
Perspective catholique : L’initiative socialiste est plus simple d’approche, plus directe. L’initiative du Centre est plus complexe à comprendre même si ce parti la présente comme étant simple et efficace pour diminuer les primes. L’est-elle selon vous ?
Thomas Bläsi : L’initiative sur les coûts donne la fausse impression que son adoption permettrait une baisse des primes alors qu’il s’agit en réalité d’un frein aux coûts comparable au frein aux dépenses lors de l’établissement du budget de la confédération.
Lier les dépenses de santé à la conjoncture économique est absurde ! Si l’économie se porte mal, certains soins ne seront plus pris en charge par l’assurance obligatoire des soins (AOS) et seront à charge des patients. Les patients fortunés pourront les payer de leurs poches ou mettre ces soins à charge de leurs assurances complémentaires. Les patients ne disposant que de l’assurance de base eux devront attendre une meilleure configuration économique pour profiter de toutes les prestations médicales.
PC : Cette initiative donne donc beaucoup d’importance aux lobbies tout puissant du secteur de la santé ?
TB : Oui, les lobbies de l’industrie pharmaceutiques et des caisses maladies gagneront en puissance grâce à l’initiative alors même qu’ils portent une responsabilité évidente dans l’augmentation incessante des primes d’assurance maladie. Depuis des décennies, ce sont eux qui usent de leur influence auprès de certains parlementaires pour bloquer toute décision en faveur d’une baisse des primes. Il y a fort à parier que les coupes ne se feront pas aux endroits judicieux (prix des médicaments, tarifications médicales, soins hospitaliers) mais directement chez les patients, dans la qualité des soins.
PC : Pour nous autres prestataires des soins, quelle sera l’impact de l’initiative en cas d’acceptation le 9 juin ?
TB : Cette initiative ne touche pas aux compétences cantonales ; les hôpitaux et la planification hospitalière continueront par conséquent de représenter une part importante des dépenses de santé. Ce sont les soins et les professionnels de la santé de première ligne qui seront les premiers et les plus durablement impactés par le mécanisme de frein aux coûts que souhaite introduire le Centre. Ce qui conduira inévitablement à une pénurie en personnel qualifié.
PC : Nous revoilà au point de départ, sans solution pour contenir – au moins – l’augmentation des primes d’assurance maladie. Il n’y a donc aucune solution ?
TB : Bien sûr qu’il y a des solutions ! Il faut exiger une transparence immédiate et totale des caisses maladies, obtenir les chiffres colossaux des rétrocessions des prestataires de la santé et en vérifier la bonne répartition pour maîtriser les coûts et les primes. Et ainsi de s’assurer que les contrôles déficients aujourd’hui soient effectifs et accessibles aux parlementaires. Il convient aussi de revoir le catalogue de prestations pour s’assurer que les prestations remboursées le soient pour des raisons médicales et dans l’intérêt exclusif des patients.
Un vœux pieux pour conclure : il faut interdire l’accès à la Commission fédérale de la santé aux parlementaires percevant des revenus ou des avantages de la part des différents lobbies extrêmement actifs dans le domaine de la santé !
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Voir également le site des opposants à l’initiative Pour des primes plus basses. Frein aux coûts dans le système de santé : https://frein-aux-couts-non.ch/arguments/
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Newsletter N° 209 – 3 mai 2024 | Source : Perspective catholique
À la suite de la décision de Mgr Lefebvre de consacrer quatre évêques, Éric Bertinat cofonde, avec ses amis les abbés La Praz et Koller, la revue Controverses (1988-1995). En 2010, il fonde l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne.
Journaliste et collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il y revient en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.


