Emma Rion – A la suite de l’entretien accordé par Monsieur l’abbé de Lacoste, la rédaction du Nouvelliste s’est retrouvée au cœur d’une tempête médiatique, sommée par ses lecteurs de justifier une démarche éditoriale qualifiée de «pitoyable» pour avoir relayé des propos jugés «homophobes». Ce tumulte, où s’est empressée de s’engouffrer une partie du clergé progressiste illustre un dialogue de sourds total. En s’indignant de voir réaffirmée la doctrine catholique sur le mariage ou les mœurs, le monde moderne trahit surtout une ignorance théologique. Loin d’une quelconque «haine» ou d’une rigidité, ce que met en valeur l’Abbé de Lacoste, c’est un principe bimillénaire fondamental et universel : l’Église désire le salut de chaque âme qui n’est jamais réduite à son propre péché, tout en s’opposant avec sévérité à l’acte désordonné qui la tue.
Une situation de repli
Dans les colonnes du Nouvelliste, l’Église diocésaine n’a pas tardé à prendre ses distances avec les propos de l’abbé de Lacoste. Ils dénoncent une attitude de repli face à Rome. Revenons sur les faits. En août et novembre 2025, le Supérieur général de la Fraternité adressait à Rome des lettres. Ces dernières sont restées sans réponse. Aucune audience n’a été accordée jusqu’au 12 février dernier. Rome a mis en en place une technique d’ignorance, sa manière de se replier. La Fraternité a voulu communiquer. La communication n’a été ouverte qu’après l’annonce du 2 février.
Schizophrénie décelée
Dans le deuxième volet de son enquête, le Nouvelliste résume le constat de Simone Prévite, prieur de l’abbaye de Saint Maurice en qualifiant Écône de schizophrène. Il pointe du doigt une certaine incohérence à ses yeux. Comment la Fraternité Saint Pie X peut reconnaître l’autorité et la légitimité du pape tout en constatant ouvertement, et refusant certaines enseignements et décisions de ce même pape et du Concile Vatican II ? Ce procès repose sur l’oubli volontaire d’une distinction théologique capitale, celle qui sépare le péché du pécheur. De la même manière que l’abbé de Lacoste ne condamne pas les personnes des divorcés et homosexuels, mais contre la nature intrinsèque de l’acte désordonné qui détruit leur âme, la Tradition distingue le Pape, Vicaire de Jésus-Christ sur Terre, des actes non infaillibles de celui qui occupe la place de Pape.
Une foi à la carte
Aussi, le clergé officiel accuse Écône de pratiquer un «resto self-service» de la foi. Pourtant c’est exactement l’inverse qui se produit. Le véritable subjectivisme se trouve dans l’Église moderne. En abandonnant la vraie doctrine au profit des modes actuelles, le clergé choisit ce qui plaît au siècle en rejetant l’éternel, la vérité. C’est ce creux doctrinal que l’on tente de masquer derrière la célèbre formule à l’emporte pièce du Pape François «Qui suis-je pour juger ?» Une divergence fondamentale se situe donc sur la vision du service des hommes : pour les modernes c’est flatter le monde dans ses erreurs ; pour la Fraternité, c’est servir l’homme en lui tendant la vérité nécessaire au salut de son âme.
Pharisiens ou publicains ?
Cette différence se cristallise lorsqu’ils dépeignent Écône sous les traits du pharisianisme. Pourtant les reproches que le Christ adressait aux Pharisiens dans l’Évangile selon Saint Matthieu résonnent avec une étrange actualité pour l’Église contemporaine (XV, 3-9) : «Pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu, pour votre tradition» disait-il avant d’ajouter : «Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé de vous en disant : ce peuple m’honore des lèvres ; mais son cœur est loin de moi. Et il est vain le culte qu’ils me rendent, enseignant des doctrines et des ordonnances humaines» En mettant en avant les concupiscences terrestres avant les commandements divins, ce ne sont pas les Traditionalistes mais bien les modernistes qui semblent répéter l’attitude des docteurs de la loi.
En définitive, la tempête déclenchée par l’entretien de l’abbé de Lacoste ne fait que mettre en lumière un manque de cohérence dans les réponses et réactions adressées. Là où l’Église moderne s’essouffle à vouloir adapter l’Évangile aux exigences du siècle, la Fraternité rappelle une vérité immuable : on ne sauve pas les âmes en tolérant leurs illusions mais en leur transmettant la vérité. La Fraternité dans cette tempête maintient le cap de la fidélité, seule véritable boussole qui nous mène au Christ Roi. –


