Quand Chartres s’adresse à Rome

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Jean-Baptiste Bless – Cette année, comme de tradition, deux pèlerinages se sont croisés sur les routes de Chartres. Ils ont célébré les mêmes rites, proclamé le même Evangile, entonné le même Veni Creator. Les prêtres portaient la même soutane et distribuaient les mêmes sacrements. Des deux côtés, la jeunesse de France et du monde a rivalisé d’enthousiasme, de ferveur, à la poursuite de sa vocation dans la joie, et dans une forme extraordinaire.
Qui, parmi ceux qui se disent catholiques, peut ne pas se réjouir de cette multiplication des grâces ? Qui peut regretter que l’on marche en chantant dans deux directions différentes ? Chacun sait que la logistique ne permettrait pas une seule colonne, proche de 30’000 pèlerins. La double organisation est donc providentielle, n’en déplaise aux grincheux de tous bords.
Certes, l’actualité de l’Eglise et de ses membres prête aux commentaires, parfois à la vindicte. Mais au nom de quoi ? De quel droit, et selon quels critères, est-on autorisé, dans le cadre d’une institution régie par la charité, à se prononcer sur les faits et gestes des autres ? Le scandale, peut-être ? Et encore… Quelle est la part d’esprit de chapelle dans les condamnations émises de part et d’autre ? Un ami prêtre d’une communauté traditionnelle me disait récemment avoir retenu un texte de sa plume sur les sacres d’Écône : qu’il soit chaleureusement remercié de sa prudence, il a choisi de moins s’épancher pour prier plus…
Que Rome soit un sujet de division reste un mystère. Car si Rome autorisait demain les sacres et faisait une part pleine et entière à tout ce qui est catholique, qui oserait trouver à y redire ? On comprend que l’état de nécessité soit difficile à comprendre pour ceux qui se nourrissent à d’autres râteliers : nécessité pour continuer une œuvre d’Eglise, nécessité indirecte à l’existence des œuvres institutions ex Ecclesia Dei, nécessité enfin à l’éclaircissement des points de doctrine qui occupent les spécialistes.
L’esprit de Chartres vient nous rappeler l’essentiel : le Credo, la messe, les sacrements, et cette vertu si chère à St Paul, sans laquelle la Foi de Saint Pierre, et même l’Espérance de Péguy, le don des langues et la liturgie, ne sont rien. Marcher et offrir sa souffrance, prier pour les autres, chanter comme les générations précédentes l’ont fait auparavant. Et puis bien sûr : se confesser et communier, pour réparer la mécanique et de faire le plein.
Le fidèle curieux de la vie de l’Eglise ne peut s’empêcher de constater que les barrières entre nombres de fidèles sont déjà tombées : on va la messe ici et à l’école ailleurs. On fréquente les pèlerinages de part et d’autre. Selon une statistique interne, les catholiques de paroisse et autres touristes liturgiques forment près d’un tiers des pèlerins de Notre-Dame de Chrétienté ! Et, depuis l’année passée, la Communauté St Martin organise un pèlerinage au Mont Saint Michel sur le modèle de celui de la Pentecôte ; évènement lui-même fréquenté par une frange de fidèles de rite traditionnel, son président en tête.
Le mouvement de ré-union a donc déjà commencé à travers les laïcs. Espérons que le Saint-Esprit éclaire le Saint Père, de qui seul peut venir l’unité de tous dans la Vérité. Avec le choix de sa devise, Léon XIV a tendu la main à la Providence : IN ILLO UNO UNUM, Un en Lui, comme Lui l’a voulu, puisque l’Eglise est Son corps vivant sur terre. Holy Father, please tell us more about Him and us united in Him!
Veni, Sancte Spiritus, et emitte caelitus lucis tuae raditur.
Venez, Esprit Saint, et envoyez du haut du Ciel un rayon de votre lumière. —