La confession : là où nulle police ne peut entrer

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Eric Bertinat – Nous avons tous été choqués d’apprendre que l’Assemblée nationale française a examiné une loi destinée à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire, qui en profitait pour remettre en cause le secret absolu de la confession. Finalement, le 1er juin, le Parlement français a rejeté l’article prévoyant la levée du secret de confession. Une décision accueillie avec soulagement par l’Église catholique, qui s’était fermement mobilisée contre cette mesure.

Nous avons été choqués mais pas surpris, tant l’aile progressiste de la société étend son ombre putride sur nos mœurs. Il n’est donc pas surprenant que l’on s’en prenne à la confession. Plutôt qu’argumenter sur ce grand sacrement, laissons la plume au R.P. de Chivré nous en livrer les secrets. C’est mon vieil et regretté abbé Simoulin qui m’a confié de nombreux textes du frère prêcheur, précisant que : « Comme les étoiles diffèrent l’une de l’autre, ainsi le père de Chivré avait un éclat qui lui était tout à fait particulier » (25 janvier 1995). Il faut élever nos âmes, d’autant plus haut que l’on rabaisse le catholicisme. De quoi me donner envie de vous livrer dans les prochains numéros quelques prédications tirées des Carnets spirituels (Éditions Controverses).

Le sens de la Confession
Prédication du R.P. de Chivré

«Si tu savais le don de Dieu…»

La Confession: travail de rapprochement entre Dieu et l’âme qu’à la ressemblance. Rapprochement de deux mentalités. La mentalité est ce qui nous est le plus personnel. Nous disons : esprit individuel, esprit de famille, esprit de communauté. Le Christ va s’efforcer de Se communiquer à ce qui nous est le plus personnel.

Là réside le nœud qui empêche la corde de glisser, l’obstacle qui fait conflit entre le Christ et nous. La mentalité du Christ pense «vertu souffert à cause du péché ; la mentalité de l’homme pense «péché» et n’aime pas la vertu. Chez le Christ, l’esprit est exigeant de beauté morale: autant de splendeurs bien faites pour vexer nos laideurs auxquelles nous tenons tant et qui faussent nos perspectives.

L’expression populaire «ils ne se causent plus» correspond à une opposition violente de mentalités, d’où la nécessité, entre le Christ et nous, d’une explication sincère, d’un besoin de «se causer», pour renouer des relations substantielles, des relations allant jusqu’à la ressemblance des mentalités.

Cette explication sincère s’appelle l’aveu. La noblesse de l’aveu et son intelligence viennent de la science que l’on a de ce qu’on devrait être : j’avoue avoir menti parce que j’ai la science intérieure que je suis un être fait pour la vérité. Avouer, c’est savoir ce à quoi l’on est destiné et savoir ce qui s’oppose à ce destin. Pour avouer il faut être intelligent, de l’intelligence même de Dieu ; il faut comprendre sa vraie valeur d’homme, telle que le Christ la rêve, et peu nombreux sont ceux qui ont cette intelligence.

Dans l’aveu il y a sous-entendu: j’ai compris ce qui me manque pour être moi-même, je viens le chercher. J’ai compris ce qui s’oppose devenir moi-même, je vous l’apporte, enlevez-le.

Dans le mal, il n’y a qu’une alternative:
– ou bien le faire disparaître par les aveux,
– ou bien le faire apparaître par ses effets.

Cette dernière manière est celle dont le monde se sert pour se «confesser» : les confidences, les romans, les films, qui mettent en relief, avec complaisance, le mal.

Par l’aveu Dieu est remis en cause dans le détail de la charité qui lui est due et le mal dans le détail de la lutte qu’on lui doit. L’aveu bien fait est tout autre chose qu’une énumération étourdie, c’est une âme qui s’explique franchement avec Notre-Seigneur. Or s’expliquer c’est détailler pour prouver. Tant que, dans un aveu, nous ne nous sommes pas volontairement compromis, il n’est pas totalement intelligent. Sa nature est de prouver qu’on a absolument besoin — un besoin urgent — d’être aimé jusqu’à la destruction en nous des obstacles à l’amour. Qui ne veut pas avouer a l’inintelligence essentielle de l’amour. II refuse l’explication qui doit réconcilier. Il ne veut plus «causer» à Dieu.

En résumé, dans tout aveu, il y a une raison d’aimer. Il est le premier mot de l’amour nouveau chez quelqu’un qui a cessé d’aimer. En le faisant, l’âme se débarrasse de sa mentalité pécheresse et laisse entrer à flots la mentalité du Christ. Il y a vraiment échange: nous donnons au Christ notre mentalité du monde, Il nous rend la mentalité du ciel, d’où la nécessité de comprendre que la confession n’est pas affaire de péché mortel à effacer d’abord, mais affaire de mentalité divine à récupérer. Elle nous remet dans la rectitude de notre destinée.

Bénéfice de l’aveu

Quiconque reçoit le sang du Christ en reçoit les effets. Or les effets du sang consistent à bénéficier des énergies qu’il a fallu au Christ pour le verser. Toute âme qui se confesse est non seulement purifiée, mais aussi enrichie des énergies morales et des élans intérieurs dont le Christ a eu besoin Lui-même pour monter au calvaire.
Ce bénéfice est en fonction de l’intensité du regret que l’on apporte à la réception du sacrement.

Ceci explique qu’après une faute grave, on récupère en confession un degré de charité qui peut être supérieur à l’état de grâce antérieur si le repentir qu’on éprouve dépasse en amour l’amour antérieur que l’on portait au Christ avant cette chute grave.

L’aveu: explication confiante

Le Christ ne juge pas pour condamner mais pour délivrer.

De plus, Son désir d’être compris et aimé à nouveau par celui qui s’accuse l’emporte sur toutes Ses raisons de condamner. Sa volonté est de nous changer et de nous améliorer, à tel point que s’il avait trouvé mieux que la croix pour nous prouver ce désir Il l’aurait pris. Aussi nos peurs, nos craintes et nos hontes sont-elles une insulte à Son désir. On ne vient pas au Christ pour se méprendre sur Sa miséricorde, ni pour en abuser, on vient à Lui pour Lui donner toutes les chances de l’exerce dans la plénitude de ses effets.

– Le péché est un acte d’autolâtrie,
– L’amour est en acte de théolâtrie,
– et le repentir est un acte de désapprobation de notre autolâtrie au profit de la théolâtrie.

Le Christ a été aux prises avec le mal pour nous indiquer la manière de nous y prendre à l’égard de nos propres maux :
– refus total de pactiser,
– désir total d’expier,
– triomphe total sur le mal à travers la souffrance qu’il engendre.
La peur de ce sacrement est le signe de sa nécessité. Le péché met l’homme au service de lui-même, une autolâtrie: la préférence de soi ou d’une idolâtrie : la préférence de la matière.

«Paccavi» : j’ai adoré de l’or, de la boue, du sang et j’ai détruit la présence de Dieu.

«Paccavi» : le jeune homme et le culte du corps, l’ambitieux et le culte du succès, l’homme d’affaire et le culte de l’intérêt.

Religion du moi, exaspéré jusqu’à l’égoïsme et la haine. C’est la dictature de soi sur soi. Le péché nous rend absent de nos intérêts définitifs.

« Ego te absolvo ab ominibus paccatis »

Qui parle ? Celui qui ne pratiquera aucune idolâtrie — mais une théolâtrie : adoration de Dieu poussée jusqu’à l’atroce immobilisation de son Moi pourtant si pur, sur deux traverses de bois. Les souffrances ne trouvant rien à faire expier à son moi n’en conserveraient pas moins par nature leur valeur expiatrice et cette valeur va se déverser jusqu’à la fin du monde sur les moi souillés de ceux qui ont l’ambition de changer.

Ne se confessent que les ambitieux de perfection

Telle est l’absolution: le travail des héroïsmes désintéressés du Christ nous obtenant cette disparition de la souillure, cette remise en route. Cette rencontre de deux amours, l’amour des valeurs éternelles dignes de l’homme aux prises avec l’amour hypertrophié de la chair, de l’orgueil, de l’argent, difformité de l’homme désadapté de sa véritable destinée, et pour cause… il est myope, presbyte, louche… il fausse tout par rapport au plan rédempteur… la vie sociale, la vie individuelle, le mariage, la justice, le commerce, l’action.
Les légions d’hommes inadaptés à leur fonction, à leur rôle, à leur charge, à leurs activités.

Ils sont pécheurs

Aucune police ne remplacera l’absolution, aucune loi ne remplacera la loi du pardon, aucun tribunal ne remplacera l’aveu fait au prêtre. Pourquoi ? Parce que là — et là seulement — nous sommes mis en cause vraiment. Nous sommes compromis avec nos ruses, avec nos excuses — acculés à être et à ne pas apparaître — contraints de reconnaître et non d’excuser.
Avouer, c’est avoir l’ambition de ne plus se jouer la comédie. Le Christ a tremblé sur la Croix — le plus beau des aveux — celui qui fait trembler et que l’on dit quand même.
Avouer, c’est étendre son moi sur la Croix du Maître, en accepter l’écartèlement de la honte jusqu’à en faire jaillir une résurrection sous la pression de la tendresse et de la pitié de Dieu.

– L’amour qui voudrait ressusciter : je m’accuse.
– L’amour qui s’empresse de ressusciter : je te pardonne.

Étreinte de deux intelligences, celle de Dieu — et celle de l’homme. Après quoi il fait clair et chaud dans l’intelligence, le cœur. On vient de récupérer la vraie valeur de l’homme.

Sur la Croix: Dieu en cause : «Je remets mon âme entre vos mains».
Les hommes en cause : «Pardonnez-leur… car ils ne savent pas ce qu’ils font.»
Le mal en cause: «Tout est consommé» pour le détruire.

Dans l’aveu :
Dieu est remis en cause dans le détail de la vie;
Les autres remis en cause dans le détail de la charité : qui donné doit et ne peut que pardonner.
Le mal remis en cause dans le détail de la lutte.
Riche des énergies dont jésus a eu besoin.

La confession est le premier service social à observer pour retourner à la vie digne des tâches vertueuses.

Une fois absous, entre le Christ et le réconcilié, il se produit une saine rivalité :
– hâte de réconforter ;
– hâte de rattraper le temps perdu ;
– hâte de parler ;
– hâte d’écouter ;
– hâte de se faire connaître ;
– hâte de reproduire le Christ.

Avec son pardon, Il est dans la place.

 

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Eric Bertinat
Éric Bertinat a fondé en 2010 l’association Perspective catholique, engagée sur des questions sociétales en lien avec la doctrine chrétienne. Il avait auparavant animé la revue Controverses (1988-1995). Collaborateur régulier de plusieurs publications (Le Vigilant, Présent, Una Voce Helvetica, etc.), il entame également une carrière politique dès 1984. Élu député au Grand Conseil de Genève en 1985 sous la bannière de Vigilance, il revient à la politique en 2005 avec l’UDC et occupe plusieurs postes clés jusqu’en 2013. Il est aussi membre du Conseil municipal de Genève à partir de 2011, où il exerce diverses présidences de commissions jusqu’en 2021. Le 5 juin 2018, il est élu président de ce Conseil pour la période 2018-2019.