La sécheresse des cœurs

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Nicolas Moulin – Pas un jour ne passe sans que les mots «canicule», «sécheresse», «du jamais vu», «changement climatique» font la une des médias. En effet, cet été il fait chaud et il ne pleut pas. Le risque d’incendie, la désalpe prématurées de certaines de nos vaches, les fleuves sur lesquels on ne peut plus naviguer sont une réalité. Mais alors, comment expliquer un tel phénomène ? Les experts sont à peu près unanimes sur le fait que les gaz à effet de serre sont responsables de la hausse des températures tandis que la baisse des pluies proviendrait d’un ensemble d’événements atmosphériques complexe. Loin de proposer un exposé scientifique, car il faut laisser le spécial aux spécialistes, penchons-nous plutôt sur le thème de la sécheresse en allant au-delà de la science humaine.

Nous sommes bien avant la naissance de notre Sauveur Jésus-Christ, plusieurs dizaines d’années après la mort du grand roi David. Achab est roi d’Israël tandis qu’Elie y est le prophète. Du premier la Sainte Écriture dit : «Achab fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, plus que tous ceux qui avaient été avant lui». (I Rois 16,30) Alors qu’Élie fut enlevé par un char de feu et ne connut pas la mort tant il était saint. Sur la demande de Yahweh, Élie annonce au roi : «il n’y aura ces années-ci ni rosée, ni pluie, sinon à ma parole». (I Rois 17,1) Les cieux demeurèrent ainsi fermés durant trois ans et demi d’après le Livre sacré. C’est seulement après la spectaculaire confrontation avec les prophètes de Baal qu’Elie adresse finalement la prière pour délivrer Israël de la sécheresse et de la famine. Quoique la situation actuelle ne soit pas tout à fait pareille, tirons-en tout de même quelques parallèles.

Le roi Salomon avait, en fin de règne, initié une longue période d’impiété en introduisant le culte de dieux étrangers. Jéroboam, son successeur de triste mémoire, alla au-delà de l’offrande de quelques grains d’encens aux faux dieux et singea le vrai culte en érigeant des autels et en y offrant des sacrifices d’animaux. Comme il ne régnait pas sur Jérusalem et pour ne pas devoir entrer en territoire «ennemi», il décida d’ériger un veau d’or qui remplacerait Yahweh. Après 22 ans d’impiété, il rendit son âme et laissa à d’autres poursuivre son œuvre funeste, Achab étant le plus notable d’entr’eux.

Lorsqu’Israël s’éloignait de la loi divine, Dieu punissait généralement par la guerre. S’ils s’éloignaient de son enseignement, un ennemi s’abattait sur le pays et le ravageait. Mais cette fois-ci, comme par miséricorde, Dieu leur donne une chance : tant que vous ne suivez pas ma loi, vous n’aurez pas de pluie. Malgré tout, langage incompréhensible à ceux qui ne veulent entendre.

Nos temps modernes ont quelque chose de bien similaire. Année après année, nos chefs d’État s’évertuent à marcher dans les traces des Jéroboam ou des Achab. Remplacement du Créateur par le veau d’or, légalisation du meurtre des enfants, des vieillards, atteinte systématique aux valeurs catholiques telles que la famille et la liberté du culte. L’impiété règne en souveraine et la voix du prophète est ignorée. L’Élie des temps modernes n’est-il pas la Sainte Vierge elle-même qui est venue maint fois par le passé implorer les hommes de prier, de faire pénitence et de revenir à l’observance de la loi divine ? Puisque les guerres ne font pas revenir les hommes à la raison alors peut-être que la sécheresse et la famine leur ouvrira les yeux.
Dieu a établi un ordre et des lois naturelles par lesquelles Il régit le monde. La rotation de la terre est un phénomène que les mathématiques peuvent décrire précisément mais cela n’exclue pas Dieu de ce mouvement puisqu’Il en est son principe. De même les phénomènes météorologiques et leur interaction sont explicables par nos sciences mais n’empêche que leur ampleur, leur durée et leur intensité échappe souvent à nos prédictions. Tout cela pour dire qu’il ne faut pas attendre un phénomène miraculeux et inexplicable pour y voir la main divine. Dieu agit par les règles qu’Il a Lui-même mis en place. Ainsi sa main agit partout et toujours et son regarde scrute tout.

La délivrance d’Israël se fit après que le feu du ciel ait consumé le sacrifice d’Élie, après que Dieu se soit manifesté de façon grandiose. Prions pour que la délivrance de cette sécheresse se fasse de façon similaire mais que le feu soit celui de l’amour divin qui embrase «les cœurs brisés et contrits» (Ps 50, 19) que la Vierge Marie présentera en sacrifice d’agréable odeur à son Fils. Que Dieu nous fasse miséricorde «et que les nuées fassent pleuvoir la justice» (Is 45,8).

 

Illustration : Nicolas Poussin, L’adoration du veau d’or, avant 1634
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Nicolas Moulin
Né en 1997, Nicolas Moulin est un jeune valaisan dont le parcours allie ingénierie et spiritualité catholique. Ingénieur aéronautique de formation, il passe son temps dans l'univers binaire des mathématiques pour faire vivre les siens. Entre le Bachelor et le Master, c'est vers le séminaire de la FSSPX que celui-ci se tourne pour former son âme catholique par l'étude et la méditation. Passionné par le Magistère et par une vision chrétienne de la société, il a rejoint l'équipe de Perspective Catholique avec laquelle il espère faire lire l'actualité avec un regard chrétien.