Christian Bless – Citant le bienheureux Ivan de Merz, Mgr Athanasius Schneider ouvre son dernier livre consacré à La messe catholique par une citation qui résume son propos : « De même que, selon saint Jean, c’est l’Agneau qui est le centre du ciel, de même la sainte liturgie gravite autour de la sainte hostie, autour de Jésus-Christ lui-même. » Dans une conférence datant de 1928 et dont le texte mérite d’être lu et médité ( Théologie d’une église romane, à propos de Vézelay), Henri Charlier rappelle longuement que l’autel où se renouvelle le Saint Sacrifice de la messe est la raison d’être d’une église, sa destination. Tous les éléments architecturaux convergent vers ce point central où est réactualisé le Sacrifice de la Croix pour l’honneur de Dieu et le salut des âmes.

En une douzaine de chapitres, l’évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan nous propose une méditation contemplative d’une grande profondeur de la messe, mystère central de notre salut mais également cœur de l’Église et source de la civilisation chrétienne. Contre le mouvement de décomposition liturgique imposé arbitrairement par Paul VI et confirmé récemment par son successeur dans le Motu proprio Traditionis custodes, en vrai défenseur de la foi, Mgr Schneider nous rappelle, à temps et à contretemps, que la messe est prière, adoration, rituel, sacrifice, splendeur, action sacrée, action de grâce, vie de l’Église, source de salut, culte sacré, festin de noces. Page après page, l’auteur nous enseigne une réalité immense dont l’ignorance et l’impiété prétentieuse de la hiérarchie catholique contemporaine nous avaient privés. Une insondable misère intellectuelle et morale a empêché les âmes de se nourrir et s’élever au contact de ces trésors, entraînant une décomposition du catholicisme, selon les termes d’un ouvrage du RP. Louis Bouyer et, par voie de conséquence, une décomposition des intelligences et de nos sociétés. Les conséquences temporelles de l’effondrement intellectuel et spirituel du clergé contemporain sont innombrables au plan intellectuel, culturel, politique et, bien évidemment, spirituel. Le rempart fondé sur les successeurs des apôtres s’est progressivement disloqué laissant les intelligences et les âmes désemparées, à la merci des folies du temps, sans pratiquement aucun défenseurs, pas même la protection de la loi naturelle qu’invoquait Antigone déjà et qu’avait codifiée Moïse.
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Face à un monde qui se décompose dans “l’épanouissement personnel”, la religion du bien-être, du wellness (…) Mgr Schneider propose aux âmes le recours au « caractère essentiellement sacrificiel de la sainte messe et l’identité entre le sacrifice de la croix et le sacrifice de la sainte messe.
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Pour revenir à la liturgie et à la messe, il a beaucoup été question de réforme de la réforme. Compte tenu du contexte actuel, il est peu probable qu’un tel mouvement soit amorcé et il est d’ailleurs vraisemblablement impossible de réformer un rite qui s’est inscrit comme une rupture violente contre la tradition liturgique millénaire de l’Église faisant de la messe de Paul VI un rite à la légitimité douteuse et d’esprit a-catholique. La lecture attentive du livre de Mgr Athanasius Schneider propose une voie plus concrète et conforme à l’esprit catholique, celui de la (re-)découverte des trésors millénaires oubliés par l’impiété moderne. Compte tenu de la gravité des enjeux, le renouveau de l’Église et le salut des âmes, dans un entretien rapporté par Jeanne Smits, l’évêque n’hésite pas à justifier un recours aux catacombes afin de rester intégralement fidèles par ce qui apparaît aux esprits superficiels comme une désobéissance. Pour tenter d’en finir avec l’illusion d’une réforme de la réforme, l’on peut se demander si les propositions d’orienter à nouveau la liturgie vers Dieu, la réintroduction de l’offertoire et des prières aux bas de l’autel sont de nature à rectifier une révolution liturgique
 ayant détruit la liturgie de fond en comble dans son esprit même. Un emplâtre sur une jambe de bois. Ne s’agit-il pas d’un ultime bricolage purement humain, de la politique ecclésiastique pour tenter de sauver la face d’une hiérarchie prête à toutes les repentances qui permettent de battre sa coulpe sur la poitrine de ses prédécesseurs mais incapable d’admettre l’ampleur de ses propres errements. Le Nouvel Ordo Missae (NOM) résulte d’une fabrication purement humaine, au mépris du développement organique de la liturgique millénaire, qui est sainte, sous le prétexte fallacieux d’un hypothétique retour à des sources plus pures. Les rivières ne remontent jamais à leur source.

Le courageux évêque du Kazakhstan se dresse face à un monde délirant qui proclame chaque jour, dans le sillage des sanguinaires révolutionnaires de 1789, de nouveaux droits de l’homme ; le successeur des apôtres rappelle que « Le but de la liturgie est avant toute chose d’adorer Dieu. » et « …que l’adoration signifie la reconnaissance que Dieu est Dieu et que nous sommes ses créatures. » Chapitre après chapitre, il invite les fidèles à redécouvrir les trésors méconnus de ce que l’Église une et sainte nous transmet au travers des siècles. Pourquoi donc imaginer les illusoires accommodements d’une 
réforme de la réforme alors que s’offre aux intelligences et aux âmes les insondables richesses léguées par des siècles de sainteté et de piété. C’est peut-être parce que cet héritage nous dépasse que notre époque tente de l’abaisser au niveau de sa propre médiocrité au lieu de se laisser façonner et élever.

Face à un monde qui se décompose dans “l’épanouissement personnel”, la religion du bien-être, du wellness, s’affaisse sur lui-même en un recroquevillement mortel, face à des assemblées religieuses informes, on n’ose pas les mots de cérémonies ou de liturgies, qui s’admirent elles-mêmes, Mgr Schneider propose aux âmes le recours au « caractère essentiellement sacrificiel de la sainte messe et l’identité entre le sacrifice de la croix et le sacrifice de la sainte messe. » En pasteur respectueux des âmes, sachant à quel prix elles ont été rachetées, le successeur des Apôtres leur propose la splendeur, le sacré, la centralité de Dieu et les exhorte à rechercher les choses d’en haut et de ne pas se contenter de l’horizontalité plate d’une modernité à l’agonie.

Au milieu de la nuit de ce monde qui se prétend moderne, Dom Gérard, o.s.b. élève et purifie notre regard en nous rappelant que « La liturgie est le chant de l’Époux et l’Épouse » et que « ce mystère sans fond dans lequel les Anges désirent plonger leur regard : l’union du Christ et de l’Église, l’acte du Verbe saisissant l’humanité et la soulevant au-dessus d’elle-même par la vertu de son sacrifice, drame rédempteur ayant pour fin le rassemblement de toutes choses, celles qui sont dans le ciel, et celles qui sont sur la terre, sous l’influence royale et sacerdotale du Fils bien-aimé, en vue de faire éclater la louange de gloire de sa grâce. »

A noter : La messe catholique de Mgr Athanasius Schneider est publié aux éditions Contretemps et peut être acquis auprès de www.renaissancecatholique.fr qui diffuse également les autres ouvrages de l’auteur notamment Corpus Christi, consacré à la question de la communion dans la main, ainsi que Christus vincit, livre important proposant une analyse approfondie de la crise du catholicisme contemporain et de nos sociétés.
Récemment, cet éditeur a également publié de Jean-Pierre Moreau François, la conquête du pouvoir, enquête abondamment documentée sur le pontificat actuel, et Quel avenir pour la messe traditionnelle, Actes d’un colloque tenu récemment à Paris réunissant de nombreuses contributions.

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Newsletter N° 113 – 4 janvier 2023 | Source : Perspective catholique