De Washington à Bruxelles, la souveraineté des États face au diktat pro-avortement

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Eric Bertinat – La candidature de Michelle Bachelet au poste de secrétaire générale des Nations Unies cristallise une opposition frontale entre les républicains américains et les partisans du droit à l’avortement à l’échelle mondiale au moment même où l’Europe traverse ses propres turbulences sur ce sujet.

Washington sort l’artillerie lourde
Sous l’impulsion du député républicain Chris Smith du New Jersey, un groupe de législateurs américains a écrit au secrétaire d’État Marco Rubio pour demander que les États-Unis opposent leur veto à la nomination de l’ancienne présidente chilienne. Dans cette lettre obtenue par The Daily Wire, les signataires affirment que Bachelet «ne correspond pas aux qualifications» requises par l’administration Trump, en raison de son engagement en faveur du droit à l’avortement.

«Le parcours de Mme Bachelet révèle une militante pro-avortement acharnée, déterminée à instrumentaliser son pouvoir politique pour bafouer la souveraineté des États et servir des causes extrémistes», écrivent-ils. Ils lui reprochent de s’être «attaquée ouvertement aux lois pro-vie, y compris celles des États-Unis» et d’avoir cherché «à les affaiblir par l’intimidation et la coercition».

Michelle Bachelet, dont le père est entré en franc-maçonnerie sur l’insistance de son grand-père maternel, pacifiste et lui-même maçon, a en effet exercé plusieurs fonctions internationales de premier plan : outre ses deux mandats à la présidence du Chili, elle a été Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et Directrice exécutive d’ONU Femmes, trois postes depuis lesquels elle a régulièrement défendu l’avortement comme un droit fondamental des femmes. Le président Donald Trump avait d’ailleurs retiré les États-Unis d’ONU Femmes dès janvier 2026, estimant que cette participation allait à l’encontre des intérêts américains.

En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, Washington dispose du droit de veto sur la nomination du secrétaire général. Les républicains ont explicitement demandé à Marco Rubio d’activer ce mécanisme via l’ambassadeur américain à l’ONU, Michael Waltz. Le département d’État n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

En Europe, la bataille se joue sur un tout autre front
Pendant que Washington cherche à bloquer une figure jugée trop favorable à l’avortement sur la scène internationale, l’Europe avance non sans tensions vers un élargissement de l’accès à cette pratique. Le 26 février 2026, la Commission européenne a annoncé que les États membres pourraient utiliser le Fonds social européen (FSE+) pour permettre aux femmes n’ayant pas accès à un avortement sûr dans leur pays d’origine d’en bénéficier dans un autre État membre. Cette décision fait suite à l’initiative citoyenne «Ma voix, mon choix», qui a recueilli plus de 1,1 million de signatures dans les 27 pays de l’Union.

Le Parlement européen avait auparavant approuvé une résolution non contraignante soulignant que de nombreuses femmes en Europe n’ont toujours pas pleinement accès à un avortement sûr et légal, et appelant les États membres concernés à aligner leur législation sur les normes internationales en matière de droits humains.

Mais l’Europe n’est pas un bloc uniforme sur ce dossier. Un rapport d’Amnesty International publié en novembre 2025 se plaint que, malgré des avancées, des obstacles dangereux continuent de compromettre l’accès à l’avortement, dans un contexte où des groupes anti-droits aux moyens croissants multiplient les efforts pour influencer les lois, souvent par la peur et la désinformation.

En Slovaquie, le Parlement a adopté le 26 septembre 2025 une série d’amendements constitutionnels aux effets concrets : les professionnels de santé peuvent désormais invoquer une «clause de conscience» pour refuser de pratiquer des avortements. Ces amendements s’inscrivent dans un mouvement plus large : le texte fait primer la législation slovaque sur le droit international dans les domaines dits «culturels et éthiques», couvrant notamment le mariage, la famille et les questions de santé.

Ce que la candidature de Michelle Bachelet révèle, c’est l’ampleur d’un projet idéologique qui entend s’imposer au-delà des souverainetés nationales. D’un côté, une administration américaine qui refuse de laisser les institutions internationales devenir le bras armé d’une agenda pro-avortement et qui revendique le droit des États à légiférer librement sur des questions touchant à la vie humaine. De l’autre, une Union européenne qui, au mépris des profondes divisions de ses propres membres, s’apprête à financer sur fonds publics communs le contournement des lois nationales protégeant la vie à naître, sous l’épais manteau de l’uniformisation morale.

En Europe, les mouvements anti-avortement gagnent en visibilité, très bien financés et soutenus par des organisations conservatrices et religieuses, des think tanks et un nombre croissant d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Une dynamique que les républicains américains ne font pas que regarder de loin : en s’opposant à Michelle Bachelet à l’ONU, ils entendent aussi peser sur ce rapport de force global.

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Eric Bertinat
Éric Bertinat a fondé en 2010 l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Il avait auparavant animé la revue Controverses (1988-1995). Collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il revient à la politique en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.