Un Noël sans chants de Noël ?

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Alfred Dufour, professeur honoraire de l’Université de Genève, historien du droit, juriste – Jamais dans l’histoire des relations Eglise – Etat, surtout depuis la séparation de 1907, notre Gouvernement genevois ne s’était immiscé de manière aussi radicale dans le déroulement ou la liturgie des offices et des cultes.Dans la vingtaine de “mesures relatives aux services religieux “ de l’Arrêté du Conseil d’Etat du 7 décembre dernier,ce sont ni plus ni moins que “les chants entonnés par l’assemblée des participants ou les officiants” qui “sont PROSCRITS”. Visiblement, comme notre Conseil fédéral qui a mis au ban la pratique du chant populaire,notre Gouvernement confond les Assemblées de fidèles avec celle des Jodleurs de Schwyz à l’origine de l’extension de la pandémie de Covid 19 en Suisse centrale.

Or, à cet égard, si au nom de l’application de principes sanitaires bientôt universels, à défaut d’être tous convaincants, le lavage des mains au gel ou à la solution hydroalcoolique, la distanciation sociale et le port du masque dans une église ou un temple ne portent pas atteinte à la liberté religieuse, il n’en va pas de même de l’interdiction formelle de ce qui tient – surtout lors des grandes Fêtes religieuses comme celles de Noël ou de Pâques – à l’expression la plus vivante de l’Assemblée des fidèles, l’Église (Ecclesia = l’Assemblée ) : le chant en commun, a fortiori quand les autres mesures sanitaires sont respectées.

Pareille immixtion prohibitive dans l’essence de la vie religieuse qu’est le chant en commun avec la prière et la participation aux sacrements rappelle les temps les plus sombres de l’histoire récente de l’Europe de l’Est quand les gouvernants ignoraient que la liberté religieuse constitue “l’une des plus importantes libertés fondamentales”.

Si les chants de Noël restent proscrits pour les fidèles genevois à Noël,faudra-t-il aller pour pouvoir les chanter dans les grandes Abbayes du Valais ou de la France voisine ou se borner à joindre nos voix aux voix des énergiques militant(e)s de l’Armée du Salut qui les chantent dans nos rues? A moins que, comme pour la célébration de notre héroïque personnel soignant, nombre d’entre nous ne se mettent au balcon à 21 heures ou à minuit pour chanter librement “Il est né le Divin Enfant” ou “Minuit chrétien”…

Ce texte a paru dans La Tribune de Genève du 19 décembre 2020 et est publié sur notre site avec l’aimable autorisation de son auteur.

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Lettre d’information N° 35 – 24 décembre 2020 | Source : Perspective catholique

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Eric Bertinat
Éric Bertinat, né à Genève en 1956, est horloger diplômé et technicien en microtechnique. Il s’engage en politique dès les années 1980 et est élu au Grand Conseil genevois en 1985. Après une interruption, il retrouve le législatif genevois en 2005, jusqu’en 2013, sous les couleurs de l’UDC, dont il sera notamment secrétaire général à Genève. Élu au Conseil municipal de la Ville de Genève en 2011, il en devient président pour la période 2018-2019. Il quitte le Conseil municipal en 2023 après douze années de mandat. Engagé depuis longtemps dans la défense de la souveraineté et de la neutralité suisses, il a également milité au sein de l’ASIN. En 2010, il fonde Perspective catholique, association consacrée à l’analyse de l’actualité politique et sociale à la lumière de la doctrine sociale de l’Église. Il a également animé la revue Controverses et collabore à diverses publications.

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