Les faux semblants d’une mort annoncée

0
6

Abbé Alain René Arbez – Un jour je reçois un appel urgent d’une famille présente à l’hôpital des Trois Chêne (GE) auprès de leur maman en fin de vie imminente. Ses proches souhaitent la venue du prêtre pour qu’elle reçoive l’onction sacramentelle avant de mourir, bien qu’elle semble inconsciente. J’arrive rapidement sur place et je trouve le fils de cette dame de 85 ans, en larmes à son chevet. Près de lui, le médecin de l’unité de soins palliatifs, qui me dit avec assurance qu’en effet cette dame est en train de mourir. Il n’y a aucun espoir, tout ayant déjà été tenté sans succès…

La rédaction – L’adoption, par le Parlement français, d’une loi ouvrant la voie à une aide active à mourir marque une rupture majeure dans la manière dont nos sociétés envisagent la fin de vie. Présentée comme un progrès de la liberté individuelle et de la dignité humaine, cette évolution soulève pourtant de profondes interrogations éthiques, médicales et humaines. Au-delà des intentions affichées, elle invite à s’interroger sur la fragilité des critères permettant de décider qu’une existence serait arrivée à son terme ou qu’elle ne mériterait plus d’être vécue.

À travers le témoignage qui suit, l’abbé Alain René Arbez rappelle que la réalité de la fin de vie échappe souvent aux certitudes humaines. Une expérience vécue dans un hôpital genevois montre combien un pronostic présenté comme irréversible peut être démenti par les faits. Ce récit constitue un appel à la prudence et à l’humilité face à des décisions dont les conséquences, lorsqu’elles sont irréversibles, ne laissent aucune place au retour en arrière.

… Je donne à cette personne les onctions sur le front et les mains et je dis les prières d’accompagnement avec la bénédiction. Soudain, la malade se redresse sur son lit, elle regarde autour d’elle et se met à parler, elle qui était totalement muette depuis deux semaines. On lui tend un verre d’eau, son visage émacié et blafard reprend vie. Quelques instants plus tard on la fait manger quelques biscuits.

Étonnement et joie des personnes présentes devant ce surgissement de vitalité inattendu. Finalement, la vieille dame « mourante » a vécu 5 ans de plus, entourée par les siens et bénéficiant de traitements appropriés.
Que ce serait-il passé, si ses proches avaient estimé qu’une piqûre létale allait abréger son état végétatif considéré par les soignants comme irréversible ?

Cet étonnant retour à la vie montre l’incertitude fragile de certains critères associés à une idée de dignité en fin de vie. Bien que la médecine ait accompli de notables progrès et que l’accompagnement médical reste indispensable, les notions de mort imminente doivent être reconsidérées avec prudence, et les propositions d’euthanasie trop facilement recommandées méritent la plus grande circonspection par respect pour la vie humaine. –