Jean-Baptiste Bless – Nous savons de lui qu’il a prêché dans le désert, baptisé le Christ dans le Jourdain et perdu la tête pour avoir dit la vérité à un roi. À cause d’une belle danseuse manipulée par sa mère. Riche destinée ! Mais il y a plus.
En creusant le personnage, on réalise à quel point il est la figure charnière entre l’Ancien et le Nouveau Testament : le dernier prophète du monde ancien. Fils d’un prêtre, Zacharie, il s’inscrit dans la lignée sacerdotale d’Israël. Sa mère Élisabeth était descendante d’Aaron, lui-même prêtre. Or le fils est appelé à annoncer une Nouvelle Alliance : il fuit donc le Temple et se réfugie dans le désert pour annoncer le Souverain Prêtre.
Il y a aussi un lien charnel entre le Précurseur et le Rédempteur. Insolite : ils se sont même rencontrés dans le ventre de leurs mères. Et ces deux femmes ont été le vecteur de la rencontre la plus extraordinaire de l’Histoire. C’est un mouvement de la mère de Dieu qui la provoque. Un mouvement de charité. Et pourtant, ni l’un ni l’autre n’auraient dû naître ; ils sont tous deux enfants du miracle : l’un par dépassement des lois de la nature, l’autre par un événement plus fantastique encore : l’intervention directe du Saint-Esprit dans le corps d’une femme, «car rien n’est impossible à Dieu», précisera l’Ange.
L’historien Flavius Josèphe parle de Jean-Baptiste comme d’un « homme de bien » ; Isaïe, repris par Saint Matthieu, le décrit comme la «Voix». Tous sont unanimes pour dire qu’il baptisait dans le Jourdain, même si le lieu précis est contesté. L’immersion dans l’eau est symbole de purification, comme les ablutions dans les religions du désert. Dans Osée, par exemple, Dieu est comparé à la rosée qui féconde Israël.
Saint Jean-Baptiste est prophète en ce qu’il annonce le Sauveur et précurseur en ce qu’il prépare ses voies.
Entre Saint Jean-Baptiste et Jésus, il y a échange discret et régulier : le Christ envoie des messagers au Baptiseur, qui lui adresse des disciples en retour, dont André, peut-être Jean l’évangéliste lui-même… Il n’y a pas de concurrence entre les deux, mais un renvoi de l’un vers l’autre. Le Sauveur rappelle qu’Élie a annoncé le Précurseur – «mon messager», tandis que celui-ci annonce le Sauveur : «Derrière moi vient un homme qui est passé devant moi, parce qu’avant moi il était».
Révérence pour référence : chacun désigne l’autre, mais Jean s’efface devant celui dont il prépare les voies. Jésus déclare qu’ «il n’en est pas né de plus grand parmi les enfants des femmes», tandis que Jean désigne l’ «Agneau de Dieu», formule que l’Église reprend avant la communion. Par sa mort encore, Saint Jean-Baptiste préfigure celle du Christ : martyr de la vérité, condamné par la lâcheté d’un puissant et la méchanceté des hommes. Dans son sermon pour la naissance de Saint Jean-Baptiste, Saint Augustin s’inscrit dans la vision d’Élise: «Jean était la voix pour un temps ; le Christ est le Verbe, dès le commencement et pour l’éternité (1).»
L’écrivain Alexandre Najjar présente de manière concise et agréable cette figure immense dans son ouvrage consacré au saint (2). Il le replace dans le contexte de l’époque, évoque l’histoire de son tombeau et de ses reliques, son héritage et sa présence parmi les chrétiens d’aujourd’hui.
Bonne fête à tous les Jean-Baptiste et un joyeux anniversaire à notre rédacteur en chef !
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(1) Ioannes vox ad tempus, Christus Verbum in principio aeternum.
(2) Saint Jean-Baptiste, collection Chemins d’Eternité, Pygmalion, 2005


