Eric Bertinat – Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et spécialiste reconnu du renseignement, est aujourd’hui sanctionné par l’Union européenne. En décembre 2025, il a été inscrit sur une liste noire au motif d’une prétendue propagande en faveur de la Russie. Mais au-delà de cette accusation, un fait saute aux yeux : l’absence presque totale de réaction digne de ce nom en Suisse.
Nous sommes face à un double silence. Silence médiatique, d’abord, où un cas pourtant lourd de conséquences en matière de libertés fondamentales est traité à la marge. Mais surtout, silence politique. Car enfin, que fait le Conseil fédéral ? Un citoyen suisse est frappé de sanctions lourdes (gel de ses avoirs, restrictions de déplacement, atteinte directe à ses moyens d’existence) par une organisation étrangère. Et la réponse officielle se limite à quelques démarches diplomatiques discrètes, soigneusement formulées, sans prise de position publique forte, sans exigence claire, sans défense assumée : c’est la politique politicienne du strict minimum. Il ne s’agit pourtant pas ici d’un litige administratif banal, ni d’un différend technique. Il s’agit d’un principe fondamental : la protection d’un citoyen suisse face à une décision étrangère qui restreint ses droits, sans débat contradictoire préalable et sur la base de prises de position politiques. La Suisse qui aime à se réclamer de l’État de droit et de la défense des libertés, se contente tristement d’observer.
Réactions limitées
A notre connaissance, il y a une pétition, lancée le 19 février par Hélène Favre («Soutenons Jacques Baud !») qui a été déposée sur le bureau du Conseil national, ainsi que deux interpellations parlementaires du groupe UDC, l’une de Franz Grüter (18 décembre 2025) l’autre de Quadri Lorenzo (19 décembre 2025). Elles ont clairement posé les questions : respect des garanties procédurales, atteinte à la liberté d’expression, protection des citoyens suisses, position politique face à ces pratiques. Les réponses du Conseil fédéral, elles, sont restées strictement techniques, juridiques, prudentes, en un mot insuffisantes. Certes, des démarches ont été entreprises à Bruxelles. Certes, le cas a été évoqué. Mais à aucun moment la Suisse n’a élevé le ton, ni affirmé clairement une ligne rouge.
Faut-il comprendre que, face à l’Union européenne, la défense des droits fondamentaux de ses propres citoyens devient une variable d’ajustement diplomatique ? La question mérite d’être posée, d’autant plus que ce cas s’inscrit dans un contexte de rapprochement politique avec l’Union européenne, avec des accords appelés à être soumis au vote populaire.
Relevons encore que le GIPRI (Geneva International Peace Research Institute) a dénoncé, le 18 mars, dans une lettre adressée au Conseil de l’Union européenne, les sanctions prises contre six ressortissants européens, dont Jacques Baud. Ces mesures (gel des avoirs et interdictions de voyager) reposeraient, selon l’institution, sur des positions et analyses jugées «pro-russes», et non sur des actes criminels.
Le GIPRI considère ces sanctions comme arbitraires et extrajudiciaires, estimant qu’elles portent atteinte à des droits fondamentaux tels que la liberté d’opinion, d’expression et le droit à un procès équitable. Il souligne également leurs conséquences concrètes, notamment l’impossibilité pour les personnes visées d’accéder à leurs ressources financières.
Plus largement, l’institut alerte sur un risque de dérive, ces mesures pouvant, selon lui, ouvrir la voie à des sanctions visant des individus en raison de leurs opinions, et appelle l’Union européenne à les annuler.
Enfin, une association d’amis de Jacques Baud (Liberté d’expression) a vu le jour sous la présidence de Me Charles Poncet, pour présenter des informations et des documents relatifs à la liberté d’expression et soutenir notre ami. Une excellente biographie s’y trouve, qui ne manquera pas d’intéresser tous ceux qui découvrent le nuisance de l’Union européenne et la lâcheté de nos institutions à défendre ses compatriotes.
Jacques Baud a entamé des démarches auprès de l’UE, aidé par des avocats. Nous attendons d’en savoir plus pour vous tenir informé.
Au fond, la question est simple : jusqu’où la Suisse est-elle prête à tolérer cela sans réagir ? Car ce qui est en jeu ici n’est pas seulement un cas individuel, mais nos libertés qui ne sont clairement pas celles de l’UE. La retenue de nos autorités annonce d’ores et déjà leur renoncement, voire leur effacement, devant l’UE si les accords devaient être acceptés par le peuple.
À la suite de la décision de Mgr Lefebvre de consacrer quatre évêques, Éric Bertinat cofonde, avec ses amis les abbés La Praz et Koller, la revue Controverses (1988-1995). En 2010, il fonde l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne.
Journaliste et collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il y revient en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.



