Emma Rion – La réforme des lois scolaires proposée par le gouvernement valaisan, et actuellement en consultation, avance discrètement, trop discrètement peut-être, au regard des enjeux qu’elle soulève. Car derrière l’apparente complexité des textes, se cache des questions fondamentales qui pourraient ébranler l’éducation jusque dans ses fondations : celle du rôle de l’état dans cette dernière et en creux, celle de la liberté des familles. Dans ce débat une prise de position mérite notre attention : celle du Mouvement Chrétien Conservateur (MCC)
Une évolution silencieuse mais décisive
Le Valais, attaché aux traditions et que l’on croyait à l’écart des grandes évolutions de la société, n’échappe pourtant pas à une dynamique lourde en conséquence. L’état monte en puissance et tente même de prendre le monopole de l’éducation. Il ne désire désormais plus garantir l’accès à l’instruction mais en définir les contenus et méthodes, les finalités. Parents, enseignants, institutions, tout semble reléguer en périphérie. Devrions-nous nous en inquiéter ? Le MCC nous répond : oui.
Instruction obligatoire …ou école obligatoire ?
Nuance discrète mais si importante. En droit valaisan ce n’est pas l’école qui est obligatoire. C’est l’instruction. Cela signifie que l’éducation ne relève pas de l’état mais de la responsabilité des familles, ce qui comprend la possibilité de choisir un enseignement privé ou à la maison. Les nouvelles lois tentent de bouleverser cette distinction. La réforme actuelle ne modifie donc pas une organisation. Elle la redéfinit jusque dans ses racines.
Une éducation coupée de ses acteurs ?
Une autre dynamique de fond est soulevée par le MCC : à mesure que l’état s’organise, les autres acteurs s’effondrent. Les parents d’abord, au rôle de premiers éducateurs sont relégués. Au détriment de l’expérience des enseignants, on met en avant des logiques administratives de plus en plus normatives. Or une école ne vit pas de procédures administratives. Elle vit de transmission, d’action, de vécu.
L’école privée, symptôme d’un déséquilibre
La manière dont le projet de loi traite de l’enseignement privé est révélatrice. Plutôt que de reconnaître sa contribution, notamment pour les enfants qui peinent à s’intégrer dans le public, le projet de loi tente de les soumettre à un encadrement renforcé voir même étouffant. Une question aussi s’impose : comment parler de la liberté éducative lorsque celle-ci implique pour les familles un double-coût ? En remettant sur la table la question du soutien aux écoles privées, le MCC ne défend pas un privilège, il pose une exigence de cohérence.
Quand le fondement se dérobe…
Le principe premier de l’école est de transmettre. Mais que transmettre si on tente d’enfouir les racines, les héritages mêmes de notre société ? Et tout cela au nom de l’unité. Mais peut-on réellement parler d’unité ? Toute unité repose sur un socle commun ; et ce socle commun ne peut être celui de l’amnésie, d’un néant que l’État essaie de charger de sens. Le Valais n’est pas une page blanche. Ses paysages, son histoire, sa culture…tout porte l’empreinte du christianisme, c’est le socle commun. Refuser de le reconnaître, ce n’est pas ouvrir l’école, c’est l’appauvrir. Le MCC ne propose donc pas un retour en arrière, mais un rappel salutaire : une société qui ne sait plus d’où elle vient peinera à savoir vers où elle se dirige.


