Jésus meurt sur la croix

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Un extrait tiré du livre d’Henri Pourrat : La bienheureuse Passion (DMM) – La croix unit maintenant le ciel et la terre. Par elle, Dieu maintenant est greffé sur l’homme, comme sur le plan sauvage qui ne donnerait qu’un verjus, on greffe le sarment à la vigne.
«Tout est accompli.» Et saint Jean dit que lorsque Jésus eut pris le vinaigre, inclinant la tête, il rendit l’esprit.
Dans saint Luc, il est marqué que poussant un grand cri – et au même moment se déchirait par le milieu le voile du temple, – Jésus dit : «Père, en tes mains je remets mon esprit.» Et ce disant, il expira.
Septième et dernière parole du Christ sur la croix.
En ce mot «Père», ne peut-on pas voir tenir toute la religion chrétienne ? Il illumine tout, comme le soleil. Cette dernière parole du Christ, c’est celle de la confiance solaire où se rassemble et la foi et l’espérance et la charité.
De même que la vie chrétienne réunit et passe les vertus morales en son élan d’abnégation et d’amour, de même des vertus dites théologales, en ce don final de toute l’âme.
L’homme tient tout du Père. Cet esprit qui manœuvre le corps, que le corps aussi manœuvre, – lutte qui fait la condition humaine, – n’est pas produit par le corps comme le courant par la dynamo : il est le foyer central d’une vie qui dépasse la vie naturelle. Reçu du Père, il doit être remis filialement entre ses mains.
A tout homme il faut mourir cloué à quelques croix : que ce soit dans les matins de sa force, quand les blés craquetants vient comme une promesse un grand parfum de pain chaud sous le soleil ; que ce soit aux soirs de l’âge dans l’odeur de l’ennui, de l’ombre, du brouillard et du confinement. C’est toujours une croix de mourir. Le Christ, lui, fait de sa croix la mort dans la confiance, où, plus loin que ne le peut aucun homme, il pousse foi, espérance et charité.
Il sait à quel Père il s’est confié. Du plus creux de la nuit il débouchera sur le lever du jour. L’univers et la vie ne sont pas faits pour se défaire dans le noir : ils aboutiront à leur aurore.

Henri PourratLa bienheureuse Passion (DMM)