Jean-Pierre Saw – Dans le cadre d’une conférence coorganisée par l’excellente Nouvelle Société Helvétique et deux associations d’étudiants, l’ambassadeur de Suisse auprès de l’OTAN est venu tirer un bilan de l’état du monde devant un parterre hétérogène et clairsemé. Le constat est sombre.
Un bilan sombre
Jacques Pitteloud a déploré que la démocratie recule, le retour de la politique de puissance, le déséquilibre démographique qui se creuse, l’influence du changement climatique sur les migrations, ainsi que le retard pris par l’Europe dans les révolutions technologiques… Des constats désormais classiques, révélateurs d’un certain désarroi officiel.
Des certitudes ébranlées
Ces «mouvements de plaques tectoniques» anéantissent en effet le rêve d’un monde paisible et démocratique, d’un libre-échange entre tous, voire même de la protection de l’Europe par les États-Unis. Ils provoquent la sidération du continent et laissent la Suisse pantoise. Pendant ce temps, de nouveaux équilibres s’installent, des blocs se forment et s’arment sans nous, voire contre nous.
La guerre qui vient
Porte-parole de la vision dominante, l’orateur suppose que la menace principale vient de Russie, et que la Suisse ne serait pas prête à y répondre. Officier d’état-major général, il explique que le pays manque d’armement et de budget, et que les élus peinent à le voir. Or nos voisins souffrent des mêmes maux, et peinent en plus à recruter au sein de leurs armées de métier. L’union des faiblesses peut-elle réellement produire une force ? «Le libre-échange nous a affaiblis», lâche-t-il en tout cas, amer.
Ce qu’il faut protéger
La réflexion s’étend à l’opérationnel : les infrastructures critiques, les banques de données et la logistique doivent être protégées en priorité. C’est une évidence, mais le débat animé qui suit la présentation démontre des divergences notoires : les moyens nécessaires, la confiance envers les autorités et les médias, le cas Jacques Baud, mais aussi l’analyse de la menace, ne font pas l’unanimité.
Contre qui ?
Histoire d’élargir le champ d’analyse, certains avancent, à l’image d’Emmanuel Todd, que c’est surtout de l’Allemagne dont il faudra à l’avenir se méfier, ce d’autant que son industrie automobile menace de se transformer en usines à canons. L’observation quotidienne de nos rues laisse en outre penser qu’un certain nombre de facteurs de déstabilisation se trouvent chez nous, fruit d’une immigration récente, et en nous : fragilités structurelles de la société, faible résilience de la population.
Les solutions
Jacques Pitteloud pense que la clé est militaire et financière. Avec plus de budget, la Suisse pourrait acquérir de nouveaux systèmes d’arme et, grâce au jeu des alliances, profiter de ceux des autres. Face à un ennemi commun, l’Europe a certes fait front durant la Guerre Froide, mais confrontée à un modèle qui s’effondre, et à des foyers de crise locaux, ne risque-t-elle pas plutôt de se morceler ? L’exemple du COVID montre qu’en cas de crise généralisée, la solidarité vole en éclat. Nos autorités seraient donc bien avisées de mettre l’accent sur l’articulation des coopérations internes, la cohésion sociale, l’éducation des jeunes et une certaine forme d’austérité. Lueur d’espoir à l’horizon, le 14 juin nous voterons sur deux objets qui vont dans ce sens : le durcissement de la loi sur le service civil et l’initiative à 10 millions. Un simple hasard de calendrier ?


