L’IA par l’analogie : et si le problème était le script ?

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Thibaut Marqueyrol – Excusez-moi de revenir sur ce sujet à la mode qu’est l’Intelligence Artificielle. Tout le monde en parle, beaucoup s’en servent, certains s’en inquiètent et quelques-uns refusent l’obstacle.

L’IA est d’ailleurs difficile à cerner : les mots «intelligence» et «artificielle» sont eux-mêmes équivoques et chargés de projections (voir l’article d’Éric Bertinat, L’illusion d’une intelligence sans esprit). Face à cette confusion, pourquoi ne pas emprunter un chemin bien humain, celui des analogies, pour mieux approcher ce puissant et nouveau moyen ?

L’IA reste un outil
Elle n’est pas la fin de la discipline qu’elle transforme. On ne s’est jamais demandé si le vélo électrique avait tué le cyclisme, même s’il permet à nombre de bedonnants de monter le Ventoux plus vite qu’Eddy Merckx en son temps. Personne ne prétend non plus que le scanner a tué la médecine, alors que le volume d’images médicales a explosé pour des diagnostics qui auraient pu être posés cliniquement. L’outil facilite, déplace les limites, parfois incite à l’excès. Il ne supprime pas le jugement humain.

L’impasse itérative
L’IA est aussi nécessairement un reflet assez fidèle de notre propre façon de penser. C’est dans ses limites que cela devient le plus visible. Demandez-lui de générer une image : si la première version ne contient pas les bases solides de ce que vous voulez (composition, atmosphère, logique), toutes les itérations du monde n’y changeront rien. Il faut tout reprendre, reformuler radicalement le prompt. Les erreurs de fond ne se corrigent pas à la marge. L’IA ne comprend pas mieux après dix tentatives ; elle nous renvoie simplement la clarté – ou la confusion – de notre pensée initiale.

La fuite en avant
Ce mécanisme révèle un travers plus large. Quand le script de départ est défaillant, on préfère souvent itérer indéfiniment plutôt que de le réécrire. En politique, l’Europe péclote et tousse depuis des décennies : délire bureaucratique, lobbying éhonté, dette colossale, perte de souveraineté et rejet populaire grandissant. La réponse reste pourtant la même : «Ça ne marche pas parce qu’il faut plus d’Europe».

Dans le domaine religieux, on entend souvent – et malheureusement de nos évêques- de Vatican II : «Oui, il y a eu des abus, des dérives… mais surtout, il ne faut pas remettre le concile lui-même en cause». L’intention originelle reste intouchable.
L’IA suit aujourd’hui le même chemin. Hallucinations, biais amplifiés, coûts délirants, appauvrissement parfois de la pensée : la réponse dominante sera «il faut plus d’IA» – plus de données, plus de puissance, plus de régulation.

Osons une prophétie de comptoir : l’IA est en train de devenir un dogme moderne, le prolongement évident du progrès technique dont on ne questionne ni les fondations ni la direction, seulement le dosage et l’implémentation.