Les sacres ou la morale : que reproche-t-on à la FSSPX ?

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Nicolas Moulin – Le Nouvelliste, le quotidien francophone valaisan, a consacré une série d’article à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X et aux sacres prévu le 1er juillet prochain. Les entrevues du directeur du séminaire d’Ecône et d’un fidèle ainsi que la présentation de la messe dans son rite « extraordinaire » furent les principales sources utilisées par le media pour tenter de lever le voile mystérieux qui couvre cette communauté. Le micro est également donné au clergé valaisan afin qu’il partage son appréciation des faits. Au début, ce sont les sacres qui dominent le débat mais très vite, les discussions se focalisent sur les divergences avec Rome et les pratiques de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

Le débat
« Divorcer et se remarier est un péché » : voilà le titre choisi par la rédaction pour l’entrevue avec le directeur du séminaire. C’est un exposé court et brillant des problématiques les plus diverses allant du concile Vatican II aux homosexuels. Le directeur rappelle souvent qu’Ecône n’a rien inventé et que la FSSPX ne fait que suivre 2’000 ans de Magistère. Malgré tout, les phrases : « Divorcer et se remarier est un péché mortel » et « un homosexuel qui a des relations sexuelles avec une personne du même sexe, c’est également un péché mortel » sont les deux pierres d’achoppement de cet article.
Le journaliste réplique aussitôt : « condamner les divorcés remariés et les homosexuels est une vision en décalage avec les pratiques de nombreuses personnes de la société d’aujourd’hui ». Le vicaire général du diocèse de Sion rétorque à son tour : « en se remariant, [les personnes divorcées] s’engagent dans une nouvelle fidélité, une nouvelle fécondité. Leur refuser le sacrement [de l’Eucharistie] serait une terrible injustice ». Plus loin, l’abbé Pralong d’ajouter : « qui veut-on sauver ? La loi, la doctrine de l’Eglise ou les personnes ? »
Le désaccord porte sur une vision fondamentalement opposée de la place de la doctrine de l’Eglise dans l’économie du salut. Dieu prescrit-il des vérités et un code de conduite aux hommes afin qu’ils se sauvent ou les hommes déterminent-ils leur chemin et leur façon de retourner au Créateur ? La FSSPX défend la position de la vérité immuable enseignée par Jésus-Christ, transmise par son Eglise et devant être suivie par tous les catholiques indépendamment de l’époque et du lieu. Quant au clergé diocésain, sa vision est tout autre semble-t-il. Il y a la réalité dans laquelle ont choisi de vivre les hommes et Dieu qui se donne à tous. Il y a : « conformez vos vies » et « restez comme vous êtes ».

Qu’enseigne le Magistère ?
Alors, se demande-t-on peut-être, comment deux visions si diamétralement opposées peuvent-elle mener au même but : la sanctification des âmes ? C’est dans le Magistère et la Sainte Ecriture que nous puiserons le principe de réponse à la « querelle » des divorcés remariés. Considérer les mariages nuls est hors sujet puisque de telles unions n’ont jamais été scellées et que dans ce cas, un remariage (qui est en fait un mariage) est licite. La question est donc : Peut-on divorcer son époux ou son épouse, se remarier et recevoir le sacrement de l’Eucharistie ?
« Celui qui renvoie sa femme […], et en épouse une autre, commet un adultère » (Mat. 19,9) à elle seule, cette phrase d’autorité suffit pour clore le débat. Un péché d’adultère constitue en une transgression du 6ème commandement et est qualifié par le catéchisme du concile de Trente comme une faute « très grave » (chap. 34). Ce même catéchisme affirme que « la mort seule peut briser le lien du Mariage » (chap. 27), ce qui explique l’impossibilité de se réengager dans une union si une précédente existe. Si le divorce peut être toléré par l’Eglise, il nécessite des raisons graves. Dans ce cas, il y a séparation physique et non dissolution de l’engagement matrimonial.

Les catholiques seront certainement tous d’accord avec ce qui précède. Mais la FSSPX est jugée prétentieuse de refuser le sacrement de l’Eucharistie à quiconque est en état de péché mortel. « Il n’est point permis à celui qui a sur la conscience un péché mortel, de recevoir la sainte Communion, quelque repentir qu’il croie éprouver, avant de s’être purifié par la Confession » (Session 13, Canon 11 du Concile de Trente). Bon, là aussi le débat est vite clos. Mais, pourrions-nous encore objecter, n’est-ce pas manquer à la charité en repoussant les âmes de la Sainte Table ?

La question de la charité
La question est intéressante mais n’est de loin pas nouvelle. En 1928, le pape Pie XI écrit une encyclique du nom de Mortalium Animos pour condamner une fausse notion d’unité entre les chrétiens et ceux qui ne suivent que partiellement ou pas du tout les commandements. En effet, chercher l’unité avec ces personnes sous prétexte de faire un acte de charité est vain car « la charité, s’exclame le Pontife, a pour fondement une foi intègre et sincère. » Il ajoute encore au sujet des personnes souhaitant revenir à l’Eglise : « qu’ils y reviennent, non certes avec l’idée […] que l’Église […] renoncera à l’intégrité de la foi et tolérera leurs erreurs mais, au contraire, pour se confier à son magistère et à son gouvernement. » La charité c’est de dire la vérité.
« Roma, surge ! » Les catholiques ont besoin de leur commandement, de leur Credo, de la morale catholique dans leur entièreté. Ne passe-t-on pas l’or au feu pour qu’il brille davantage ? Le Christ lui-même n’a-t-il pas porté la croix ? Les plus belles âmes n’ont-elles pas vécu dans le renoncement d’elles-mêmes jusqu’à l’héroïcité ? Oui, la loi de Dieu est exigeante, mais « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jn 8,44) –