suisse va essayer d’apporter sa contribution à l’OTAN en facilitant de tels déplacements.

Il faut savoir également qu’il y a un traité d’interdiction des armes nucléaires, le TIAN, que la Suisse n’a pas signé. Nous n’avons pas d’armes nucléaires en Suisse, mais le Conseil fédéral a refusé de signer le traité, car les États-Unis ont clairement fait savoir qu’ils interpréteraient une telle signature comme un geste inamical. Et pourquoi on se dote de F35 ? Parce que le F35 est le seul avion capable de déplacer des B61, des bombes nucléaires tactiques américaines, et ce n’est pas moi qui le dis, mais le général français Pinard-Legry. Donc, s’il faut déplacer ces bombes pour des raisons stratégiques ce sont les États qui disposent de F35 qui seront appelés à transporter ces armes.

AKS : On a vu des démissions de l’armée et des votations importantes sont organisées comme l’initiative Boussole et l’initiative sur la Neutralité. De l’autre côté, nous avons quand même une Suisse qui commande des F35, il y a le programme Vision 2030, et le manifeste Neutralité 21. Comment comprendre cette fracture au sein du pays ?

Col. Boris Chollet : Alors, le manifeste Neutralité 21 c’est exactement un copié-collé de tout ce que la Suisse a fait jusqu’à présent et, peut-être, veut continuer à faire. Il y a dans le manifeste des pierres angulaires ; on autorise notamment l’exportation des armes, on justifie d’aider l’Ukraine, mais pas la Russie. Mais ce qui est plus intéressant, c’est de voir qui a signé le manifeste Neutralité 21. Il y a là l’ancien chef des services de renseignement, l’ancien divisionnaire Peter Regli, qui avait toutes ses entrées à l’OTAN. Il y a Arthur Liener, commandant de corps, ancien chef de l’état-major général, lié à la fameuse affaire Nyffenegger. Qu’est-ce que l’affaire Nyffenegger ? Arthur Liener était le commandant de corps, chef d’état-major général, qui avait décidé en 1992-1993, de mettre sur CD-ROM tout ce que nous tenions à l’époque dans des classeurs secrets très bien gardés. Malheureusement, il n’a pas donné comme directive de faire attention à la sécurité informatique. Donc les CD-ROM étaient déplacés d’un ordinateur à autre et étaient copiés. A ce moment les derniers secrets sont tombés. Tous les secrets que l’on avait dans ces classeurs sont partis, on ne sait pas où. Comme Arthur Liener était le grand patron, ce n’est pas lui qui est tombé, c’est le colonel Nyffenegger qui a payé, parce qu’il n’avait pas fait attention à la sécurité informatique. Mais peut être que si Arthur Liener avait imposé des directives comme il aurait dû le faire, on n’aurait pas connu cette problématique. Kaspar Villiger, ancien Conseiller fédéral a également signé ce manifeste Neutralité 21, et c’est Kaspar Villiger qui a quasiment coupé en deux notre armée. En 1990, on est passé de 750 000 hommes à quelque 400 000. Du point de vue sécuritaire, c’est un fiasco. Regardez aujourd’hui ; une des leçons de la guerre en Ukraine, c’est que c’est une guerre d’attrition. Il faut donc du monde. Et après on a eu le projet Armée XXI, commencé par Adolf Ogi, puis continué par Samuel Schmid lequel a aussi signé le manifeste Neutralité 21. A cette époque, le divisionnaire Hans Bachofner a clairement dit que l’on avait livré notre doctrine et nos plans de défense. Le divisionnaire Hans Bachofner connaissait très bien la doctrine militaire soviétique et a expliqué mieux que quiconque tout le mal qu’il pensait du Partenariat pour la Paix pour la Suisse8.

Avec Armée XXI on s’est fondu subrepticement dans l’OTAN. A titre personnel, je pense que la Suisse doit repenser sa défense et remettre, seule, sur pied une armée digne de ce nom. Notre neutralité est notre meilleure protection. Il faut s’extraire du piège sémantique qui pérennise une situation déséquilibrée. Actuellement, si tous les Suisses sont pour la neutralité, chaque parti politique, voire chaque politicien, en a sa propre définition, car ils veulent s’assurer une large liberté d’action politique, d’où l’importance de l’initiative sur la neutralité et le besoin d’en donner une définition stricte. Je conseille aux lecteurs le livre de Pierre Lellouche : « Engrenages : La guerre d’Ukraine et le basculement du monde »9, l’auteur y explique ce que les armées européennes devraient faire et plaide contre une adhésion pure et simple à l’OTAN ou à l’UE. Nous devons nous tenir hors de cette mêlée autant que faire se peut et nous devons faire ce que nous savons bien faire, c’est-à-dire proposer nos bons offices.


AKS : Mais la prochaine étape est un rapprochement encore plus important avec l’Union Européenne ?

Col. Boris Chollet : Alors la prochaine étape, celle qui est la plus proche de nous, oui, c’est l’adhésion à l’Union européenne. En fait, le but inavoué et inavouable de certains politiciens et militaires suisses est bien l’adhésion tant à l’UE, qu’à l’OTAN. Le linguiste américain Noam Chomsky a décrit certaines techniques de manipulation10 – dont la stratégie du différé, ou comment faire accepter une décision impopulaire en la présentant comme un sacrifice immédiat réalisé pour des bénéfices futurs – et il semble que nous en fassions les frais, voir par exemple le partenariat de sécurité et de défense que le Conseil fédéral veut négocier tant avec Bruxelles qu’avec Washington.

Nous avons le Parti socialiste, on dira également les Verts, qui ont pour but l’adhésion à l’Union Européenne. C’est leur grand rêve, mais ce sont aussi les premiers à manifester quand il y a des baisses de salaires. Aussi quand ils verront leurs salaires baisser au niveau des salaires français, italiens ou espagnols, je ne sais pas s’ils seront très contents. Mais pour l’instant ce Parti socialiste est très europhile. De l’autre côté, il y a le centre, l’ancien Parti démocrate-chrétien qui lui est euro-atlantiste. Ainsi par exemple, Madame Viola Amherd ou M. Martin Pfister, sont très atlantistes et donc leur but, c’est d’adhésion par étapes à l’OTAN, mais moi je reste convaincu, qu’au niveau sécuritaire, c’est la neutralité de la Suisse qui nous protège le mieux. Au niveau économique, parce ce sont les arguments économiques qui sont utilisés pour nous convaincre d’adhérer à l’UE, je dirais juste que je pense que nous avons une guerre de retard en matière d’espionnage économique, alors que les autres sont très bien préparés. Que les Suisses regardent les promesses non tenues faites aux pays européens avant de croire aux promesses faites à la Suisse !

AKS : : Et qu’est-ce que vous pensez des récentes déclarations d’Ursula von der Leyen qui voudrait se doter d’un centre de renseignements ?

Col. Boris Chollet : La Commission européenne a déjà un service de renseignement, EU INCENT, qui la renseigne sur ce qui se passe à l’étranger, c’est à dire hors de l’Union Européenne, mais ce centre est totalement dépendant des informations mises à disposition par les États membres. Or ce que voudrait Madame Von der Leyen c’est d’avoir un centre complétement indépendant des États membres. C’est ça son objectif. Et je reste convaincu que si les choses continuent comme ça, elle aura son centre de renseignement intérieur, semblable à la défunte STASI, de sinistre mémoire.

1 https://www.rts.ch/info/suisse/2025/article/la-suisse-renforce-sa-defense-face-aux-menaces-geopolitiques-croissantes-29089144.html

2 Ibid

3 Arnaud Dotézac, « Aller simple pour l’OTAN », Magazine Market n° 129, 2016, market.ch

4 Martin Matter, « Le faux scandale de la P-26 et les vrais préparatifs de résistance contre une armée d’occupation », 2013, Slatkine

5 Etienne De La Boétie, « Discours de la servitude volontaire », 2025, Gallimard

6 https://www.nato.int/en/news-and-events/events/transcripts/2020/06/08/remarks

7 PESCO en anglais

8 https://www.e-periodica.ch/cntmng?pid=rms-001%3A2000%3A145%3A%3A818

9 Pierre Lellouche, « Engrenages : La guerre d’Ukraine et le basculement du monde », 2024, Odile Jacob Éditions, plus spécifiquement pp. 301 et 302

10 Noam Chomsky et Edward Herman, « La fabrication du consentement ; de la propagande médiatique en démocratie », 2008, Agone

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