Excommunié à 50% ?

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Eric Bertinat – J’apprends qu’à 70 ans je serais excommunié, non pour avoir renié la foi catholique, mais pour être jugé… trop catholique. Pour aimer le rite tridentin qui, depuis près de cinquante ans, m’a permis de retrouver le chemin de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Pour demeurer fidèle à une tradition bimillénaire, respecter les dogmes de l’Église, aimer le chant grégorien, méditer les écrits des Pères de l’Église, goûter la beauté des prières en latin, m’agenouiller dans la pénombre d’un monastère et pleurer sur mes péchés. En somme, pour vivre aujourd’hui la foi catholique telle qu’elle a été transmise pendant des siècles.
Pendant ce temps, le pape Léon XIV qui a participé en 1995 à des célébrations où figure la Pachamama, symbole controversé associé à la «Terre-Mère», reçoit une femme se présentant comme évêque d’une communauté schismatique qui revendique un épiscopat sans reconnaissance de l’Église catholique. Deux poids, deux mesures ?
Le décret d’excommunication vise les six évêques de la Fraternité Saint-Pie X. Mais il adresse également une mise en garde aux fidèles, les exhortant à «ne pas adhérer au schisme» de la Fraternité. La note explicative publiée simultanément précise même que «doivent être considérés comme schismatiques et excommuniés ceux qui adhèrent officiellement» à la FSSPX.
Dès lors, une question se pose. Que devient le statut des fidèles qui, comme moi, assistent à des messe traditionnelle célébrée par d’autres instituts catholiques, pleinement en communion avec le Saint-Siège, tout en partageant les analyses doctrinales de la FSSPX ? Suis-je excommunié à moitié ? Me refusera-t-on un jour la communion ou l’absolution ? En quoi ma situation canonique serait-elle différente de ce qu’elle était après les sacres de 1988, puis après la levée des excommunications en 2009 ?
Ces interrogations ne sont d’ailleurs pas propres à la FSSPX. Mgr Athanasius Schneider, qui n’en est pas membre, pose une question de fond : pourquoi l’acceptation sans réserve des textes de Vatican II est-elle présentée comme une condition indispensable à la pleine communion avec Rome, alors qu’aucune exigence comparable n’est formulée à propos des enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des vingt conciles œcuméniques précédents ? Pourquoi prôner la patience, le dialogue et la réconciliation avec les évêques allemands lorsqu’ils contestent ouvertement la doctrine catholique, mais refuser cette même approche à l’égard de la FSSPX ?
L’exemple de la Chine est également troublant. Des évêques ont récemment été ordonnés sans mandat pontifical dans le cadre des accords conclus avec le Parti communiste chinois. Ils n’ont pourtant pas été excommuniés et ont ensuite été reconnus par Rome.
Comme beaucoup de fidèles, j’ai le sentiment que les critères varient selon les interlocuteurs. La fermeté semble réservée à ceux qui veulent conserver la tradition catholique, tandis qu’une grande indulgence est accordée à d’autres situations pourtant objectivement problématiques. Je continuerai donc à veiller et à prier, remettant ma cause entre les mains de mes amis les saints, à commencer par Mgr Lefebvre. Mais j’espère surtout que cette décision ouvrira un véritable débat sur la manière dont l’Église traite aujourd’hui ceux qui demeurent attachés à sa Tradition.

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Eric Bertinat
Éric Bertinat a fondé en 2010 l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Il avait auparavant animé la revue Controverses (1988-1995). Collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il revient à la politique en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.