Eric Bertinat – Le 13 février prochain, nous aurons à nous prononcer sur trois objets fédéraux soumis à votation. Deux d’entre eux méritent l’attention de Perspective catholiqueLe premier concerne l’expérimentation animale et humaine. Ainsi que nous l’avons souligné dans notre précédente Lettre, l’utilisation à bon escient des animaux n’est pas un problème moral ainsi que nous le dit la Genèse : la création est au service de l’homme.

L’expérimentation est utile pour permettre à la science de progresser et par conséquent d’offrir au corps médical une panoplie de plus en plus élaborée de médicaments pour nous soigner. Ce que Pie XII relevait dans un discours aux médecins, le 29 septembre 1949 : Jamais pourtant il ne se considère comme satisfait : il voit toujours, en avant, de nouvelles étapes à parcourir, de nouvelles avances à accomplir. Il y travaille passionnément, à la fois comme médecin tout consacré à procurer le soulagement de l’humanité et de chacun des hommes ; comme savant, à qui les découvertes se succédant les unes aux autres font goûter avec ravissement « la joie de connaître » ; comme croyant, comme chrétien, qui, dans les splendeurs qu’il découvre, dans les nouveaux horizons qui s’élargissent devant lui à perte de vue, sait voir la grandeur et la puissance du Créateur, la bonté inépuisable du Père qui, après avoir donné à l’organisme vivant tant de ressources pour se développer, se défendre, se guérir spontanément dans la plupart des cas, lui fait encore trouver dans la nature inerte ou vivante, minérale, végétale, animale, les remèdes aux maux corporels

Certes, le sort des animaux de laboratoire est souvent cruel et fait peine à tous ceux qui aiment les animaux. En Suisse, la procédure d’autorisation en matière d’expérimentation animale satisfait aux exigences de la convention européenne du 18 mars 1986 sur la protection des animaux vertébrés utilisés à des fins expérimentales ou à d’autres fins scientifiques. Cette convention est en vigueur dans le pays depuis le 1er juillet 1994. Par ailleurs, il est déjà prévu que les expériences sur les animaux ne sont autorisées que si l’objectif de l’expérience ne peut pas être atteint par des méthodes alternatives.

L’idéologie des anti-spécistes
Mais cet objet constitutionnel ne concerne pas seulement les animaux, il concerne également la loi fédérale relative à la recherche sur l’être humain (la LRH). Cette dernière a fait l’objet d’une votation en juin 2015. Il y était question du diagnostique préimplantatoire (DPI) qui nécessite la production volontaire d’embryons afin de faire une sélection, ce que l’on appelle de l’eugénisme libéral. Le DPI est une technique de sélection où l’on s’octroie le droit de décider qui mérite de vivre et qui ne le mérite pas. Une votation fédérale qui a été malheureusement acceptée malgré, soulignons-le, l’opposition de la Conférence des évêques suisses.

De quoi ouvrir la discussion si ce n’était l’idéologie qui anime ces anti-spécistes qui combattent la discrimination fondée sur l’espèce. Ils veulent tout simplement imposer une égalité entre humains et animaux. C’est ainsi que dans le canton de Bâle-ville par exemple, une initiative pour les droits fondamentaux des primates a été déposée (sic!). Ce qui a fait dire au conseiller national UDC Martin Haab : « En clair, c’est une initiative “pour les Droits de l’Homme” pour les singes ! Nous refuserons cette initiative !

Une FAQ intéressante, préparée par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires sur ce sujet, peut être consultée ici !

La deuxième votation concerne le train de mesures en faveur des médias. Nous n’aurons pas besoin de nous étaler sur cet objet, les médias étant unanimement en faveur d’après tout ce sur quoi nous nous opposons en matière sociétale. Nous sommes assurément pour une presse libre d’expression, pour une pluralité d’opinions et par conséquent contre toute utilisation de l’argent public pour une presse d’État, porte-parole du libéralisme et de toutes les hérésies du moment.

Un aspect du train de mesures mérite cependant notre attention, celui de privilégier le tout-numérique. Il est parfaitement traité par La Nation (N° 2191 – 31 décembre 2021). «Il s’agit de conserver un rapport sain avec la lecture, essentiellement lié au papier. Les subventions publiques ne doivent en aucun cas amplifier un phénomène déjà bien présent et favorisé encore pas la pandémie, dont les inconvénients risquent de rattraper les avantages». Diverses études ont démontré qu’une très large majorité d’étudiants préfèrent lire sur un support papier plutôt que sur tablette, jusqu’à 92%. Au détour de ces analyses, un étudiant a fait la remarque suivante : «J’ai une sensation d’accomplissement quand je finis un livre et j’ai envie de le voir sur une étagère». Voilà qui tend à privilégier non pas les display et autres écrans tactiles mais bel et bien les ouvrages en papier. Sur cet objet également, nous voterons non ! Pour «Sauver la presse de ses propres travers»  comme le titre de l’article de La Nation.

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Newsletter N° 69 – 19 janvier 2022 | Source : Perspective catholique