Une interview exclusive de Mgr Lefebvre : «Pourquoi je veux ordonner des évêques»

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Quelques jours avant les sacres épiscopaux du 30 juin 1988 à Écône, événement qui allait marquer durablement les relations entre la Fraternité Saint-Pie X et Rome, Mgr Marcel Lefebvre accordait un entretien au Figaro. Interrogé par Michèle Reboul sur son intention de consacrer des évêques sans mandat pontifical et sur les conséquences ecclésiales d’un tel acte, le prélat français exposait avec franchise les raisons qui le conduisaient à cette décision. À travers cet échange, il développait sa conception de la fidélité à la Tradition, de l’obéissance au pape et de la crise qu’il estimait traverser l’Église depuis le concile Vatican II. Des réponses qui sont d’une étonnante actualité, en ce jour du 1er juillet 2026.

Michèle Reboul — Sacrer dos évêques sans l’autorisation du Pape, n’est-ce pas faire schisme avec l’Église?
Monseigneur Lefebvre — Oui, si la curie et le Pape étaient restés fidèles à la tradition. Mais c’est la Rome occupée par les modernistes qui est en rupture ou en schisme par rapport au passé et au magistère traditionnel de l’Église. Par suite, consacrer des évêques pour garder et continuer le sacerdoce catholique, c’est faire acte de fidélité à l’Église de toujours.

Ne devez-vous pas rester uni au Pape, plutôt que former une Église parallèle ?
— Je suis uni au Pape en tant qu’il est successeur de Pierre, mais non si ce qu’il dit ou fait est opposé à ce que l’Église a toujours cru. Le Pape bénéficie d’un crédit de vingt siècles où la papauté était la gloire du monde chrétien, mais on ne peut que constater douloureusement la désagrégation de son autorité comme gardien de la foi. La foi étant la source de l’unité de l’Église, je ne crée pas une Église parallèle puisque je pro-fesse le foi catholique dans son intégralité.

Votre devoir n’est-II pas de faire un acte d’humilité et de sacrifice en vous sou-mettant au Pape ?
— S’il ne s’agissait que de moi, je m’inclinerais aussitôt. Mais ce qui est en cause, ce n’est pas ma personne, mais l’avenir de la Tradition, c’est-à-dire de le perpétuation de la foi de l’Église. Me demander de supprimer mes séminaires, c’est me faire adopter l’orientation nouvelle qui, depuis le concile, est destructrice de la foi et de l’Église. Mon devoir d’évêque, successeur des apôtres, est de continuer à maintenir la vraie foi, le véritable sacerdoce et la vraie messe Le Vatican n’a jamais pu prouver que je me trompais. Il se contente de dire : «Vous désobéissez !» mais saint Thomas d’Aquin affirme : «Lorsqu’il s’agit de la foi, il faut savoir résister publiquement à ses supérieurs». Si je désobéis au Pape, ce n’est pas pour des raisons de sensibilité de goût pour le liturgie ancienne, mais pour garder la foi et donc me soumettre à l’Église. Ce sont ceux qui veulent changer le foi qui sont orgueilleux, car ils refusent le Révélation dans sa plénitude. Je me soumets constamment dans mon intelligence et ma volonté à la foi qui m’a été enseignée. On voudrait me faire changer mais on doit garder la foi quitte à être martyr, à donner son sang pour la vérité. Il y aurait orgueil de ma part si je pensais pouvoir transformer ma foi et l’exprimer de façon plus acceptable par l’esprit moderne, alors que la foi est humilité puisqu’elle est un acte de soumission à Dieu.

Vous vous proclamez fidèle à l’Église éternelle, mais ne pensez-vous pas diviser l’Église par votre obstination et votre rébellion ?
— J’adhère à la vérité du catholicisme contenue dans le trésor de l’Écriture et de la Tradition. Je ne divise pas l’Église en m’unissant à tous les Papes qui ont professé son magistère pendant vingt siècles: l’unité de l’Église n’est pas seulement dans l’espace mais dans le temps, et je suis en communion avec l’Église éternelle. Ceux qui divisent l’Église sont ceux qui, depuis Vatican II, rompent avec leurs prédécesseurs, en quoi Ils résistent à l’assistance du Saint-Esprit qui ne change pas : Ils s’éloignent de plus en plus de la Tradition alors que nous la gardons. —

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Eric Bertinat
Éric Bertinat a fondé en 2010 l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Il avait auparavant animé la revue Controverses (1988-1995). Collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il revient à la politique en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.