Eric Bertinat – (article paru dans le quotidien Présent du 6 janvier 2021) La Suisse, comme tant d’autres pays, fini pitoyablement l’année 2020 marquée par ce foutu virus et ce nouveau monde qui s’installe sous nos yeux, dans nos contrées, bousculant allègrement caractères et mœurs propres à nos pays. La Suisse et ses représentants politiques n’étant malheureusement pas insensibles à cette immense pollution politique et religieuse.

Ainsi, le 18 décembre 2020, le Parlement a accepté le «mariage pour tous». Par une entourloupette. C’est finalement par une simple modification du Code civil que le mariage homosexuel est validé. Et non par une modification constitutionnelle qui aurait conduit à une votation fédérale. Comprenez : sans passer par le lancement d’un référendum et la récolte de 50’000 signatures ! Comme ce coup-bas était prévisible, plusieurs comités étaient prêts à lancer un référendum (les signatures s’additionnant au final). A notre connaissance et à ce jour, quatre comités référendaires ont été constitué : celui formé par les Jeunes-UDC, un comité regroupant des élus aux chambres fédérales (UDC et PDC), un comité issu des rangs de l’Union Démocratique Fédérale (parti évangélique) et enfin un comité romand regroupant des conseillers nationaux et diverses personnalités.

L’un de ces comités mérite peut-être un peu plus d’attention. Celui regroupant des parlementaires fédéraux. On y trouve deux partis : l’UDC et le PDC (les «démocrates du Centre»). Et parmi ces courageux conseillers nationaux figurent Marco Chiesa, actuel président de l’UDC, Albert Rösti, son prédécesseur, Thomas Aeschi, conseiller national et chef du groupe UDC, ainsi que les parlementaires PDC Christian Lohr, Marco Romano et Benjamin Roduit.

Pourquoi ce comité référendaire attire notre attention ? Parce que si il regroupe les principaux ténors de l’UDC, 15 élus (sur un total de 54 représentants UDC présents lors de ce vote) n’en ont pas moins soutenu le «mariage pour tous». Dont deux conseillères nationales et membres de la Direction du parti : la vice-présidente Céline Amaudruz et sa collègue Sandra Sollberger. Cinq élus se sont abstenus, dont la conseillère nationale et membre de la Direction, Magdalena Martullo-Blocher (la fille de Christoph Blocher).

Cette profonde divergence sur une question sociétale si importante conduit de nombreux Suisses à s’interroger sur l’avenir de ce parti aux allures conservatrices. Il faut donc compter avec une nouvelle génération, libérale, qui s’éloigne de la conception traditionnelle de la famille et par conséquent de la société. Bien qu’encore minoritaire, elle existe. Personne ne doute du résultat d’un vote en assemblée regroupant tous les délégués du pays : l’UDC refusera très majoritairement le «mariage pour tous». Mais on devine que sur ces questions, une partie des élus ne sont pas insensibles aux pressions des lobbies LGBT, leurs convictions n’étant pas clairement affichées. Rien n’a transpiré dans la presse. A peine relève-t-on l’absence singulière de toute communication du parti au lendemain de ce triste vote. Cela n’avait pas été le cas le 3 juin 2020 : l’UDC avait clairement indiqué son opposition à l’ouverture de l’institution du mariage aux couples homosexuels.

Dans le journal dominical Le Matin, on comprend toutefois que ces votes divergents influent sur la ligne politique de l’UDC. Le président Chiesa, pourtant membre d’un des comités référendaires, «ne pense pas que son parti va activement mener campagne. (…) car d’autres membres de la Direction soutiennent ce projet de loi, comme les deux vice-présidentes Céline Amaudruz et Magdalena Martullo».

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Lettre d’information N° 8 janvier 2021 | Source : Perspective catholique