En attendant le prochain livre de Jacques Baud

1
127

Jean-Pierre Saw – En décembre 2025, quelques jours après la parution de son dernier opus, Guerres secrètes en Ukraine1, Jacques Baud est sanctionné par l’Union européenne. Ces sanctions font l’objet de discussions passionnées dans les médias : la RTS considère comme acquis que l’ « ancien espion » fait le jeu de la Russie, et que c’est mal, tandis que les réactions de soutien à l’homme, au discours, ou simplement en faveur de la liberté d’expression, foisonnent. Au-delà du scandale politique, quelques réflexions s’imposent, livre en main.

Une autorité
Précisons tout d’abord que Jacques Baud n’a jamais été «espion», mais «analyste». La RTS, qui se veut bien informée, devrait savoir que ces métiers, certes complémentaires, diffèrent largement. L’espion agit sous fausse identité, pour obtenir des informations en territoire étranger, parfois de manière illégale. L’analyste, lui, reçoit les informations de différentes sources, les croise, et en tire des conclusions ou des questions supplémentaires. Quand l’analyse est produite, il l’exploite en la publiant. Voilà le cycle du renseignement : tout le contraire d’une «pensée en silo».

C’est dans ce rôle d’analyste que Jacques Baud écrit ses livres, fort de sa première fonction comme spécialiste des forces du pacte de Varsovie, mais riche aussi de ses différentes expériences sur le terrain (actuel Congo, New York, Soudan, Kenya, Bruxelles). Formé par la Confédération suisse, il a aussi travaillé au sein de différentes missions de l’ONU, au siège de l’OTAN, et pour l’Union africaine. Jacques Baud écrit donc avec une autorité qui manque cruellement à ses procureurs improvisés.

Dans ce livre paru à la veille des sanctions, il dénonce déjà le phénomène dont il sera victime peu de temps après. Pour lui, l’Union européenne «[…] interdit les voix discordantes, impose des sanctions sur les régions(pays) qui s’opposeraient à la politique du Parti». Son ton peut déplaire, on peut le trouver «lourdement polémique», mais est-ce rendre justice à une œuvre avant tout factuelle, documentée et systématique ?

Une méthodologie
Car en plus de la connaissance du terrain et de 50 ans d’une expérience unique, Jacque Baud apporte précisément une méthodologie. Ses livres sont structurés, argumentés. Au-delà des «sources journalistiques», il passe tout au crible : déclarations et sites officiels, articles spécialisés, rapports de renseignements. Il suffit d’ouvrir un de ses ouvrages.

Dans «guerres secrètes en Ukraine», notre chercheur se concentre précisément sur ce monde des «espions», des opérations clandestines et secrètes, mais aussi de la propagande et de la désinformation. Dès l’introduction, il explique : «Pour l’Ukraine, le centre de gravité est le narratif. C’est de lui que découle l’assistance fournie par les Occidentaux. Il cherche donc à promouvoir l’idée de succès.» C’est ainsi que les forces spéciales ukrainiennes sont engagées depuis le début de la guerre dans des opérations spectaculaires (île aux serpents, incursion maritime en Crimée, contre-offensive de Kursk, etc), mais sans atteindre d’effet opératif. Et sans chance de succès, selon lui, au vu des rapports de force.

Une lucidité ignorée
C’est pourquoi Jacques Baud dénonce depuis 2022 l’entêtement occidental à soutenir la guerre ; pire : à détourner l’Ukraine des négociations, au détriment de centaines de milliers de morts des deux camps. Entêtement soutenu et encouragé par les médias et les experts de plateau, dont il a fait sa principale cible, au risque de se voir reprocher des «attaques personnelles». Les faits lui donnent raison, mais la vérité n’est pas bonne à dire. Il en paie le prix. Honneur à lui.

Sa prochaine parution ? Paix en Ukraine, mars 2026.

1 Jacques Baud, Guerres secrètes en Ukraine, Max Milo, 2025.

1 COMMENTAIRE

  1. Les euro-épéistes ont fêté les 4 ans de guerre en Ukraine. Ils oublient, en permanence, que leurs protégés bombardaient le Donbass depuis 2014, dans l’indifférence coupable de l’Europe. La Suisse est complice et a perdu sa neutralité dans cette affaire en soutenant l’Ukraine financièrement et bien entendu en recevant moults réfugiés dont la qualité pour beaucoup est plus que douteuse. Nous savions depuis fort longtemps que Zélenski a été mis en place par la CIA avec à la clé plus de 20’000 morts. La corruption s’est fortement développée et les séides de Jo le Poireau ont pu installer en Ukraine moults entreprises plutôt douteuses.
    Cette affaire pue comme tout ce qu’entreprend l’Europe et ce qu’avais entrepris Obama et Biden, cette hydre dont il faudra bien couper la tête.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici