David Clerc – Le concept de « judéo-christianisme » s’est imposé sur la scène médiatique et politique ces dernières années. Il désigne des relations historiques et théologiques entre la religion juive et le christianisme. Cette notion englobe des croyances et des pratiques communes qui ont évolué au fil du temps. Le politicien Éric Zemmour a remis au goût du jour cette doctrine avec la sortie de son livre La messe n’est pas dite – Le sursaut judéo-chrétien, qu’il considère comme étant au fondement de notre civilisation européenne. Cette notion s’inscrit-elle dans une réalité historique ? S’applique-t-elle aujourd’hui ? Comment certains médias dits «de droite» instrumentalisent-ils cette notion à des fins géopolitiques ? S’agit-il seulement d’une manière de rendre le combat des droites nationales européennes consubstantiel à la défense inconditionnelle d’Israël, ou d’une réelle réponse aux périls de notre époque ?
L’incompatibilité historique du judéo-christianisme
Le judaïsme pratiqué actuellement est un judaïsme postérieur à la mort du Christ, ce n’est donc pas le judaïsme qui était pratiqué avant l’arrivée de Notre Seigneur. Celui pratiqué actuellement s’inscrit dans une opposition virulente au christianisme. Rappelons que dans le Talmud de Babylone, dans le traité Gittin 57a, il est précisé que Jésus-Christ est condamné à brûler en enfer dans des excréments. Il est donc évidemment incorrect de parler de judéo-christianisme à cause du caractère antinomique des deux religions concernées. Il est bien sûr important de rappeler l’importance que certains Juifs ont eue dans le développement de la civilisation européenne, mais il n’est pas nécessaire de parler de «civilisation judéo-chrétienne», de la même manière que nous ne parlerions pas de «civilisation islamo-chrétienne» parce qu’une grande communauté musulmane vit actuellement en Europe ou qu’historiquement des pays européens ont pu entretenir des relations géopolitiques amicales avec certains pays islamiques.
L’imposture du média CNews
CNews s’est imposé ces dernières années comme étant l’unique chaîne d’information française ayant le courage d’attaquer frontalement les problèmes que rencontrent la France et l’Europe (immigration de masse, islamisation, wokisme, dégénérescence morale, etc.). Cependant, elle est aussi devenue, sous l’impulsion de son propriétaire Vincent Bolloré, le vecteur principal de l’idéologie sioniste qui serait, selon ce dernier, en adéquation avec la défense de notre «civilisation judéo-chrétienne». En effet, sur le plateau de CNews, est présenté un récit binaire où toute critique est absente à l’encontre de la politique israélienne et américaine, ainsi qu’à l’encontre des actions de leurs armées en Palestine, au Liban, ou encore en Iran. Ces prises de position entrent en contradiction avec les positions historiquement amicales de la France envers la cause palestinienne et particulièrement envers le Liban. Cet engagement de la chaîne avait déjà été confirmé en 2018, lorsque Pascal Praud, journaliste et animateur de la chaîne, avait apostrophé le débatteur Félix Rouah, en pensant que les caméras étaient éteintes. Il lui reprocha, je cite : «Si tu pouvais ne pas défendre les Palestiniens à l’antenne, ce serait bien. Tu dis que tu les comprends».
La proximité de cette notion avec le sionisme
La grande majorité des partis politiques de droite nationale en France et en Europe apporte un soutien inconditionnel à Israël et au sionisme, au nom d’un combat commun qui opposerait l’État hébreu et les pays occidentaux d’une part, et le monde islamique d’autre part. Cependant, si nous analysons comment cette lecture manichéenne s’applique sur le terrain géopolitique, il y a de quoi déchanter. En effet, rappelons-nous que l’été passé, la seule église catholique de Gaza a été bombardée par l’armée israélienne, ce qui a causé la mort de trois fidèles. Au Liban maintenant, des villages chrétiens entiers ont été rayés de la carte : églises profanées, prêtres assassinés, statues du Christ éventrées, etc. Ces massacres ne sont pas près de se terminer si l’on en croit Meyer Habib, fervent défenseur de la politique de Netanyahou et ancien député à l’Assemblée nationale française, qui a dit sur la chaîne israélienne I24 : «Les chrétiens libanais nous appellent en disant de ne pas arrêter cette guerre et de NOUS terminer». Concernant le conflit syrien, l’ancien directeur du Mossad, Ephraim Halevy, avait déclaré en 2016 que des membres du Front al-Nosra avaient été soignés dans des hôpitaux israéliens. Ce groupe s’est fait connaître durant la guerre civile syrienne par ses exactions sur les chrétiens et par son fondateur, Ahmed al-Charaa, qui dirige maintenant la Syrie.
Nous avons donc pu voir que le concept de «judéo-christianisme» ne relève en aucun cas d’une réalité historique, et encore moins d’une réalité actuelle. Cette notion sert uniquement à soutenir l’agenda de défense des intérêts israéliens, au grand plaisir de nombreux politiciens issus de la droite de l’échiquier politique, dont le travail ces dernières années a été de nous faire croire que les intérêts israéliens sont intrinsèquement liés aux intérêts des pays européens, en présentant Israël comme étant le bouclier de l’Occident. Il est temps que cette mascarade cesse.


