Eric Bertinat – Depuis juin 2025, le Parlement suisse débat de l’initiative populaire « Sauvegarder la neutralité suisse », déposée par Pro Suisse et des membres de l’UDC. Cinq délibérations plus tard, la situation reste en suspens et le peuple aura le dernier mot.
Ce que veut l’initiative
Le texte entend graver dans la Constitution une neutralité qualifiée de « perpétuelle et armée ». Il interdirait à la Suisse d’adhérer à toute alliance militaire ou de défense, de participer à des guerres étrangères, et de prendre des sanctions économiques ou diplomatiques contre un État belligérant, sauf obligations envers l’ONU. Berne devrait en revanche s’engager activement dans les bons offices.
Le Conseil des États dit non, mais propose une alternative
En juin 2025, le Conseil des États a rejeté l’initiative par 35 voix contre 8. La majorité des sénateurs a estimé qu’une définition rigide priverait le Conseil fédéral de la flexibilité nécessaire face à un contexte géopolitique « volatil ». Ignazio Cassis, ministre des Affaires étrangères, a rappelé que la neutralité figure déjà dans la Constitution, sans avoir jamais été précisément définie et que c’est précisément cette souplesse qui a permis à la Suisse de « répondre de manière appropriée » aux crises successives.
Toutefois, soucieux de proposer une alternative au peuple, le Conseil des États a validé un contre-projet direct : ancrer explicitement dans la Constitution que la Suisse est neutre, de manière « perpétuelle et armée », sans pour autant interdire les coopérations sécuritaires ni les sanctions. Une formule portée en premier lieu par le parti du Centre.
Le National rejette tout
Les 4 et 5 mars 2026, le Conseil national a débattu à son tour. L’UDC a défendu l’initiative avec constance. Ses élus ont dénoncé une neutralité devenue « un mot vide de sens », critiqué les sanctions contre la Russie comme une prise de position dans « une guerre qui n’est pas la nôtre », et réclamé une ligne claire : « Être neutre, c’est comme être enceinte ; soit on l’est, soit on ne l’est pas », a résumé Andreas Glarner.
En face, une large coalition composée du PS, PLR majoritaire, PVL, Verts et Centre a rejeté ce qu’elle a décrit comme un « carcan » menant à « l’isolationnisme politique ». La neutralité, ont-ils répété, est un instrument au service des intérêts suisses, non une fin en soi. Être neutre ne signifie pas « inaction ou indifférence », mais un engagement pour les droits humains et le droit international.
Au vote, le National a rejeté l’initiative par 128 voix contre 60. Mais, contrairement aux sénateurs, il a également refusé le contre-projet, s’alignant sur la position du Conseil fédéral : aucune mesure n’est nécessaire.
La discorde persiste entre les Chambres
Le 12 mars 2026, le Conseil des États est revenu sur le dossier. Sur le seul point du contre-projet, les sénateurs ont maintenu leur position mais de justesse : 22 voix (UDC et Centre) contre 21, grâce à la voix prépondérante du président centriste Stefan Engler. Le dossier repart donc au National pour une nouvelle délibération.
Les partisans du contre-projet font valoir qu’il s’agit de donner aux citoyens une véritable alternative lors du vote : confirmer la pratique actuelle, ou opter pour la neutralité stricte voulue par les initiants. Ses opposants, dont le Conseil fédéral, estiment au contraire qu’adopter un contre-projet enverrait à l’étranger le signal erroné que la Suisse modifie quelque chose en matière de neutralité.
Suite et fin
Le désaccord entre les deux Chambres sur le contre-projet a été tranché l’avant dernier jours de la session de printemps (19 mars). Les Chambres fédérales ont finalement renoncé à un contre-projet direct à l’initiative sur la neutralité. Le National avait dès les premières discussions mis son veto au contre-projet, trouvant superflu d’ajouter un article constitutionnel alors que rien ne changerait dans les faits. Plus de contre-projet, l’initiative sera donc soumise telle quelle au peuple, probablement d’ici à la fin de l’année.
À la suite de la décision de Mgr Lefebvre de consacrer quatre évêques, Éric Bertinat cofonde, avec ses amis les abbés La Praz et Koller, la revue Controverses (1988-1995). En 2010, il fonde l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne.
Journaliste et collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il y revient en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.



